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Le 22 mai 2026, le Gabon a publié le décret n° 0239/PR/MJSRCAVA. Ce texte encadre tout ce qui touche à l’iboga, une plante sacrée au cœur de certaines traditions spirituelles gabonaises : accès, recherche, exploitation, commercialisation. Il s’applique même aux acteurs étrangers, hors du territoire gabonais, dès qu’ils touchent à l’iboga ou aux savoirs traditionnels qui lui sont liés. Un texte ambitieux, qui pose une vraie question : celle de sa mise en œuvre.

I. Une plante sous pression

L’iboga est une plante endémique d’Afrique centrale. Elle est au cœur des rites d’initiation du Bwiti au Gabon, une pratique spirituelle reconnue comme religion officielle dans le pays. Pendant des générations, son usage est resté encadré par la coutume, transmis de génération en génération par les initiés.

Mais la plante attire de plus en plus l’attention internationale. L’ibogaïne, sa molécule active, intéresse la recherche médicale contre le stress post-traumatique et les addictions. Le 18 avril 2026, Trump a signé un décret pour accélérer cette recherche aux États-Unis, avec 50 millions de dollars à la clé. Ce n’est pas un cas isolé : plusieurs États américains, dont le Texas, ont déjà investi des sommes comparables dans des essais cliniques sur l’ibogaïne.

Cette pression a un coût pour le Gabon : trafic documenté par Interpol, récolte sauvage dans des zones parfois protégées, et des cas déjà connus de biopiraterie des brevets américains déposés sur l’ibogaïne, sans reconnaissance ni compensation pour le Gabon ou pour les communautés qui en détiennent le savoir depuis toujours.

II. Ce que prévoit le texte

Le décret classe l’iboga « patrimoine stratégique national ». Concrètement, toute activité liée à la plante : accès, recherche, exploitation, transformation, commercialisation ou exportation doit désormais obtenir une autorisation préalable du ministère de la Culture, après avis d’une commission technique interministérielle créée pour l’occasion.

Le texte crée aussi le Fonds souverain de l’Iboga, censé financer la filière, la recherche et la valorisation culturelle. Ce fonds doit être alimenté par les recettes de la filière elle-même : redevances, licences, revenus de commercialisation et d’exportation. L’idée est simple : faire payer l’accès à la ressource pour financer sa propre protection.

Il encadre enfin les brevets sur la plante et ses dérivés, et prévoit un partage équitable des avantages avec les communautés locales. Sur ce point, le Gabon s’appuie sur deux instruments internationaux : le Protocole de Nagoya et le Traité sur les ressources génétiques et les savoirs traditionnels associés (GRATK) de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI). Ce traité, que le Gabon s’apprête à ratifier, impose aux déposants de brevets de déclarer l’origine des ressources génétiques ou des savoirs traditionnels utilisés.

III. Les questions que soulève la mise en œuvre

Le texte est récent, il est donc normal qu’on manque encore de recul sur son application concrète. Plusieurs points méritent d’être suivis dans les mois qui viennent : le montant qui sera effectivement versé au fonds, la mise en place réelle de la commission interministérielle, et le nombre d’autorisations déjà délivrées ou refusées depuis mai.

Un autre point mérite attention : la manière dont les communautés locales seront concrètement associées à la gouvernance du fonds, au-delà du principe de partage équitable inscrit dans le texte. C’est souvent là que ce type de dispositif se joue, bien plus que dans la rédaction du décret lui-même.

Ce sont des questions classiques pour ce type de mécanisme, déjà rencontrées ailleurs en Afrique centrale avec d’autres fonds sectoriels ou redevances sur les ressources naturelles, où l’écart entre le texte et son application effective s’est parfois révélé important. Elles ne remettent pas en cause l’ambition du décret gabonais, mais elles rappellent qu’un cadre juridique, même bien conçu, ne vaut que par sa mise en œuvre.

 

Le Gabon s’est doté d’un cadre juridique solide pour protéger l’iboga. C’est une étape importante, et plutôt rare sur ce type de ressource en Afrique centrale. La suite dépendra de la mise en œuvre : c’est elle qui déterminera la portée réelle de ce texte. 

 

Voir aussi :

Gabon : l’autorisation ministérielle désormais obligatoire pour l’exploitation et la commercialisation de l’Iboga, Gabon média time https://gabonmediatime.com/gabon-lautorisation-ministerielle-desormais-obligatoire-pour-lexploitation-et-la-commercialisation-de-liboga/

Biopiraterie et traité GRATK : le Gabon fait le choix de protéger ses richesses invisibles, Gabon review (mai 2026) https://www.gabonreview.com/biopiraterie-et-traite-gratk-le-gabon-fait-le-choix-de-proteger-ses-richesses-invisibles/

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