Face aux défis climatiques et à l’impératif de décarbonation de notre économie, les énergies renouvelables ne cessent de gagner du terrain. Parmi elles, la thalassothermie ou « chaleur de la mer » se présente comme une solution innovante, sobre en carbone, capable de produire chaleur ou froid à partir de l’eau de mer. Bien que peu connue du grand public, cette technologie se développe progressivement en France et dans le monde, en particulier dans les zones littorales et insulaires.
Un principe simple et efficace
La thalassothermie repose sur un principe physique élémentaire : l’eau de mer, captée à faible ou grande profondeur, est utilisée comme source d’énergie thermique pour alimenter une pompe à chaleur (PAC). Selon la saison, elle permet de chauffer ou de climatiser les bâtiments. La boucle d’eau de mer transfère ses calories à une boucle d’eau douce via un échangeur thermique, évitant ainsi le contact direct avec la pompe à chaleur.
En été, le système produit du froid en rejetant la chaleur absorbée vers la mer. En hiver, il capte les calories de l’eau marine, plus chaude que l’air ambiant, pour produire du chauffage. Cette méthode, déjà utilisée à Monaco depuis 1963, se montre très performante : le coefficient de performance (COP) dépasse souvent 3,5, signifiant qu’un kilowattheure d’électricité consommé permet de produire plus de 3,5 kWh de chaleur.
Une technologie adaptée à certains contextes
Les variantes comme le SWAC (Sea Water Air Conditioning) exploitent l’eau de mer froide captée jusqu’à 1 000 mètres de profondeur, à température constante. Particulièrement adaptée aux zones tropicales et insulaires — comme La Réunion ou les Antilles — cette technique permet de climatiser de grands bâtiments (hôpitaux, hôtels, universités) avec une consommation électrique minimale.
Mais tous les territoires ne se prêtent pas à cette technologie. La mise en œuvre d’un projet thalassothermique nécessite une étude de faisabilité rigoureuse, portant sur les besoins thermiques des bâtiments, la température et qualité de l’eau, la bathymétrie des fonds marins et les distances entre le captage, les équipements et les bâtiments desservis.
Des contraintes juridiques et environnementales
Si les avantages environnementaux sont évidents — réduction des émissions de CO₂, sobriété énergétique, indépendance aux énergies fossiles —, les projets de thalassothermie sont encadrés par une législation stricte. Ils relèvent du code de l’environnement (IOTA, ICPE), du droit de l’urbanisme et du droit de la propriété publique maritime. Une étude d’impact environnemental est souvent requise pour évaluer les effets sur les milieux marins et terrestres, notamment en zone Natura 2000.
Certaines précautions sont indispensables : limitation des rejets thermiques, réduction des nuisances sonores, protection des espèces marines. Des mesures compensatoires — comme l’utilisation de rideaux de bulles pour atténuer les bruits sous-marins — sont parfois imposées.
Un avenir prometteur, soutenu par les pouvoirs publics
De nombreux projets bénéficient aujourd’hui de soutiens financiers : Fonds Chaleur de l’ADEME, TVA réduite à 5,5 %, aides des collectivités et du FEDER (Fonds européen de développement régional). À titre d’exemple, le projet SWAC du CHU de Saint-Pierre à La Réunion a été cofinancé à hauteur de 23,6 millions d’euros par l’ADEME.
La thalassothermie n’a pas vocation à remplacer toutes les sources d’énergie, mais elle peut contribuer à diversifier le mix énergétique local, notamment dans les territoires littoraux. Son développement nécessite encore de lever certaines barrières techniques, économiques et réglementaires, mais le potentiel est bien réel.
En somme, la thalassothermie illustre une voie durable et locale vers une énergie propre, tirant parti de la mer pour rafraîchir ou réchauffer nos villes sans polluer l’air. Une promesse d’avenir bleu-vert qui mérite d’être mieux connue.
Pour en savoir plus :
https://www.geothermies.fr/pompe-chaleur-geothermique-sur-eau-de-mer
