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L’intelligence artificielle (IA) est souvent présentée comme une révolution technologique capable de transformer notre manière d’utiliser et de gérer l’énergie. Cependant, les usages énergétiques mondiaux restent très gourmands et inefficaces, ce qui contribue au gaspillage. Selon l’ADEME, le secteur des bâtiments représente à lui seul près de 40 % de la consommation énergétique en Europe. 

 

La réduction du gaspillage énergétique des bâtiments grâce à l’IA  

Le gaspillage énergétique des bâtiments  provient principalement des systèmes de chauffage, de climatisation ou d’éclairage, souvent mal régulés ou surdimensionnés. Selon l’ADEME, une régulation intelligente (l’utilisation d’un thermostat programmable par exemple) peut permettre jusqu’à 15 % d’économie sur la consommation de chauffage. Ce gain montre qu’une meilleure gestion des bâtiments peut déjà réduire certaines dépenses énergétiques. 

L’intelligence artificielle joue ici un rôle décisif. Dans de nombreux bâtiments, des capteurs collectent en temps réel des données sur la température, la luminosité, la présence d’occupation ou la consommation d’énergie. Toutes ces informations vont être analysées par des algorithmes capables d’ajuster automatiquement ces postes énergivores. 

Grâce à ces réglages, les bâtiments consomment uniquement ce dont ils ont réellement besoin, limitant ainsi le gaspillage. À titre d’exemple, le chauffage représente environ 65 % de la consommation d’énergie des bâtiments résidentiels selon l’observatoire BâtiZoom (ADEME). Cela montre à quel point une gestion intelligente des équipements peut avoir un impact significatif. 

Les logements sociaux font l’objet d’importants projets de rénovation énergétique, et certaines études montrent des baisses de consommation très fortes. Par exemple, à Paris, l’Atelier parisien d’urbanisme (l’APUR) observe jusqu’à 34 % d’économies après des travaux de rénovation. Même si l’utilisation de l’IA dans ce parc n’est pas encore largement documentée, la combinaison d’une régulation intelligente et la modernisation des équipements pourrait renforcer ces gains dans le futur. Certaines expérimentations montrent que ces systèmes permettent d’adapter l’éclairage ou le chauffage en fonction de l’occupation réelle des pièces du foyer, contribuant réellement à la sobriété énergétique dans le secteur immobilier. 

 

Les limites et les risques de l’IA dans la maîtrise énergétique 

Bien que l’utilisation de l’IA semble prometteuse à première vue, son propre coût énergétique reste important. L’intelligence artificielle consomme déjà beaucoup d’électricité, notamment les nombreux serveurs qui traitent les données ou les puissants centres de calcul. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la consommation électrique des centres de données alimentés par l’IA devrait plus que doubler d’ici 2030 (rapport d’avril 2025).  Ce niveau représente un risque important pour la sécurité énergétique ainsi qu’une hausse possible des émissions de gaz à effet de serre. 

Un autre enjeu est celui de la sécurité. Si l’IA prend le contrôle sur certains réglages sans supervision humaine, elle peut prendre des décisions imprévues ou incorrectes soulevant des questions de fiabilité et de maîtrise du système. L’impact énergétique de l’IA reste un sujet très débattu : plus les modèles sont complexes, plus ils nécessitent un assez grand nombre de données, de calcul et de puissance informatique. Il faut donc garantir que l’IA agisse réellement dans l’intérêt de la sobriété énergétique et du social.

Cet usage soulève également d’importantes questions éthiques : 

  • Protection des données. 
  • Niveau de surveillance. 
  • Respect de la vie privée. 

En parallèle, il y a aussi le coût financier à prendre en compte. Les coûts d’installation (serveurs, data centers, refroidissement), limitent l’accès à ces technologies, les rendant plus accessibles aux grandes entreprises, ce qui crée des inégalités d’accès technologiques. 

 

Vers une intelligence artificielle frugale : une alternative durable ? 

Face à ces limites et aux risques évoqués, une autre stratégie émerge: l’utilisation d’une intelligence artificielle dite frugale. Cette voie apparaît comme une piste sérieuse pour concilier innovation énergétique et sobriété numérique. L’intelligence artificielle frugale vise à réduire la consommation d’énergie tout en maintenant un niveau de performance adapté aux besoins réels. L’objectif est de concevoir et utiliser un modèle d’intelligence artificielle, mobilisant uniquement les ressources nécessaires sans surplus de calcul.  

Florent Martin, responsable du bureau innovation Data-IA souligne d’ailleurs lors de la sixième édition de Numérique en Commun « qu’il n’existe pas de solution intrinsèquement frugale : c’est l’engagement dans une démarche d’amélioration qui compte ». Selon lui, « l’idée centrale est de donner pour chaque organisation, que ce soit publique ou privée, les moyens d’optimiser son usage de l’IA pour en réunir les impacts sans sacrifier la performance ». 

En ce sens, la sobriété numérique représente davantage un objectif partagé entre l’utilisation de l’innovation technologique d’une part et la volonté d’une responsabilité citoyenne d’autre part. 

 

Construire une IA sobre et maîtrisée 

En somme, l’intelligence artificielle ne représente ni une solution miracle ni une menace absolue face au gaspillage énergétique. En revanche, elle constitue un outil puissant capable d’apporter des gains réels en matière d’efficacité. À condition d’être utilisé de manière raisonnée et transparente en tenant compte des risques éthiques et sociaux. 

Cet outil performant doit être pensé et utilisé dans un cadre fondé sur la sobriété numérique avec le maintien d’une surveillance humaine effective. Cette vigilance est indispensable pour prévenir des dérives éthiques, limiter l’empreinte énergétique des infrastructures ainsi que garantir que ces choix soient complètement alignés sur l’intérêt collectif. Grâce à une coopération entre différents chercheurs, entreprises, citoyens et collectivités, l’IA pourra ainsi contribuer de manière cohérente et responsable à la diminution du gaspillage énergétique.  

 

Pour plus d’information : https://recherche.ademe.fr/batenque-batiments-energie-climat-qualite-de-lair-et-exposition-en-2050?

https://www.connaissancedesenergies.org/afp/data-centers-et-ia-la-consommation-delectricite-dediee-devrait-plus-que-doubler-dici-2030-selon-laie-250410?

https://agirpourlatransition.ademe.fr/particuliers/amenager-maison/chauffer/limiter-facture-chauffage-gaz?

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