Dans le premier épisode de cette série, nous avons exploré la situation de la Guyane, un territoire impacté par sa spécificité amazonienne. Comme chaque Zone Non Interconnectée (ZNI) possède ses propres défis il semble nécessaire de s’attarder sur un autre territoire d’outre-mer en tournons notre regard vers Mayotte. Probablement la collectivité territoriale française faisant face aux défis les plus vertigineux pour sa transition énergétique. 

Un archipel sous tension : le piège de la dépendance fossile

Si la Guyane peut s’appuyer sur ses ressources hydrauliques, la réalité mahoraise est plus brutale. Selon le Bilan énergétique de Mayotte 2021, l’île affiche un taux de dépendance énergétique alarmant de 98,2 %.

Le mix électrique de l’archipel repose encore à 95 % sur les énergies fossiles, avec une production assurée majoritairement par 107 MW de centrales thermiques. Cette situation place Mayotte dans une vulnérabilité absolue. Avec un coût de production avoisinant les 350 €/MWh, l’électricité y est la plus chère et la plus carbonée de France (716 gCO2/kWh). Comme le souligne l’Institut Terram, ce modèle n’est plus viable face à une consommation qui explose chaque année sous la pression démographique.

La résilience face au choc climatique : l’après-cyclone Chido

La vulnérabilité de Mayotte n’est pas seulement logistique, elle est aussi climatique. Le passage du cyclone Chido fin 2024 a rappelé la fragilité des infrastructures insulaires. En réponse, la Commission de Régulation de l’Énergie a dû modifier en urgence le cadre de régulation du fonds de péréquation de l’électricité  pour Mayotte.

Cette décision de la CRE vise à permettre des investissements exceptionnels pour reconstruire un réseau plus robuste. Il ne s’agit plus seulement de réparer, mais de bâtir une infrastructure capable de résister à des phénomènes extrêmes. Cette crise rappel à quel point l’énergie est un intrant stratégique pour la sécurité intérieure. 

Vers une résilience souveraine : briser les chaînes

L’avenir de Mayotte réside dans sa capacité à bâtir une résilience énergétique propre. En 2021, la puissance photovoltaïque raccordée n’était que de 22 MW. Pour atteindre l’autonomie et réduire sa vulnérabilité aux chocs mondiaux, l’archipel doit transformer son modèle.

La résilience énergétique de demain passera par plusieurs points. D’abord par une diversification du mix pour sortir du tout-pétrole et pour intégrer massivement le solaire et le stockage. Elle passera aussi par une souveraineté technologique pour protéger les réseaux intelligents contre les cybermenaces en période d’incertitude géopolitique. Enfin une réelle résilience ne pourra se concrétiser que par une citoyenneté énergétique afin de transformer l’accès à l’énergie en un levier d’émancipation pour les Mahorais.

En réussissant sa mutation, Mayotte pourrait devenir le symbole de l’autonomie des ZNI : des territoires qui, privés de secours électriques voisins, doivent inventer leur propre survie et puiser dans leur résilience locale pour garantir leur futur.

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