You are currently viewing L’effet Trump sur les énergies renouvelables
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Depuis que le prix Nobel lui a glissé entre les doigts, Donald Trump laisse entendre qu’il ne se sent plus tenu de ne penser qu’à la paix. Il voyait dans cette distinction honorifique moins un hommage qu’un adoubement, celui d’un dirigeant sacré héros. Mais cette rhétorique du chantage suggère toutefois une parenté bien plus troublante que flatteuse : Trump ne semble que peu à voir avec Superman, figure sacrificielle et désintéressée ; il évoque bien davantage le Homelander, antagoniste principale et sinistre de la série The Boys dont l’originalité tient au fait qu’il n’est qu’un simulacre de super-héros dont la grandeur n’est qu’un masque. À l’instar de son alter ego fictionnel, le Président laissait déjà transparaître une inclinaison marquée pour son intérêt personnel. Certaines de ses décisions en portaient la marque, au premier rang desquelles une politique résolument hostile aux énergies renouvelables, dont l’orientation continue d’interroger aujourd’hui.

En effet, alors qu’un nouveau record de production d’électricité renouvelable a été établi en 2025, hausse qui devrait se poursuivre sur les cinq prochaines années selon l’Agence Internationale de l’énergie, la politique de Donald Trump, moins guidée par le bien commun que par une vision à court terme, fait aujourd’hui office de brouillard sur le chemin vers les objectifs de neutralité carbone à l’échelle mondiale. 

Et quand bien même l’Agence anticipe, à l’horizon 2030, une baisse de près de 50 % pour les États-Unis par rapport à celles formulées en 2024, contre une baisse mondiale de seulement 5 %, ce nivellement par le bas initié par la première puissance est un saillant témoignage de ce que l’on pourrait désormais appeler « l’effet Trump » sur le secteur énergétique.

Des estimations circonspectes dont le leitmotiv est à trouver dans pléthore d’actions de l’Administration Trump : suppression de crédits d’impôts fédéraux ; flambée des droits de douane ; restriction des autorisations de projets éoliens et solaires terrestres ; mise en place de « la grande et belle loi », proposition de limitation de la protection offerte par la loi sur les espèces menacées, refonte du ministère de l’Énergie par la suppression de plusieurs services… la liste des hauts faits du Président Trump afin de désengager les États-Unis de la voie des EnR dans le but de faire la part belle aux industries fossiles est impressionnante et ne cesse de s’accroître. Pour preuve, la récente intervention américaines au Venezuela et ses implications sur l’accès à une nouvelle source d’hydrocarbure. 

Plus concrètement, s’agissant des énergies renouvelables et comme mentionné préalablement, l’action de M.Trump est principalement dirigé à l’encontre des projets d’éoliennes en mer, qui selon lui, ne seraient que des scories pour le paysage, la cause de nuisances pour la faune locale et pour l’activité des pêcheurs. De même, elles ne fourniraient pas assez d’électricité et feraient monter les prix. C’est ainsi que, dès son investiture, il a publié un mémorandum dont l’objectif était de geler tous prêts fédéraux et les permis d’exploitation pour tout projet d’éoliennes en mer. Ces restrictions n’ont bien évidemment pas été appliquées aux projets de pétrole et de gaz en mer, qui bénéficient encore de concessions.

 

Un choc économique pour les industriels européens 

Cette ostracisation des projets éoliens offshore aux États-Unis a déjà des effets négatifs en Europe et ce pour plusieurs raisons. 

Premièrement, parce que dans les faits, les acteurs les plus actifs dans le secteur sont principalement des entreprises européennes. Ainsi, cette âpre décision a mis en « stand by » le projet Revolution Wind de Orsted, la plus grande société d’éolien en mer du monde. Le projet, pourtant achevé à 87 % et avec un coût de chantier dépassant le milliard d’euros selon l’entreprise, devait servir de source d’électricité pour presque 400 000 foyers de la Nouvelle-Angleterre. Et cette mise à l’arrêt est vouée à s’appliquer à quantité d’autres cas : cinq autres projets sont pour le moment concernés. 

Aussi, quand bien même des batailles juridiques sont encore menées pour sauver le chantier, à l’instar de celle livrée par le norvégien Equinor, dont un projet éolien au large de New York, stoppé en avril, a finalement été autorisé à redémarrer en mai, le groupe danois a déjà fait son choix : ses investissements aux États-Unis seront revus à la baisse d’ici à 2030. 

Du côté français, dès novembre 2024, TotalEnergies annonçait la mise en pause de ses projets au large de la côte new-yorkaise. L’entreprise EDF, quant à elle, annonçait une dépréciation de près d’un milliard d’euros au titre du projet Atlantic Shores. Il en va de même pour Engie. 

Par ailleurs, la « trumpisation » de l’Europe ne s’arrête pas là. Outre le rôle caché de sociétés de relations publiques américaines dans le détricotage du volet agricole du Pacte vert et la publication d’un courrier comminatoire réclamant l’abrogation de la directive sur le devoir de vigilance des entreprises, le 27 juillet 2025 a été annoncé un accord commercial majeur entre l’Union européenne et les États-Unis prévoyant l’achat par la Commission européenne de combustibles nucléaires, de pétrole et de gaz naturel américains sur les trois prochaines années pour une valeur de 750 milliards de dollars, soit environ 250 milliards de dollars par an. Un montant vertigineux, qui soulève une question : comment justifier une telle dépense alors que la demande européenne de gaz naturel est en net recul (-20 % entre 2021 et 2024) et que l’Union européenne s’est engagée à décarboner son économie ?

 

Un impact différé 

Toutefois, tout ralentissement notable de la croissance des énergies renouvelables ne devrait pas intervenir avant quelques années. Effectivement, les entreprises se livrent actuellement  à une véritable course contre la montre pour installer panneaux solaires, éoliennes et batteries avant l’expiration des crédits d’impôt. Les analystes s’attendent même à des quantités record d’installations d’ici à 2027. D’après l’AIE, l’essentiel de cet impact se fera sentir à partir de 2028. En ce sens, comme évoqué préalablement, plusieurs recours légaux sont en cours afin d’obtenir la poursuite de chantier mis à l’arrêt. 

Parallèlement à cela, même si Donald Trump a déclaré la guerre aux éoliennes et au solaire, toutes les autres énergies décarbonées ne semblent pas la cible de son courroux. On observe d’ailleurs que les actions nucléaires explosent à Wall Street, tout comme celles des entreprises qui permettent aux pétroliers de développer la capture carbone. 

Enfin, des actions en justice contestant des projets de vente de concessions pétrolières et gazières, intentées par des organisations environnementales contre l’administration Trump, pourraient permettre aux énergies renouvelables de retrouver leurs lettres de noblesse sur le territoire. On peut citer à cet égard une affaire dans laquelle les plaignants soutiennent qu’une concession d’exploitation d’énergies fossiles au golfe du Mexique viole une loi environnementale fondamentale et fait peser des menaces sur les communautés côtières ainsi que sur les baleines en voie de disparition. On peut encore évoquer une récente affaire portée par l’association Our Children’s Trust, où vingt-deux jeunes militants ont décidé de s’adresser à la justice fédérale. En cause, trois décrets présidentiels accusés d’encourager l’expansion des énergies fossiles et, ce faisant, d’accélérer le dérèglement climatique. Aux yeux des plaignants, ces choix politiques hypothéqueraient leur santé, leur avenir, et porteraient atteinte aux garanties les plus fondamentales de la Constitution : le droit à la vie et à la liberté.

Ainsi, le retour de Donald Trump marque une rupture nette par rapport à la politique énergétique de son prédécesseur. Il ne s’agit pas d’un simple coup de frein au développement des énergies renouvelables, mais un possible basculement politique majeur, dont les répercussions, sans frontières et moins immédiates que profondes, pourraient durablement reconfigurer les trajectoires européennes au cours de la décennie à venir. À charge pour les indignés de remporter les nombreuses escarmouches juridiques à venir s’ils veulent véritablement limiter « l ’effet Trump ».

 

 

Source :

https://www.energy.gov/sites/default/files/2025-10/USA-Qatar-Joint Letter.pdf

https://www.lemonde.fr/planete/article/2024/09/29/entre-influence-et-desinformation-comment-l-administration-trump-a-tente-de-torpiller-le-pacte-vert-europeen_6338307_3244.

htmlhttps://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/fr/qanda_25_1935

https://www.ourchildrenstrust.org/montana

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