You are currently viewing L’augmentation de l’exposition des pompiers aux risques sanitaires en lien avec la recrudescence des feux de forêts en 2026.
Crédit image : Publication sur la page Facebook des Sapeurs-pompiers de la Côte d’Or - SDIS, 27 juillet 2026.

Près de 98 000 hectares brûlés au 31 juillet, un record qui dépasse déjà 2003 et 2022,  l’été 2026 restera l’un des plus intenses jamais affrontés par les sapeurs-pompiers français. De la Gironde aux Landes, du Var à l’Île-de-France jusqu’en Ille-et-Vilaine, les foyers se sont multipliés, mobilisant les effectifs de pompiers sur des durées inédites. Si le dévouement des colonnes de renfort et la solidarité des populations sont largement salués, la question de l’exposition toxique aiguë et du risque de cancer différé demeure quant à elle moins médiatisée, alors même que la science et le droit ont confirmé son ampleur.

Le métier de sapeur-pompier classé cancérogène par l’OMS

En juin 2022, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) dépendant de l’OMS, a classé l’activité de sapeur-pompier au niveau dans le groupe 1, le plus élevé de sa classification et donc cancérogène pour l’homme. Vingt-cinq chercheurs de huit pays ont examiné plus de cinquante études de cohorte avant ce verdict, qui rompt avec le classement groupe 2B de 2010 possiblement cancérogène.

Deux pathologies affichent un niveau de preuve jugé suffisant : le mésothéliome, avec un surrisque estimé à +58% par rapport à la population générale et le cancer de la vessie, avec un surrisque d’environ +16%. D’autres cancers présentent des indications limitées mais réelles : côlon, prostate, testicule, mélanome cutané, lymphome non hodgkinien.

L’origine et la complexité du risque 

Contrairement à une idée reçue, les feux de forêt ne sont pas moins toxiques que les incendies urbains. La combustion de la végétation, mais aussi des habitations et véhicules pris dans les flammes en zone d’interface habitat-forêt, libère un cocktail cancérogène d’hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), de benzène, de formaldéhyde et de suies. Lors des phases de déblai, la concentration de particules fines peut atteindre jusqu’à 400 fois les niveaux de l’air ambiant.

S’ajoutent l’amiante, présente dans les bâtiments anciens effondrés ou endommagés, et les mousses anti-incendie à base de PFAS, ces polluants éternels qui persistent dans l’organisme. Un décret du 28 décembre 2025 a renforcé l’encadrement des produits grand public contenant des PFAS, mais a explicitement exclu les équipements de protection des pompiers.

Une reconnaissance juridique récente, mais partielle

Pendant près de vingt ans, seuls les cancers du nasopharynx et du foie étaient présumés liés au métier pour les sapeurs-pompiers de la fonction publique. Ni le mésothéliome ni le cancer de la vessie n’ouvrait de présomption d’origine professionnelle. Cela a eu comme conséquence qu’à peine une quinzaine de maladies professionnelles reconnues en dix ans, pour environ 250 000 sapeurs-pompiers en activité.

Le décret n° 2025-1349 du 26 décembre 2025 a modifié deux tableaux de maladies professionnelles du régime général. En premier lieu, le tableau 16 bis intègre désormais le cancer de la vessie pour les activités de lutte contre l’incendie. En second lieu, le tableau 30 reconnaît le mésothéliome pour ces mêmes activités, ainsi que pour le sauvetage-déblaiement.

La Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France a salué une avancée réelle mais partielle. Les cancers à preuve limitée selon le CIRC ne bénéficient toujours d’aucune présomption et la reconnaissance suppose une traçabilité individuelle des expositions que les syndicats jugent encore trop disparate d’un département à l’autre.

Élargissement du spectre des risques

Au-delà du cancer, le métier expose à des risques cardiovasculaires, à un stress thermique aigu lors des interventions estivales, à des risques traumatiques directs dont des brûlures, des effondrements, des accidents et à des risques psychosociaux liés à l’exposition répétée à des situations violentes. Autant d’enjeux qui appellent, comme le risque cancérogène, une prévention globale.

Depuis le début de l’été 2026, quatre pompiers  sont morts et plus de 130 autres intoxiqués par les fumées. Parmi les 93 agents blessés en Gironde, au moins 10 ont été évacués pour intoxication au monoxyde de carbone, révélant des lacunes en matière d’équipement comme des cagoules filtrantes, des détecteurs individuels de monoxyde de carbone ou de masque FFP3 mis  à disposition des pompiers.

Des leviers pour une réduction de l’exposition sur le terrain

Dans l’objectif de réduire l’exposition des sapeurs pompiers aux éléments cancérigènes, il faut leur assurer : 

– Une protection respiratoire prolongée. Porter l’appareil respiratoire isolant (ARI) pendant les phases les plus exposantes en particules fines, donc au cours de l’attaque du feu, mais aussi lors du déblai et du nettoyage,.

– Une décontamination immédiate. Laver mains et visage dès la sortie de zone, ne plus garder une tenue souillée comme un trophée, se doucher au retour en caserne, nettoyer systématiquement les EPI.

– Une traçabilité des expositions. Renseigner une fiche d’exposition après chaque intervention à risque et l’intégrer au dossier médical, condition indispensable à une future reconnaissance en maladie professionnelle.

– Un suivi médical renforcé. Dépistages ciblés (cytologie urinaire pour les plus exposés) et suivi prolongé après la cessation d’activité, réclamé par l’ANSES, tant les cancers professionnels se déclarent souvent des décennies plus tard.

Le 13 août 2026, neuf organisations syndicales ont appelé à une grève nationale pour dénoncer leurs conditions de travail et réclamer que la santé des sapeurs-pompiers devienne une priorité nationale. Leurs revendications rejoignent celles du Sénat, qui a appelé dès 2024 à élargir la présomption d’imputabilité à l’ensemble des cancers identifiés par le CIRC et à généraliser les fiches d’exposition après chaque intervention à risque.

À l’heure où le changement climatique allonge les saisons de feux et étend leur emprise géographique, comme l’a montré cet été l’apparition de foyers en Bretagne, la question des conséquences à long terme sur la santé des sapeurs-pompiers devrait en tout état de cause nous préoccuper. Faut-il les laisser développer, des décennies plus tard, une maladie causée par les fumées qu’ils ont inspirées pour protéger les autres ?

Pour approfondir 

– Centre de lutte contre le cancer Léon Bérard, Vol. 132 : Cancérogénicité de l’exposition professionnelle en tant que pompier • Cancer Environnement.

– Franceinfo, En première ligne face aux incendies, les pompiers mettent leur santé en danger

– Rapport d’informations du Sénat sur les cancers imputables à l’activité de sapeur-pompier, mai 2024, r23-6411.pdf.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.