Alors que le mouvement de grève engagé par la FNME-CGT en septembre 2025 s’était soldé par un bilan contrasté, un nouveau motif de mobilisation est venu raviver les tensions dans le secteur des industries électriques et gazières (IEG) à l’été 2026.
En cause cette fois : le « tarif agent », cet avantage en nature accordé depuis 1946 aux salariés et retraités du secteur sur leurs factures d’électricité et de gaz, que la Cour des comptes juge désormais impossible à maintenir « en l’état ».
Une nouvelle fois, l’ensemble des organisations syndicales représentatives de la branche s’est levé comme un seul homme pour défendre cet acquis social, appelant à une journée d’actions et de grève le 15 septembre 2026, date qui n’est pas sans rappeler celle, désormais bien connue, du 2 septembre 2025.
Un avantage historique dans le viseur de la Cour des comptes
Le 17 juillet 2026, la Cour des comptes a publié un rapport consacré à la gestion des ressources humaines d’EDF, dans lequel elle s’attaque frontalement au « tarif agent ». Ce dispositif, également appelé « avantage en nature énergie » (ANE), permet aux quelque 140 000 salariés en activité des entreprises issues des anciens opérateurs historiques (EDF, Engie, Enedis, GRDF, ainsi que plusieurs distributeurs locaux), et à leurs ayants droit retraités, de bénéficier d’une réduction pouvant atteindre 90% de leur facture d’électricité et de gaz.
Selon les magistrats financiers de la rue Cambon, ce tarif préférentiel représenterait un coût de plus de 700 millions d’euros en 2024 à l’échelle du groupe EDF, auquel s’ajoutent 3,9 milliards d’euros de passifs sociaux constitués pour son maintien après le départ à la retraite des agents. Un chiffrage jugé « démesuré » par la Cour, qui recommande une réduction progressive de l’avantage, en commençant par un plafonnement des consommations prises en compte avant une revalorisation du tarif sur les coûts réels de l’énergie.
Le ministère de l’Énergie a confirmé avoir reçu, de la part de la Cour, une mise en demeure de se « mettre en conformité sur la valorisation de cet écart » entre le tarif agent et la valeur réelle de l’énergie. La question doit désormais être tranchée par arrêté ministériel, dont ni le niveau de réduction ni le calendrier précis n’ont pour l’heure été arrêtés.
Une intersyndicale unanime face à ce qu’elle qualifie de « provocation »
La publication du rapport, la veille des congés d’été, n’a pas manqué de faire réagir les organisations syndicales du secteur. Réunies en intersyndicale dès le lendemain, les quatre grandes fédérations de l’énergie, FNME-CGT, CFE Énergies, FCE-CFDT et FO Énergie et Mines, ont dénoncé une méthode « qui vise à étouffer le débat » et annoncé une journée nationale d’actions et de grève pour le mardi 15 septembre 2026.
Pour Fabrice Coudour, secrétaire général de la FNME-CGT, le projet de réforme est « inacceptable » au regard des niveaux de rémunération d’entrée dans la branche, souvent inférieurs à ceux pratiqués dans le privé à compétences et ancienneté égales. Le responsable syndical rappelle également que le tarif agent ne représenterait pas plus de 1 % de la facture des usagers, un argument repris à l’identique du côté de FO Mines-Énergie, dont la secrétaire générale Sandrine Tellier dénonce « une méthode totalement irrespectueuse » motivée par la recherche de « futiles économies ».
Un préavis de grève a par ailleurs été déposé dès le 21 juillet 2026 par la CFE-CGC Énergies, et le mouvement pourrait, selon plusieurs sources syndicales, s’étendre jusqu’au 31 décembre 2026 au sein d’EDF, d’Enedis et de RTE si aucune issue n’est trouvée d’ici la rentrée.
Un mouvement qui s’inscrit dans la continuité de la mobilisation de 2025
Ce nouveau front social ne peut se lire indépendamment du mouvement de grève engagé par la FNME-CGT dès septembre 2025 dans les IEG, dont le bilan était resté, comme évoqué dans un précédent article, largement inabouti sur les revendications structurelles (augmentation générale de la grille salariale, abrogation de la réforme des retraites, baisse de la TVA sur les factures d’énergie).
La contestation du tarif agent vient ainsi raviver un climat social déjà tendu dans la branche, où la confiance envers le patronat et les pouvoirs publics demeure fragile. Si la question porte, cette fois, sur un avantage historique plutôt que sur la grille salariale, la méthode de mobilisation reste identique : une intersyndicale large, un appel national à la grève, et la volonté d’installer un rapport de force avant que les décisions ne soient actées.
Du côté de l’entreprise, la prudence est de mise. EDF affirme vouloir laisser aux différentes parties prenantes le temps d’examiner les évolutions possibles, sans se prononcer davantage sur le fond du dossier. Le gouvernement, de son côté, reste engagé dans un calendrier contraint par la mise en demeure de la Cour des comptes, ce qui limite sa marge de manœuvre politique face à la mobilisation syndicale.
Quelles perspectives pour la rentrée ?
À l’heure actuelle, aucun arrêté n’a encore été soumis à consultation et le tarif agent demeure pleinement en vigueur. Le dossier illustre toutefois une constante des relations sociales dans le secteur de l’énergie : chaque tentative de réforme, qu’elle porte sur les retraites, la fiscalité de l’énergie ou les avantages statutaires, se heurte à une intersyndicale capable de mobiliser rapidement et durablement l’ensemble de la branche.
Reste à savoir si la journée du 15 septembre 2026 connaîtra le même succès participatif que celle du 2 septembre 2025, et si le gouvernement choisira d’assumer un bras de fer social supplémentaire à quelques mois de la fin d’année, ou de rechercher un compromis susceptible d’éviter un nouvel embrasement du secteur.
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Auteur et relecteur (2025-2026) sur le blog Bio Ressources
Master Droit et Gestion des Énergies et du Développement Durable – Université de Strasbourg
