Ce parc marin a été fondé en 1970 à Antibes par le comte Roland de La Poype. Celui-ci s’est longtemps imposé comme l’un des plus grands parcs marins d’Europe. Beaucoup d’animaux marins y étaient présentés tels que des dauphins, des otaries et surtout des orques, dans des spectacles quotidiens mêlant prouesses animales, musique et mise en scène. Pendant des décennies, ce modèle de divertissement a attiré des centaines de milliers de visiteurs chaque année, au point de devenir un symbole du tourisme familial sur la Côte d’Azur. Progressivement, la captivité des cétacés a progressivement suscité un rejet croissant de l’opinion publique.
L’histoire de Marineland illustre en réalité un phénomène plus large : celui de l’utilisation des animaux sauvages comme source de divertissement depuis plus d’un siècle. Dès le XIXe siècle, zoos, cirques et delphinariums se développent autour de l’idée de livrer au public des espèces exotiques difficilement observables dans leur milieu naturel. Les orques, en particulier, deviennent des attractions majeures à partir des années 1960, notamment après le succès du parc américain SeaWorld San Diego. Les mammifères marins sont souvent choisis dans ces parcs pour leur puissance et leur intelligence qui impressionnent le public.
Mais à partir des années 2010, les critiques contre la captivité animale prennent de l’ampleur. Documentaires, associations de protection animale et enquêtes médiatiques dénoncent les conditions de vie des cétacés en bassin, jugées incompatibles avec leurs besoins biologiques et sociaux. Le documentaire Blackfish, consacré à une orque captive de SeaWorld, joue notamment un rôle majeur dans l’évolution du regard du public sur ces pratiques. En France, plusieurs associations dénoncent également les conditions de détention des animaux de Marineland et alertent sur l’état de santé de certaines orques.
Cette remise en question aboutit à une évolution juridique importante. La loi française du 30 novembre 2021 visant à lutter contre la maltraitance animale prévoit l’interdiction progressive des spectacles de cétacés en France d’ici décembre 2026. Cette législation interdit également la reproduction et l’acquisition de dauphins et d’orques destinés au spectacle. Pour Marineland, cela marque la fin de leur succès puisque leur modèle économique repose sur l’exploitation de ces animaux.
En conséquence, Marineland ferme définitivement ses portes au public en janvier 2025. Pourtant, malgré cette fermeture, plusieurs animaux demeurent encore sur le site, notamment les deux dernières orques captives de France, Wikie et Keijo. Leur avenir fait aujourd’hui l’objet d’intenses débats entre l’État, les associations et les gestionnaires de parcs zoologiques européens. Le Gouvernement français envisage leur transfert vers un parc espagnol, tandis que certains défenseurs des animaux militent pour une solution alternative en sanctuaire marin.
Le sujet a pris une telle importance que le ministère de la Transition écologique s’est lui-même emparé du dossier. Un comité de pilotage consacré à l’avenir des cétacés de Marineland a été décidé par le Gouvernement afin d’examiner les différentes solutions envisageables pour les orques et les dauphins demeurant sur le site. Cette implication de l’État montre que la préoccupation dépasse les sphères associatives. Elle est devenue un véritable enjeu éthique, politique et environnemental.
L’affaire Marineland révèle ainsi une transformation profonde du rapport entre la société et les animaux sauvages. Longtemps considérés comme des objets de spectacle et de fascination, les cétacés sont désormais de plus en plus perçus comme des êtres sensibles dont la captivité soulève des enjeux éthiques majeurs. La fermeture progressive des delphinariums en France témoigne de cette évolution des mentalités : le divertissement fondé sur l’exploitation animale apparaît aujourd’hui de moins en moins acceptable aux yeux d’une partie de la population.
Plus largement, Marineland symbolise la fin d’un modèle de loisir hérité du XXe siècle. Désormais, la préservation des espèces, le bien-être animal et le respect de la vie sauvage occupent une place centrale dans le débat public.
