Le Gabon, pays d’Afrique centrale d’une superficie de 267 667 km2 et comptant environ 2,5 millions d’habitants, est aujourd’hui confronté à une réelle crise énergétique.
Dans un communiqué, la Société d’Eau et d’Electricité du Gabon (SEEG) annonce que « le Grand Libreville fait face à une crise énergétique sans précédent, qui se traduit par des perturbations dans la desserte en électricité ».
Le réseau électrique gabonais a été amorcé en 1950 dans un contexte où la population gabonaise était réduite de plus de la moitié de sa population actuelle. L’augmentation de la population a entraîné une hausse constante de la demande en électricité. Ainsi, en 2023, on recense 704 MW pour une demande d’environ 1039 MW soit un déficit de 336 MW.
C’est une problématique à laquelle ont été confrontés plusieurs pays africains et le défi est le même : réussir à étendre et diversifier leur production d’électricité.
Les délestages récurrents et la multiplication des décisions politiques sans solution palpable depuis plusieurs années, rendent ce sujet particulièrement pertinent.
Etat des lieux du réseau électrique gabonais
- Cinq barrages hydroélectriques d’un un total de 337 MW, mais avec des pertes opérationnelles
- Les centrales thermiques (au gaz naturel). La SEEG utilise des groupes électrogènes pour pallier le manque d’approvisionnement
- Huit centrales solaires qui génèrent environ 2,2 MW.
En 2012, le Gabon ambitionnait 80 % d’énergies renouvelables dans son mix énergétique.
Causes de la crise énergétique au Gabon
- Le mauvais réseau de distribution.
La SEEG explique cela par les difficultés qu’ils rencontrent dans les différentes infrastructures de production des énergies. Ils évoquent par exemple le déficit de 60 MW au barrage de Kinguélé-Tchimbélé du fait du faible apport d’eau pendant la saison des pluies.
A côté de cela, l’acheminement de l’électricité entre la source et le demandeur n’est pas optimisé: câblages inadaptés qui font perdre de l’intensité lors de la distribution; manque d’entretien des transformateurs; matériels vieillissants et un manque de rigueur dans la maintenance de ceux-ci.
Les groupes électrogènes qui devraient être des solutions d’urgence sont devenues des sources principales d’électricité entraînant un sur-calibrage de ces derniers.
- La fraude et la corruption : un fléau systémique
La situation ne se limite pas aux défaillances techniques, elle est aggravée par une corruption omniprésente. Au niveau des consommateurs, des pratiques frauduleuses telles que le trafic de compteurs individuels et les branchements illégaux entraînent une perte considérable de revenus pour la société.
Parallèlement, au sein même de l’entreprise, des détournements de fonds et des irrégularités dans la gestion financière compromettent la bonne gestion de celle-ci. Cette double corruption crée un cercle vicieux : les ressources destinées à l’entretien et à l’amélioration des infrastructures sont détournées, ce qui accentue les pannes et dégrade la qualité du service.
Cette situation a entraîné la suspension de projets, la rupture de certains contrats avec des prestataires et une dette considérable.
- La gestion inadaptée de la ressource et les mauvais choix politiques
D’une part, les populations et les administrations adoptent des comportements qui traduisent une mauvaise utilisation de l’énergie, tels que le gaspillage ou l’absence de mesures d’économie.
D’autre part, les politiques publiques se caractérisent par des investissements orientés vers des projets peu rentables ou mal adaptés aux besoins réels, compromettant ainsi la durabilité et la performance du système énergétique.
Le 11 mars 2025, le ministère annonçait la mise en service des centrales électriques flottantes de Karpowership pour réduire les délestages. Le projet aurait coûté 540 milliards de francs CFA (826,2 millions d’euros), soit davantage que les 475 milliards (726,75 millions d’euros) estimés par l’audit d’EDF pour moderniser le réseau gabonais.
Ces investissements peu concluants ont conduit les décideurs à envisager l’option nucléaire.
L’énergie nucléaire : bonne ou mauvaise idée ?
L’énergie nucléaire est reconnue comme une énergie décarbonée mais cela ne suffit pas à en faire une énergie propre.
Il faut savoir que l’énergie nucléaire génère de très grandes quantités de déchets, dont certains sont hautement radioactifs.
Aussi, réfléchir à l’option d’une centrale nucléaire implique de s’interroger sur, en plus du coût financier extrêmement élevé, la gestion des déchets générés, son emplacement et sur l’impact des rejets de déchets dans les eaux de surface et la nappe phréatique.
De plus, les difficultés de maintenance et de gestion déjà constatées posent la question de la sécurité de l’ouvrage. Tchernobyl et Fukushima rappellent le coût d’une défaillance.
Compte tenu des capacités financières, technologiques et institutionnelles du Gabon, l’énergie nucléaire ne semble pas être la solution la plus adaptée. Elle l’est encore moins pour un Etat comme le Gabon qui cherche à s’inscrire dans une démarche de mix énergétique durable.
Pistes de solutions et perspectives
- Moderniser le système de production d’électricité
Il s’agit en amont de réaliser un audit thermique et électrique des systèmes d’alimentation. Ainsi, les centrales qui n’utilisent pas leur plein potentiel pourront être optimisées.
L’extension du réseau contribue également à sa modernisation. Plusieurs projets existent déjà. Il serait judicieux de les réétudier, de les prioriser et de voir dans quelles mesures ils peuvent être réalisés. On peut citer parmi eux : la centrale thermique à gaz naturel d’IPP Owendo (120 MW) et la centrale hydroélectrique de Booué (600 MW, dont l’accord de financement a été signé avec la Chine en 2024).
Enfin, il faut diversifier les sources d’énergie. Le Gabon regorge d’assez de ressources solaires et éoliennes pour exploiter efficacement ces sources d’énergie. Par ailleurs, l’enjeu environnemental demeure important : le pays reste fortement dépendant aux énergies fossiles, ce qui rend indispensable une transition vers un système plus durable.
- Assainir le modèle de gestion
Pour lutter efficacement contre la fraude et la corruption, il est indispensable de mettre en place des solutions de gestion et de contrôle transparents du budget ainsi que des mécanismes modernes de suivi et de contrôle de la consommation en électricité.
- Former et sensibiliser
L’Etat doit promouvoir la formation d’experts dans le domaine de l’énergie et de la transition énergétique.
Il est également important de sensibiliser les populations sur ces problématiques et notamment sur la gestion durable de l’énergie.
- envisager le stockage d’énergie (à long terme)
Cette technologie consiste à préserver une quantité d’énergie pour une utilisation ultérieure. Elle permet d’ajuster la production et la consommation tout en limitant les pertes.
Liens utiles:
https://www.institut-concorde.org/le-systeme-energetique-gabonais-defis-et-preconisations/
https://www.greenpeace.fr/energie-nucleaire/
https://comdafrik.com/energie-au-gabon-le-nucleaire-une-option-a-reconsiderer/
https://africaclimateinsights.org/fr/le-potentiel-de-lenergie-propre-en-afrique/
