S’interroger sur les causes d’une grève dans un pays revient bien souvent à rechercher quelles décisions politiques sont susceptibles d’atteindre le plus durement le portefeuille de sa population.
De l’impact du conflit russo-ukrainien sur l’approvisionnement en matière première, à l’augmentation de la TVA sur les factures d’énergies, en passant par les problèmes d’isolation, le tout dans un contexte d’inflation perpétuelle, le constat est clair : l’énergie est source de maux pour le pouvoir d’achat des Français.
Et alors que la CGT est toujours le premier syndicat dans les industries électriques et gazières, cette dernière n’a pas hésité à se joindre aux différentes organisations syndicales nationales lors des grandes mobilisations interprofessionnelles de septembre 2025 afin de donner plus de portée aux revendications des grévistes du secteur des IEG.
Toujours est-il que même avec ce coup de pouce, les victoires dans le cadre des négociations avec le patronat se comptent pour le moment sur les doigts d’une main.
Aux origines du mouvement de grève
En l’occurrence, un premier préavis de grève avait été présenté par la FNME-CGT dès le 5 juin afin de continuer les protestations à l’encontre d’une réforme des retraites mettant fin au régime spécial de retraite des IEG et d’une loi de finances portant le taux de TVA de 5,5 à 20 % de la facture d’énergie.
C’est toutefois l’annonce relative au plan budgétaire pour 2026 de l’ancien chef du gouvernement qui a définitivement enflammé les foules et donné de l’ampleur aux contestations. La proposition de François Bayrou visait à faire près de 44 milliards d’euros d’économies afin de ramener le déficit public à 4,6 % pour 2026. Cela passait nécessairement par un raffermissement de la politique d’aide sociale.
La grande majorité des principales organisations interprofessionnelles s’est alors mobilisée pour faire valoir la parole des syndicats contre un projet de budget jugé trop sévère pour la bourse des Français. Ces mobilisations se sont maintenues même en l’absence de gouvernement, à la suite des démissions successives de François Bayrou et Sébastien Lecornu. L’objectif était de mettre la pression sur le futur gouvernement et d’influencer les choix politiques.
Aussi, bien que les revendications des grévistes IEG restaient spécifiques au secteur (revalorisation à hauteur de 9 % sur la grille salariale de toutes les industries du secteur ; abrogation de la réforme des retraites ; retour au 5,5 % de la TVA sur les factures d’énergies) et malgré le risque de coupures pouvant toucher certains foyers, les grévistes affirmaient que ces réclamations bénéficieraient également à l’ensemble des usagers, inscrivant ainsi le mouvement initial de la fédération cégétiste dans la continuité de la mobilisation syndicale nationale.
L’état actuel des négociations
Avec plus de 200 piquets de grève dans toute la France le 2 septembre, la grève initiée par la CGT fut un véritable succès d’un point de vue participatif.
Reconduite les 10 et 18 septembre, cette fois-ci dans le cadre des mobilisations interprofessionnelles, le mouvement de septembre a eu pour effet direct une baisse de la production d’énergie. On peut, à titre d’exemple, mentionner une perte de 4 000 MW à la mi-journée du 2 septembre pour les centrales de production d’électricité d’EDF.
Même si, la grève n’a pas provoqué de perturbations majeures dans la production énergétique, elle a suscité les réactions attendues du côté des syndicats.
Le mouvement de grève a notamment conduit à l’obtention de réunions avec le patronat, preuve que les directions du secteur ont pris la mobilisation au sérieux et qu’un dialogue est possible. Ces réunions portaient surtout sur la refonte de la grille des salaires. Le patronat a d’ailleurs reconnu que la grille n’a pas suivi l’inflation ces dernières années, fragilisant ainsi les bas salaires.
De même, le mouvement de grève a permis la prise d’effet, à partir du mois d’octobre, de l’accord relatif à la prise en compte des écarts de cherté au sein d’ENEDIS, surnommé « Vie chère », signé fin mars 2025 par la CGT. L’accord remplace l’ancienne « majoration résidentielle », jugée obsolète, en déterminant une indemnité supplémentaire aux salariés si leur lieu de résidence ou de travail se trouve dans une zone identifiée comme « chère ».
Les grévistes du secteur semblent donc, graduellement, voir leurs prétentions s’accomplir.
Malgré tout, il convient de rester mesuré quant à la réalité de la situation : actuellement, aucune des revendications principales des grévistes n’a été satisfaite.
Si l’ouverture de négociations est assurément un bon début, il n’en demeure pas moins qu’aujourd’hui, le débat porte exclusivement sur la grille salariale, et non pas sur la réforme des retraites et la baisse du taux de TVA. Ces revendications structurelles et plus coûteuses seront évidemment plus pénibles à obtenir.
Lorsqu’on se souvient que la réforme des retraites a été adoptée à coup de 49.3, signe de la détermination du gouvernement, une approche pragmatique du conflit nous pousserait à penser que les grévistes se sont engagés dans un rapport de force voué à s’éterniser et dont l’issue dépendra, en outre, de l’ameublement fluctuant de la classe politique.
À plus forte raison que s’agissant de la grille des salaires des IEG, sujet au cœur des négociations en cours, la question est loin d’être réglée. En effet, pour l’heure, les propositions patronales sont encore jugées insuffisantes par les grévistes au regard de l’inflation. On peut à cet égard évoquer une proposition d’augmentation générale de 0,5 % du salaire national de base alors que l’inflation prévue dans le projet de budget de l’État pour 2026 est de 1,3 %.
L’effet relatif des grèves sur la production d’énergie peut être un élément permettant d’expliquer l’avancement laborieux des négociations au détriment des grévistes puisque la pression économique exercée sur les entreprises est aujourd’hui limitée et ne permet pas de forcer les directions à faire des concessions significatives sur les salaires.
En ce sens, les grévistes mise sur la durée du conflit : si la CGT réussit à maintenir la grève reconductible, comme elle l’a déjà fait pour la période du 01/11 au 01/12, elle pourra renforcer sa position et peut-être atteindre les finances des entreprises de façon plus décisive.
La route reste longue et si quelques acquis ont déjà été obtenus, le gros des négociations est encore à venir. D’autant plus que le caractère national de la mobilisation interprofessionnelle, qui jouait en faveur des syndicats IEG et donnait plus de poids à leurs revendications dans le débat public, semble s’être légèrement essoufflé depuis septembre.
https://www.fnme-cgt.fr/grille-des-salaires-cgt-tract-general/
https://www.fnme-cgt.fr/indemnite-vie-chere-la-lutte-paye/
Auteur et relecteur (2025-2026) sur le blog Bio Ressources
Master Droit et Gestion des Énergies et du Développement Durable – Université de Strasbourg
