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« 2.1 millions de Français (5%) se sentiraient très fortement éco-anxieux au point qu’ils devraient bénéficier d’un suivi psychologique parce que l’éco-anxiété menace leur santé mentale […] 

420000 d’entre eux seraient en risque psychopathologique du fait qu’ils sont susceptibles de basculer dans une forme de trouble psychopathologique connu. »

Des conclusions qui ressortent d’une étude sur l’éco-anxiété en France, menée en 2025 par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME).

Si selon cette étude « l’activité professionnelle ne permet pas de prédire le niveau d’éco-anxiété de manière significative », il n’en ressort pas moins que plusieurs conclusions nous laissent penser que la population active est la plus concernée : la tranche d’âge (15-49 ans), le niveau d’étude (majoritairement des personnes ayant un niveau bac +3), la situation familiale (majoritairement des parents).

Il devient légitime de chercher à comprendre comment ce problème est appréhendé dans le milieu du travail.

 

Quid de la qualification de l’éco-anxiété dans l’entreprise ?

Véronique Lapaige, médecin-chercheuse en santé mentale et en santé publique, a défini le terme en 1996 comme une détresse mentale et émotionnelle ressentie en réponse à la crise environnementale et au changement climatique.

Il s’agit d’un état de stress pré-traumatique, une anxiété par anticipation. L’activité professionnelle n’étant pas à l’origine de cette détresse, il apparaît difficile de la qualifier comme telle.

Cependant, plusieurs recherches ont déjà mis en évidence un lien entre la crise environnementale et la santé au travail. Encore loin d’être admis en tant que risque professionnel, l’éco-anxiété pourrait être un facteur de risques psychosociaux (RPS), une catégorie de risque professionnel prenant en compte les risques qui impactent la santé mentale.

Parmi les facteurs admis aujourd’hui, elle pourrait être associée à :

  • L’exigence émotionnelle : il apparaît que les salariés dont les postes sont plus ou moins en rapport avec les questions environnementales sont les plus affectés (les agriculteurs, les enseignants, etc.)
  • Les conflits des valeurs : le dilemme entre un emploi dans une structure peu ou pas respectueuse de l’environnement et l’éthique environnementale du salarié
  • L’insécurité de l’emploi : l’incertitude quant à l’avenir de l’emploi face aux fluctuations économiques et écologiques. 

Les employeurs ont l’obligation d’assurer à tous les salariés, une protection de leur santé physique et mentale face au stress, aux violences internes et externes.

 

 Quid de la prise en charge de l’éco-anxiété par l’entreprise ?

Plusieurs raisons contribuent à l’accroissement de l’éco-anxiété : l’éveil des consciences, la médiatisation, et parfois l’insouciance et les moyens insuffisants mis en place par les organisations.

Pour les collaborateurs, cet état peut entraîner un désengagement professionnel, un burn-out, des relations conflictuelles entre collègues ou avec la hiérarchie, un mal-être, un licenciement. Les organisations quant à elles pourraient faire face à des absences, des démissions, une perte de productivité, une perte de profit, altération de l’image de l’entreprise et ça pourrait aller plus loin.

L’éco-anxiété dans l’entreprise, pourtant, peut traduire un certain déséquilibre. Entre autres, pas ou peu de communication interne sur la question, pas ou peu de mise en œuvre du management participatif, manque de clarté sur la vision et l’éthique environnementale, incohérences entre valeurs écrites et pratiques réelles. C’est un signal d’alerte pour repenser ou ajuster les politiques RSE.

Plusieurs mécanismes sont proposés pour y faire face. Avant tout, il est fortement recommandé aux organisations de procéder à un audit sur les effets de l’éco-anxiété dans l’environnement de travail. L’entreprise est également invitée à intégrer dans sa politique de prévention des risques certaines actions comme l’information et la formation des équipes aux enjeux environnementaux, l’écoute active et la sensibilisation au bénéfice d’en parler, la mise en place des séances de discussions et de réflexions participatives sur les problématiques environnementales spécifiques ou générales, passer à l’action en collectif en participant à des mouvements associatifs ou des évènements.

Une bonne prise en charge de cette problématique pourrait permettre de transformer l’éco-anxiété en un réel outil de croissance de l’entreprise notamment en faisant ressortir de nouvelles compétences, en instaurant un climat de confiance et d’épanouissement qui pourrait booster la productivité, l’engagement et l’attractivité, en renforçant ou en améliorant la cohésion des équipes. Un autre point à souligner, c’est que cet avantage ne profiterait pas seulement à l’entreprise. Ces agents seraient également de vrais acteurs dans la lutte contre les atteintes à l’environnement.

 

Quid du rôle des syndicats et du Comité social et économique (CSE) ?

Ces dernières années, les syndicats sont de plus en plus incités à discuter voire à négocier sur les questions environnementales. Cependant, l’objet de ces négociations ne peut pas permettre d’intenter une action en justice.

Le CSE quant à lui dispose d’importantes prérogatives dans le champ de la santé et la sécurité au travail. Il analyse les risques professionnels et mène des enquêtes quand survient un accident de travail ou une maladie professionnelle. Depuis la loi du 22 août 2021 portant lutte contre le dérèglement climatique, il est informé et consulté sur les conséquences environnementales des projets de l’organisation.

Le CSE a donc le moyen de connaître des revendications des salariés, des rapports d’audits sur l’état mental des salariés dans le cadre de l’analyse des RPS, et des risques sanitaires et environnementaux engagés dans les projets de l’entreprise. Cette position stratégique lui permet surtout de jouer un rôle de lanceur d’alerte.

Il est donc nécessaire que ces élus s’intéressent à la question de l’éco-anxiété et en fasse un réel sujet. A leur niveau, pour lutter contre l’éco-anxiété, en plus de le dénoncer, ils peuvent proposer le développement des programmes d’action en faveur de la sauvegarde de l’environnement.

Le CSE pourrait également jouer un rôle déterminant dans la prise en compte de certaines revendications comme celles de faire de l’éco-anxiété un RPS ou une maladie professionnelle et par conséquent la question de la responsabilité des entreprises.

De même, les élus et représentants de personnel peuvent jouer un rôle dans la vulgarisation et la légitimation de certains droits à l’instar du droit de retrait écologique et éthique qui permettrait à un collaborateur de se retirer d’un projet lorsque celui-ci n’est pas conforme à l’éthique environnementale.

 

Sources:

Sutter, P.-E., Chamberlin S. & Messmer L. (2025). Éco-anxiété en France (étude 2025). ADEME. 86 pages, Cet ouvrage est disponible en ligne https://librairie.ademe.fr/ 

Matthieu Sajno, L’éco-anxiété : risque psychosocial ou révélateur de vulnérabilités au travail ?, https://www.editions-tissot.fr/actualite/sante-securite/leco-anxiete-risque-psychosocial-ou-revelateur-de-vulnerabilites-au-travail

Célia Rastoin, Véronique Souchet, L’éco-anxiété dans les organisations : comment les communicants peuvent-ils agir ?,https://lescommunicants.fr/fr/article/l-eco-anxiete-dans-les-organisations-comment-les-communicants-peuvent-ils-agir/07/02/2024/399 

B.Lapérou-Scheneider, A. Dubuis (dir.), La société civile et la protection juridique de l’environnement et de la santé, Mare & Martin, 2023, p.248-250

 Stéphan Pezé, L’éco anxiété, un nouveau risque professionnel ?, https://formation.lefebvre-dalloz.fr/actualite/leco-anxiete-un-nouveau-risque-professionnel

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