L’hydroélectricité est souvent vue comme l’une des formes d’énergie les plus propres. Elle ne produit ni gaz à effet de serre directs, ni déchets toxiques, et repose sur une ressource renouvelable : l’eau. Cette image de « pureté » masque cependant certains effets secondaires peu connus. Si les barrages et les retenues d’eau contribuent à la transition énergétique, ils modifient aussi profondément les écosystèmes aquatiques et terrestres, et peuvent influencer la santé humaine de façon indirecte, parfois spectaculaire.
Ce lien entre hydraulique et santé ne passe ni par la pollution de l’air, ni par une quelconque toxicité chimique. Il passe par l’eau stagnante, les moustiques, les bactéries, et les maladies hydriques. À travers le monde, des études montrent que les grands projets hydroélectriques peuvent favoriser la prolifération de pathogènes ou perturber les équilibres naturels qui protégeaient certaines populations. Ce phénomène, encore sous-étudié dans les pays développés, est particulièrement marqué dans les zones tropicales ou subtropicales.
L’eau, ressource énergétique et vecteur de maladies
La construction d’un barrage entraîne la formation d’un réservoir artificiel, parfois sur plusieurs centaines de kilomètres carrés. Ce lac, qui servira à stocker l’eau pour la turbine, modifie le débit des rivières, crée des zones d’eaux calmes et chaudes, et submerge des habitats naturels. Ce changement hydrologique, s’il est utile à la production d’électricité, crée aussi un environnement propice à la prolifération de vecteurs pathogènes, comme les moustiques (porteurs du paludisme, du chikungunya, de la dengue), ou les escargots d’eau douce, vecteurs de la bilharziose, une maladie parasitaire présente dans les zones tropicales.
Par exemple, après la construction du barrage d’Akosombo au Ghana (années 1960), la prévalence de la bilharziose a été multipliée par dix dans certaines zones, touchant particulièrement les enfants. Au Brésil, des projets hydroélectriques en Amazonie ont été associés à une augmentation notable des cas de paludisme, parfois à plusieurs dizaines de kilomètres du barrage. La stagnation de l’eau dans des zones déboisées favorise aussi la croissance de bactéries pathogènes comme les vibrions (responsables du choléra), ou de cyanobactéries, certaines toxiques pour le foie ou le système nerveux.
Un déséquilibre écologique invisible
Avant leur construction, les rivières ont un flux qui balaye les larves, renouvelle les écosystèmes et maintient un équilibre biologique fragile. Les barrages interrompent ce cycle. Ils retiennent les sédiments, ce qui réduit la fertilité des sols en aval, mais aussi les habitats naturels de nombreux poissons qui régulaient indirectement les populations de moustiques (en mangeant leurs larves, par exemple).
Dans certaines régions, ces changements ont entraîné la disparition d’espèces aquatiques bénéfiques et la prolifération d’espèces opportunistes. Ces déséquilibres modifient la chaîne alimentaire et les interactions entre espèces, avec des conséquences imprévues sur la santé des riverains. Par exemple, en Asie du Sud-Est, des changements d’écosystème liés aux barrages ont été corrélés à l’augmentation de parasites intestinaux transmis par les poissons d’eau douce mal cuits ou crus.
Une énergie propre, mais qui demande un regard sanitaire global
Ces problématiques ne sont pas uniquement locales ou marginales. Selon une étude parue dans The Lancet, environ 25 % des grands barrages construits dans les pays tropicaux ont été suivis d’une hausse significative de maladies hydriques dans les 5 à 10 ans suivant leur mise en eau. Ces effets secondaires sont rarement intégrés dans les bilans énergétiques classiques ou les études d’impact environnemental. Pourtant, ils touchent directement la qualité de vie et la longévité de milliers de personnes.
En Afrique de l’Est, plusieurs chercheurs ont observé que les populations vivant à proximité des réservoirs hydroélectriques avaient un taux de morbidité deux fois plus élevé pour certaines maladies parasitaires, par rapport à des villages similaires situés en amont. Et cette tendance pourrait s’aggraver avec le changement climatique, qui favorise les pathogènes aquatiques via l’augmentation de la température des eaux stagnantes.
Et en France alors ?
Un contrôle de l’eau est réalisé ainsi qu’une surveillance épidémiologique. C’est l’agence Santé Publique France qui s’occupe de ces contrôles et surveillance et tout signalement ou alerte est transmis à l’ARS via une application. Au delà de ce contrôle, des campagnes de prévention sont réalisés par EDF concernant les retenues d’eau pour signaler aux populations locales et aux riverains que cette eau stagnante reste dangereuse et ne permet pas d’en boire ou d’y nager. Des hydroguides sont mêmes employés par EDF pour sensibiliser à cela, notamment en été pendant les périodes chaudes de l’année.
Pour en savoir plus :
- https://devsante.org/articles/barrages-et-sante/
- https://www.edf.fr/groupe-edf/produire-une-energie-respectueuse-du-climat/accelerer-le-developpement-des-energies-renouvelables/hydraulique/notre-expertise/campagne-prevention
