You are currently viewing La suppression des zones à faible émissions : un nouveau recul sur l’écologie française

 

Impulsées par l’Union européenne puis rendues obligatoire par la loi d’orientation des mobilités de 2019, les zones à faibles émissions visaient à lutter contre la pollution de l’air en restreignant la circulation des véhicules les plus polluants sur la base des vignettes Crit’Air. La suppression des ZFE, votée en commission mixte paritaire ce mardi 20 janvier 2026, est un nouveau pas en arrière en matière d’écologie. 

 

Un dispositif ambitieux mêlant environnement et santé

 

Ces zones à faibles émissions visaient à lutter contre la pollution de l’air et de diminuer l’exposition des métropolitains au dioxyde d’azote et particules fines. La loi d’orientation des mobilités a crée une zone à faibles émissions dans certaines métropoles de France comme Paris, Lyon, Strasbourg ou encore Marseille. 

La pollution atmosphérique impacte en effet la santé des personnes régulièrement exposées. Selon les estimations de Santé Publique France, 40 000 décès prématurés seraient, chaque année, imputable aux particules fine et 7000 aux oxydes d’azote. Depuis la loi d’orientation des mobilités, la France a procédé à un changement de cap clair : une accélération du développement des mobilités durables d’ici à 2050 notamment par le biais d’investissements publics conséquents pour promouvoir la décarbonations du secteur des transports. 

Les objectifs des ZFE étaient donc en lien direct avec cette loi : encourager la transition du parc automobile, promouvoir l’utilisation de moyens de transports alternatifs à la voiture et réduire la pollution locale des centres-villes très exposées aux émissions. La suppression de ces zones à faible émissions pose néanmoins question au regard des différents enjeux cités précédemment.

 

Une exécution laborieuse 

 

L’échec des ZFE peut tout d’abord s’expliquer par les problèmes d’exécution de ce dispositif. En effet, de multiples reports ont contribué à créer de la confusion pour les automobilistes. En mars 2025, la métropole de Lyon décidait de repousser l’interdiction des véhicules de Crit’Air 2, initialement prévue pour 2026, au 1er janvier 2028. De même pour Strasbourg où l’interdiction des Crit’Air 3 (pourtant plus polluants que les Crit’Air 2) avait été reportée au 1er janvier 2027.

Même la métropole du Grand Paris, dont l’idée centrale du projet était de limiter l’impact écologique du développement de la ville, a dû inclure une dérogation pour les véhicules les plus polluants ainsi qu’une dispense de contrôle. Avant la suppression des ZFE, ces contrôles avaient déjà été reportés à 2026. Ces nombreux assouplissements ont contribué à faire des ZFE un dispositif plus théorique que contraignant.

Une conciliation difficile entre écologie et justice sociale

 

Le problème s’était déjà posé avec le Zéro Artificialisation nette qui rendait certains services moins accessibles pour une certaine catégorie de la population. Les ménages plus modestes ont généralement tendance à vivre dans les zones éloignées du centre-ville, zones qui sont par ailleurs mal desservies par les transports en commun. De plus, les véhicules les moins polluants sont généralement les véhicules les plus coûteux. 

Dès lors, les ZFE contribuent à accentuer les inégalités sociales. Le problème n’est pas tant l’existence des ZFE que le manque d’alternatives en terme de mobilité. La conciliation entre les objectifs environnementaux des ZFE et la problématique de justice sociale aurait pu être menée avec des transports en commun ainsi que des véhicules électriques plus accessibles pour les ménages les plus modestes. Les ZFE auraient pu être plus efficaces si un vrai travail en amont avait été effectué pour rendre l’électrique plus abordable à ces ménages.

 

ZFE supprimées : et maintenant ?

 

Pour lutter contre la pollution de l’air, autres alternatives existent en dehors des zones à faibles émissions. Par exemple, le projet du Grand Paris express est de créer de nouvelles lignes de métros ainsi que de nouvelles gares afin de réduire les temps de trajets et d’offrir la possibilité aux franciliens d’aller de banlieue à banlieue sans passer par Paris. À terme, l’objectif est de diminuer la pression qui pèse sur le centre de la ville. Ce nouveau réseau de transport devra réduire l’utilisation des véhicules et par conséquent diminuer les émissions de gaz à effet de serre pour lutter efficacement contre la pollution locale. Reste à savoir si le prix des transports sera suffisamment abordable pour inciter les franciliens à se tourner vers des mobilités plus durables que les véhicules.

Une meilleure planification du logement et d’optimisation des espaces urbains en rapprochant les logements, commerces ainsi que transports en commun serait un moyen d’inciter les habitants à adopter des mobilités plus durables.

Il n’y a évidemment pas de solution miracle mais la combinaison de toutes ces alternatives couplée à la récente hausse des ventes de véhicules électriques et celle du prix des carburants pourraient, à terme, produire les effets attendus des ZFE.

 

https://www.mediapart.fr/journal/fil-dactualites/200126/loi-simplification-accord-deputes-senateurs-pour-supprimer-les-zones-faibles-emissions

https://theconversation.com/faut-il-supprimer-les-zones-a-faibles-emissions-au-nom-de-la-justice-sociale-259516

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