You are currently viewing Enfin vers un traité contre la pollution plastique ?
Pollution des océans

Alors que les effets du changement climatique ne cessent d’augmenter dans le monde, les dispositions d’adaptation ou de réduction semblent être insuffisantes. Si la majorité des Etats sont presque tous d’accord pour endiguer ce phénomène en théorie, la traduction concrète de cette volonté demeure limitée et sélective, en particulier dans les arènes diplomatiques. Telle est en effet, le cas de la recherche d’un traité sur la pollution des plastiques.

Quelques chiffres et effets de la pollution plastique à l’échelle planétaire.

La production en masse des plastiques à pris son essor dans les 1950 et depuis lors s’est intensifié suivi des effets néfastes à l’environnement et à la santé. Selon l’OCDE, l’utilisation mondiale annuelle des plastiques, y compris d’autres dérivés du plastique, n’a cessé d’augmenter atteignant ainsi 460 millions de tonnes en 2019 [1]. La majorité des secteurs concernés sont ceux d’emballage, de la construction, ainsi que de transport et représentent en général eux seuls plus de 60% du poids de plastique utilisé dans le monde [2]

Face à cette augmentation exponentielle, les experts prévoient une augmentation de plus de 600 millions de tonnes durant l’année 2025 [3]. Dans le rapport portant “Scénarios politiques pour éliminer la pollution plastique d’ici 2040”, publié en 2024, les experts de l’OCDE précisent que la production mondiale de plastique passerait de 435 millions de tonnes en 2020 à 736 millions de tonnes en 2040, soit une augmentation estimée à 70%.

La production des plastiques génère des déchets qui sont à la base de la pollution de l’environnement. Des initiatives ont été prises pour lutter contre ce phénomène notamment en passant par le recyclage ou l’élimination des déchets. Malgré ces dispositions de gestion des déchets mises en place, la pollution plastique est encore loin de prendre fin. D’ailleurs, les experts de l’OCDE précisent que la part des plastiques recyclés resterait inchangée à 6% de l’utilisation totale des plastiques. En effet, le rejet des déchets dans l’environnement continue d’augmenter et atteindra d’ici 2040, 30 millions de tonnes contre 20 millions de tonnes en 2020 [4].

La plupart de ces déchets plastiques se retrouvent dans les rivières et océans, causant ainsi un impact très significatif sur l’environnement, la biodiversité notamment la faune aquatique. Ces plastiques émettent également des émissions de gaz à effet de serre. Par ailleurs, en raison de cette augmentation fulgurante, les scénarios indiquent que les déchets plastiques seraient responsables de 2,8 gigatonnes d’équivalent de dioxyde de carbone d’émissions de gaz à effet de serre chaque année d’ici 2040 soit 5% des émissions mondiales.

Face à cette situation alarmante, plusieurs pays ont manifesté leur volonté de prendre des dispositions contraignantes à l’échelle mondiale par le biais de la signature d’un traité qui permettrait de mieux réguler l’ensemble du cycle de vie des plastiques, y compris la production, de conception, et d’élimination. Mais pourquoi ce traité n’aboutit pas ?

Quelques analyses sur la volonté des Etats d’adopter un traité sur le plastique mais souvent voué à l’échec.

L’idée de signature d’un traité pour lutter contre la pollution plastique a commencé depuis longtemps par certaines organisations internationales de protection de l’environnement parmi lesquelles figurent Greenpeace, WWF, etc., ainsi que des chercheurs et scientifiques. Ce n’est qu’en 2022 lors de la 5ème Assemblée des Nations Unies pour l’environnement que les Etats membres de l’ONU ont officialisé cette idée de mise en place d’un traité pour la lutte contre la pollution plastique. L’occasion au cours de laquelle fut créé un Comité Intergouvernemental de Négociation (CIN).

Différents travaux préparatifs pouvant aboutir à la signature du traité ont été soigneusement effectués par le CIN. En effet, ce dernier à effectuer ses premiers travaux préparatifs à Dakar au Sénégal, ensuite la deuxième session  à Punta Del Este en Uruguay, la troisième à Nairobi au Kenya, la quatrième à Ottawa au Canada, et la cinquième à Busan en Corée du sud. Malgré toutes ces réunions de négociations, aucun accord n’a été trouvé entre les différentes parties pour une éventuelle signature de traité.

La sixième réunion qui s’est tenue à Genève en Suisse ce 5 au 14 août 2025 et qui était tant attendu comme dernière réunion pouvant déboucher sur la signature d’un traité sur la pollution plastique est quand a-t-elle également voué à l’échec.

Plusieurs causes sont à l’origine de ces échecs répétitifs de signature d’un tel traité. Parmi elles, figurent la question de souveraineté économique des Etats producteurs de pétrole notamment les Etats Unis, l’Arabie Saoudite, le Koweït, les Emirats arabes Unis, ainsi que d’autres producteurs de plastique comme la Chine. 

Ces Etats mettent en avant leurs intérêts économiques et s’y opposent à une régulation stricte sur la production du plastique et proposent à la place, les mesures de recyclages, mesures jugées insuffisantes par plusieurs organisations internationales pour la protection de l’environnement. De plus, derrière les États figurent d’autres acteurs plus puissants qui sont les lobbys pétroliers dont les actions discrètes sont loin d’être ignorées.

 

La pollution des plastiques augmente ainsi que leur effet sur l’environnement, et surtout sur la santé. Le droit international, outil indispensable pouvant permettre à un tel accord, est de nos jours affaibli et souvent relégué au second plan face aux intérêts économiques et souverainistes des Etats. Cette recherche d’intérêt à tout niveau sans compromis représente de plus en plus une menace pour l’humanité tout entière. Certes, si les Etats ont adoptés des mesures idoines au niveau national en gestion des déchets, du recyclage et de la valorisation, il est indispensable qu’il y ait une harmonisation internationale et contraignante à tous les acteurs afin de répondre efficacement aux objectifs du développement durable et par ricochet garantir un avenir plus durable et respectueux de l’environnement aux générations futures.

Sources

[1] Les flux de plastiques et leurs impacts sur l’environnement | OCDE

[2] Idem

[3] 390 millions de tonnes de production de plastique chaque année – EndPlasticSoup

[4] resume_rapport_ocde_pollution_plastique.pdf

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.