Nos ressources d’eau en France sont polluées depuis des décennies par des polluants éternels. La vaste famille des PFAS, des substances per- et polyfluoroalkylées, comporte plusieurs milliers de composés chimiques. C’est alors un vaste sujet d’actualité bien dissimulé par de nombreux industriels, car les dangers sont de plus en plus connus. Facteurs de nombreuses maladies, les risques pour la santé humaine sont certains : l’infertilité, l’obésité ou encore certains cancers, ces produits chimiques de synthèse sont toxiques à des concentrations si infimes qu’elles se mesurent en nanogrammes (milliardièmes de gramme) par litre.
Un problème éternel de santé publique ?
Ces substances chimiques sont persistantes dans l’environnement car elles forment une forte liaison carbone-fluor : les textiles ou emballages antiadhésifs, matériaux imperméabilisants ou résistants aux fortes chaleurs, ou bien encore, les mousses anti-incendie, en contiennent. Les principales sources d’émissions de PFAS sont les usines qui les produisent ou les utilisent dans les procédés industriels, c’est pourquoi les résidus polluants se dispersent dans la nature suite au ruissellement de l’eau, parfois très loin de leur lieu de manipulation. La pollution aux PFAS est présente dans les eaux minérales en bouteille, les eaux du robinet, dans l’alimentation végétale, la terre, l’air, et la pluie.
Une étude réalisée par une cellule d’investigation de Radio France a montré, par exemple, que 43% des tests d’eau du robinet des Français sont positifs à la présence des PFAS. Mais ces mêmes substances sont notamment détectées dans des organismes contaminant toute la chaîne de la biodiversité, c’est-à-dire la faune et la flore.
La tentative de limitation des PFAS
Nombreux sont les lobbies industriels voulant camoufler ce désastre pour la santé humaine et la biodiversité. A contrario, le Forever Lobbying Project a réalisé une enquête collaborative sur le véritable coût de la pollution du continent européen par les PFAS, et sur la campagne de lobbying et de désinformation des industriels pour éviter leur interdiction. Cette même collaboration d’enquête a ainsi estimé que le coût de dépollution – c’est-à-dire d’élimination des substances – sera conduit à près de 12 milliards d’euros par an pour la France.
Les composés ultratoxiques baignent dans les milieux aquatiques et terrestres autour des usines qui les ont émis. Il faudrait alors interdire entièrement leur utilisation, et ordonner aux industriels pollueurs de se débarrasser de leurs résidus.
Les réglementations face aux polluants éternels
Au niveau international, la Convention de Stockholm de 2001 présente une liste d’usages spécifiques qui peuvent être acceptés par les PFAS. La Commission européenne, quant à elle, a souligné la « toxicité préoccupante » desdits polluants éternels, alors que seulement cinq États membres entendent vouloir une restriction globale des PFAS. La Suède, la Norvège, le Danemark, les Pays-Bas et l’Allemagne en 2023 par le biais de l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) ont montré leur intérêt de réglementer ces polluants pour les eaux de consommation.
Par ailleurs, en France, même si l’interdiction est soutenue, le polluant TFA est absent de la liste des vingt PFAS préoccupants dont la concentration dans l’eau sera obligatoirement surveillée à partir de 2026. Le plan interministériel sur les PFAS, lancé en 2023, porte surtout sur le recensement des sites pollués. Le gouvernement avait publié un premier « plan d’action sur les PFAS » dans l’attente de leur interdiction harmonisée à l’échelle de l’Union.
Les solutions pouvant limiter quelques dégâts infinis
Dans les solutions de dépollution et de limitation des effets négatifs sur la santé humaine et la biodiversité, il est principalement recommandé d’équiper les usines de charbon actif. Ce matériau poreux pourra alors absorber une partie des PFAS si l’usine en question en contient. Une seconde solution est de diluer les polluants en mélangeant des eaux de différentes qualités pour descendre en deçà des concentrations maximales autorisées par la réglementation.
Pourtant, pour limiter drastiquement les dégâts des polluants éternels, il faut plus amplement les interdire, en catégorisant davantage de PFAS et en adoptant des seuils plus stricts. Le concept de pollueur-payeur est alors à mettre en œuvre rapidement : dans un monde où tout doit être présumé contaminé, qui paiera pour tout dépolluer ? Une proposition de loi (n°2438) a été déposée par le député Nicolas Thierry en mars 2024, qui vise à interdire la production et l’utilisation des PFAS dans les cosmétiques ou vêtements, et ainsi faire payer une taxe aux industries chimiques pour financer la dépollution. Cette dernière va être examinée le 20 février prochain en séance plénière de l’Assemblée nationale.
Pour en savoir plus :
- Article Le Monde « PFAS : en France, le coût de la décontamination largement sous-estimé »
- Enquêtes par Camille Etienne (médias sociaux) qui cite notamment la cellule d’enquête de prélèvement de Radio France
- Demande de modification à la Commission européenne du règlement (EU) 540/2011
- Plan d’actions ministériel sur les PFAS, Ministère de la transition écologique
