You are currently viewing Le réemploi et la seconde vie des éoliennes en Europe

Une éolienne fonctionne en moyenne une vingtaine d’années. Mais à l’époque de la transition écologique et énergétique, ainsi que dans une logique de rationalisation de l’utilisation des ressources, il est légitime de se demander : est-il possible de prolonger la vie de ces géants du vent ? Réparer plutôt que jeter, un choix à la fois écologique et économique.  

 

Les solutions plus innovantes pour les régions où on peut avoir plus de performances extrait des éoliennes

Aux Pays-Bas, à Kats, près des côtes de la mer du Nord, à 150 km au sud-ouest d’Amsterdam, Niels Robbertsen, directeur de la société Business and Wind, et son équipe gèrent un parc éolien. Dans le cadre du renouvellement du parc et grâce à la situation géographique particulièrement favorable, ils procèdent à ce que l’on appelle le « repowering » : le remplacement des anciennes turbines par des modèles plus performants. Selon Niels Robbertsen, comme la région est très venteuse, il est logique d’installer de nouvelles turbines plus puissantes pour produire davantage d’énergie propre, tandis que les anciennes turbines sont démontées et réinstallées ailleurs.

À titre d’exemple, les pales des éoliennes remplacées mesurent 45 mètres de long, et chacune de ces turbines de 3 MW alimentent 3 000 foyers. Malgré leurs vingt années de service, ces machines vont connaître une seconde vie sur un autre site, où elles continueront à produire de l’électricité. Cependant, le démantèlement reste un processus très précis et assez complexe, notamment en raison des coûts de transport élevé car il nécessite un convoi exceptionnel et parfois de longues distances. Les éoliennes démantelées de ce site ont ainsi été envoyées en Ukraine afin d’entamer une nouvelle vie.

En Allemagne, à Eisenach, où les éoliennes sont utilisées depuis très longtemps, certains parcs vieillissent, notamment parce que les modèles sont manuels. Leur maintenance est assurée par des experts techniques qui effectuent des inspections périodiques : à l’instar du contrôle technique d’une voiture, la sécurité de chaque éolienne est vérifiée tous les quatre ans.

En Belgique, à Maasmechelen, les éoliennes d’occasion suscitent également un vif intérêt. Dans cette ville, l’équipe de Niels Robbertsen installe une turbine âgée de 16 ans sur le site d’une biscuiterie, où seuls les dispositifs d’une hauteur maximale de 150 mètres sont autorisés. La plupart des éoliennes de nouvelle génération dépassant cette limite, l’entreprise a donc opté pour ce modèle plus « petit » mais de seconde main. Avant d’installer une éolienne d’occasion sur un nouveau site, les pales doivent être repeintes, chaque pays ayant sa propre réglementation concernant la couleur des pales.

 

Une nouvelle vie pour les éoliennes en Ukraine

En Ukraine, le secteur de l’énergie éolienne connaît une dynamique particulière : faute de moyens financiers suffisants, de nombreux parcs éoliens sont équipés de turbines d’occasion importées d’Europe. Depuis  2011, parmi les turbines installées figurent des modèles européens de seconde main, comme la Fuhrländer FL 2500/100 d’une puissance de 2,5 MW chacune. Sur certains sites, la puissance totale des turbines en fonctionnement atteint 21,8 MW.

Aujourd’hui, des éoliennes transportées de Finlande ou d’Allemagne sont notamment installées dans l’ouest du pays, par exemple dans la région de Lviv, à la frontière polonaise. Cette tendance se confirme : des appels d’offres récents portent spécifiquement sur des éoliennes d’occasion de 2 à 3,5 MW, avec des exigences de transport et d’installation adaptées au contexte ukrainien1.

En 2024, Ukrenergo, le gestionnaire du réseau ukrainien, a constaté que l’Ukraine devra construire 10 gigawatts de nouvelles capacités énergétiques au cours des dix prochaines années, dont 5 GW proviendront de l’éolien et 3 GW du solaire. Ce ne sont pas tant les conséquences de la guerre qui freinent les investissements, mais plutôt des obstacles réglementaires persistants, tels que le manque d’assurance contre les risques de guerre, les retards de paiement sur le marché de l’électricité renouvelable et un environnement d’affaires incertain2.

Dans ce contexte, le recours au marché secondaire des éoliennes apparaît comme une solution intéressante et prometteuse. Avec un entretien et une exploitation appropriés, ces turbines d’occasion peuvent encore fonctionner de nombreuses années, offrant à l’Ukraine une alternative réaliste pour accélérer sa transition énergétique malgré les difficultés économiques et géopolitiques actuelles.

 

Une éolienne : aire de jeux ou parking à vélos ?

Dans le monde, l’idée de réutiliser d’anciens matériaux industriels pour créer des espaces publics sûrs et modernes gagne en popularité. L’un des exemples les plus marquants est la transformation de pièces d’anciennes éoliennes en aires de jeux pour enfants.

De tels projets ont déjà vu le jour dans plusieurs pays européens, notamment au Danemark (à Aarhus), où l’on applique activement les principes de l’économie circulaire et de l’urbanisme écologique. Dans le cadre du projet Re-Wind, les anciennes pales et autres éléments de turbines éoliennes, difficiles à recycler par les filières traditionnelles, subissent un traitement spécial avant d’être transformés en toboggans, structures d’escalade, bancs et autres installations pour les aires de jeux. Cette démarche permet non seulement de réduire la quantité de déchets industriels, mais aussi de rendre l’espace urbain plus attractif et innovant pour les enfants3.

Dans certaines villes danoises, les pales hors service sont également découpées et aménagées pour devenir des abris à vélos. Leur forme incurvée et leur grande résistance aux intempéries en font des structures idéales pour protéger les bicyclettes de la pluie et du vent. Ces garages à vélos, à la fois fonctionnels et design, s’intègrent parfaitement dans le paysage urbain scandinave4.

 

En conclusion, parallèlement à la construction de nouveaux modèles d’éoliennes, toujours plus grands et performants, les anciennes installations suscitent un intérêt croissant. Les éoliennes usagées font désormais l’objet d’un véritable marché de seconde main : après avoir été exploitées sur un site, elles sont démontées, transportées et remontées ailleurs pour entamer un nouveau cycle de vie. Cette dynamique illustre parfaitement l’évolution du secteur vers une gestion plus durable et circulaire des ressources énergétiques.

 

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