Au moment même où certains dirigeants persistent à regarder dans le rétroviseur énergétique, les dynamiques du secteur mondial semblent, quant à elles, résolument tournées vers l’avenir. Ainsi, aux États-Unis, les énergies renouvelables connaissent un essor remarquable et ont franchi, en mars 2026, un seuil symbolique en devenant pour la première fois la principale source de production d’électricité. Une évolution d’autant plus notable qu’elle survient dans un contexte politique peu propice à leur promotion.
Un décalage entre déclaration présidentielle et la réalité locale
Sous l’administration de Donald Trump, les énergies fossiles bénéficient d’un soutien appuyé, tandis que le solaire et l’éolien font l’objet de critiques récurrentes, voire même d’un boycott assumé. Du démantèlement du programme de soutien aux renouvelables mis en place par Joe Biden via l’Inflation Reduction Act à la mise en suspens de plusieurs projets éolien offshore le long de la côte Est par l’administration fédérale contraignant leurs promoteurs à de longues batailles judiciaires, souvent au détriment de leur viabilité économique, bon nombre d’exemples illustrent ce revirement stratégique entamé depuis le retour de Donald Trump à la tête des États-unis.
Ce positionnement tranche pourtant avec les dynamiques observées à l’échelle locale. Effectivement, malgré un discours fédéral défavorable, de nombreux États poursuivent activement le développement des énergies renouvelables. Et les résultats parlent d’eux-mêmes : les énergies renouvelables, incluant le solaire, l’éolien, l’hydroélectricité et la bioénergie, représentent désormais un peu plus du tiers de la production électrique américaine, selon les analyses du Think tank Ember. Le gaz naturel en constitue une part équivalente, tandis que le nucléaire et le charbon se partagent le reste. Cette progression rapide repose en grande partie sur l’essor du solaire et de l’éolien, qui ont représenté à eux seuls 93 % des nouvelles capacités installées en 2025.
Certes, ce nouveau jalon peut s’expliquer par des températures exceptionnellement clémentes dans l’ouest américain, le printemps étant favorable à l’éolien et au solaire, réduisant la demande en chauffage et influençant mécaniquement la structure du mix énergétique et il convient de rappeler que cette tendance ne sera pas nécessairement réitérée dès le mois d’avril.
Pour autant, la direction est claire : l’écart entre énergies fossiles et renouvelables se resserre inexorablement, malgré les tentatives de certains décideurs de ralentir cette transition. Cette affirmation est corroborée par les chiffres relatifs au premier trimestre 2026 montrent que les sources dites « bas carbone », à entendre par nucléaire et EnR, ont atteint environ 47 % du mix électrique, dont la majorité de la croissance provient des renouvelables. Le charbon, déjà supplanté au cours des années 2010, poursuit son déclin.
Le gaz naturel, en revanche, continue de croître, soutenu notamment par l’explosion de la demande en électricité liée aux centres de données nécessaires au développement de l’intelligence artificielle.
Le développement de projets EnR malgré une hostilité apparente à l’égard des EnR
L’orientation énergétique de l’administration de Donald Trump ne laisse guère de place au doute : la priorité est accordée aux énergies fossiles, au prix d’un désengagement vis-à-vis de nombreux projets renouvelables. L’annonce, le 27 avril, par le ministère de l’Intérieur américain de l’abandon de deux vastes projets éoliens offshore, Bluepoint Wind, au large du New Jersey et de New York, et Golden State Wind, au large de la Californie, en constitue une illustration emblématique. À eux seuls, ces programmes devaient alimenter plus de deux millions de foyers en électricité, mobilisant notamment des acteurs internationaux tels que Engie, EDP Renewables ou encore BlackRock.
Cette décision s’inscrit dans une série de retraits récents, à l’image de celui de TotalEnergies de deux projets similaires un mois plus tôt. Au total, ce sont près de 3,6 millions de foyers qui auraient pu être alimentés par ces initiatives désormais abandonnées.
Toutefois, conclure à un ralentissement généralisé des énergies renouvelables serait, au mieux, hâtif, au pire, erroné. Car en parallèle de ces abandons, d’autres projets émergent, parfois dans des segments encore expérimentaux, mais porteurs d’innovations significatives. C’est notamment le cas de l’énergie houlomotrice, longtemps reléguée au rang de promesse technologique difficile à concrétiser.
Dans l’État de Washington, du côté de Puget Sound, la start-up Panthalassa expérimente ainsi un dispositif pour le moins singulier : une bouée géante baptisée Ocean-2, conçue pour exploiter l’énergie des vagues sans chercher à les contraindre. Là où de nombreux projets passés ont échoué en tentant de résister à la violence des océans, cette approche privilégie une adaptation au mouvement naturel de la houle. Le principe, d’une simplicité presque déroutante, repose sur l’oscillation de la structure, qui actionne une turbine interne. Lors des premiers essais, le dispositif a atteint une production de 50 kW, une performance encore modeste, mais prometteuse pour une technologie en phase expérimentale.
Plus révélateur encore est le modèle d’exploitation envisagé. Plutôt que de s’intégrer à des réseaux électriques terrestres complexes, ces installations pourraient produire de l’hydrogène vert en mer ou alimenter directement des centres de données offshore. Une perspective qui, à l’heure de l’explosion des besoins énergétiques liés à l’intelligence artificielle, n’a rien d’anecdotique, et qui souligne, non sans ironie, que l’innovation énergétique se développe parfois là où on ne l’attend pas.
Dans un registre similaire, la société Eco Wave Power déploie une approche différente mais complémentaire. Dans le port de Los Angeles, des flotteurs reliés à des systèmes hydrauliques convertissent le mouvement des vagues en électricité. Ce projet pilote, s’il est validé par les autorités locales, pourrait être étendu à grande échelle, avec l’ambition d’alimenter jusqu’à 60 000 foyers. Une démonstration supplémentaire que, même dans un contexte politique peu favorable, les initiatives locales et technologiques continuent de tracer leur chemin.
Ainsi, en dépit des abandons et des entraves administratives, les énergies renouvelables ne cessent de se réinventer aux États-Unis. Qu’il s’agisse de l’éolien offshore contrarié ou des technologies marines émergentes, le secteur témoigne d’une capacité d’adaptation remarquable. Une réalité qui suggère, avec une pointe de sarcasme difficile à réprimer, que la transition énergétique pourrait bien avancer, en dépit du soutien explicite des autorités fédérales actuelles.
Sources :
Auteur et relecteur (2025-2026) sur le blog Bio Ressources
Master Droit et Gestion des Énergies et du Développement Durable – Université de Strasbourg
