Les banques jouent un rôle essentiel dans la transition énergétique. Pourtant, en 2020, leur empreinte carbone représentait 8 fois les émissions de gaz à effet de serre de la France, révélant l’importance de leur influence sur le réchauffement climatique. Actrices majeures du financement, elles disposent d’un levier essentiel pour orienter les investissements et les actions en faveur d’une économie durable. Les banques restent néanmoins tiraillées entre le soutien aux énergies fossiles, encore lucratif à court terme, et la montée en puissance des projets verts, porteurs d’avenir.
Le rôle des banques dans la transition énergétique
Les établissements bancaires occupent une place centrale dans le financement durable en soutenant de plus en plus de projets liés aux énergies renouvelables.
Leur impact sur l’environnement et le réchauffement climatique peut être significatif. En effet, elles ont le pouvoir de financer des entreprises, qui s’engagent de façon variable dans des causes écologiques. Aussi, en investissant dans des actions de ces entreprises, elles exercent une influence sur leurs orientations stratégiques.
Frank Elderson, membre du conseil de surveillance de la Banque Centrale européenne, a souligné que les facteurs environnementaux ont un impact sur la stabilité financière. Les banques doivent donc évaluer les risques environnementaux de manière globale.
Les banques ont donc tout intérêt à prendre en compte les risques liés au changement climatique car elles en sont les premières concernées.
La contradiction entre la dépendance des institutions financières aux énergies fossiles et leurs engagements écologiques
Alors que depuis l’Accord de Paris, les banques se sont engagées, les unes après les autres, à adapter leurs actions au changement climatique. Elles investissent encore de façon stratégique dans l’industrie fossile.
À la crise sanitaire, qui a débuté en 2019, s’est additionnée la crise des prix du pétrole qui a fortement impacté les entreprises pétrolières et gazières telles que Total Energies, BP, Eni ou encore Repsol. Afin de leur venir en aide, plusieurs grandes banques ont augmenté le financement des entreprises fossiles.
Dans un rapport rédigé par les Amis de la Terre France et Oxfam France, Quoi qu’il en coute: Les banques françaises au secours de l’industrie fossile de mai 2021, les ONG déplorent que « les quatre grandes banques françaises ont de surcroît toutes augmenté les financements, de 22,5 % en moyenne entre 2019 et 2020 ».
Face à ce regain d’intérêt pour les combustibles fossiles il y a encore quelques années, peut-on encore croire aux engagements pris par les grands financiers en faveur du climat ? D’autant que, selon les analyses de RepRisk en 2023, le nombre de cas de greenwashing dans le secteur bancaire a augmenté de 70 %. [1]
Mais les banques ne pourront plus instrumentaliser l’écologie afin de redorer leur image. De nouvelles réglementations voient le jour, notamment à l’échelle européenne avec l’adoption d’une nouvelle directive, adoptée en 2024, qui oblige les entreprises à prouver de façon claire et vérifiable leurs revendications de neutralité carbone. Pour accompagner cette dernière, la Commission européenne a fait, en 2023, une proposition de directive concernant les allégations environnementales (“Green Claims”) dont les contours seront endurcies afin de protéger les consommateurs du greenwashing. Ce dernier est une stratégie marketing trompeuse utilisée par certaines entreprises pour se donner une fausse image écologique en donnant l’impression qu’un produit ou un service est respectueux de l’environnement alors que ce n’est pas le cas. [2]
Les banques dites « éthiques »
Selon Fédération européenne des banques et des bailleurs de fonds éthiques et alternatifs (FEBEA), qui réunit, depuis 2001, « des institutions financières de 17 pays européens dans le but de développer la finance éthique et sociale en Europe », une banque éthique doit répondre à trois critères principaux que sont l’utilisation des fonds uniquement pour des causes non nocives, la transparence et la gouvernance de ces fonds.
La Nef, pionnière en la matière et cofondatrice de la FEBEA, est une coopérative financière qui ne finance que des projets à forte valeur ajoutée (sociale, culturelle et environnementale). Elle se distingue par une transparence totale sur l’utilisation des fonds.
Entre autres, Helios, banque responsable récente, se positionne déjà comme une alternative écologique aux banques traditionnelles en s’engageant à ne financer que des projets respectueux de l’environnement, notamment en excluant le financement des énergies fossiles. Elle offre principalement des services bancaires transparents et modernes (comptes courants, jeunes ou communs, une assurance vie et un compte avenir).
Outre les « néo banques éthiques » telles que GreenGot, il est fondamental d’encourager les banques traditionnelles à franchir le cap de la transition écologique. Parmi les engagements notables, nous pouvons relever ceux de La banque postale, qui, « dans le cadre de ses objectifs ambitieux de réduction d’émission de gaz à effet de serre, annonce, une sortie totale des énergies fossiles » à l’horizon 2030. Ces objectifs clairement définis nous forcent à croire que certains acteurs financiers ont tout de même la volonté de faire développer des comportements davantage responsables.
[1]RepRisk data suggest increase in greenwashing and rise of social washing
[2]Qu’est-ce que le Greenwashing ? – Greenpeace France
Pour en savoir plus:
Rapport d’Oxfam, Banques: des engagements climat à prendre au 4ème degré
Greenpeace, Les banques éthiques sont-elles fiables ?
Les banques françaises au secours du pétrole, du gaz et du charbon
