You are currently viewing Le Nucléaire : une énergie pour l’avenir ou une énergie du passé ?

En 2025, la question énergétique et environnementale est fondamentale face à l’actualité. Des engagements internationaux, dont le plus célèbre étant l’Accord de Paris de 2015, ont fixé un objectif précis qui est celui de ralentir le réchauffement climatique et atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. 

Mais alors que les énergies renouvelables progressent, une question refait surface : Et si la solution à la crise climatique était aussi la plus redoutée ? Le nucléaire, longtemps controversé, revient en force dans le débat énergétique. Entre espoirs technologiques et peurs ancestrales, faut-il enfin lui donner sa chance ?

Le nucléaire : une énergie réellement propre ? 

Ces dernières années, plusieurs États se tournent vers cette énergie longtemps diabolisée, afin d’atteindre la neutralité carbone, tout en garantissant la souveraineté européenne. Le 21 novembre 2023, le Parlement Européen a fait le choix de considérer le nucléaire comme étant une énergie verte. Cette décision inattendue ouvre la voie à un mix énergétique combinant nucléaire et renouvelables comme solution réaliste au réchauffement climatique. 

Le nucléaire constitue aujourd’hui l’une des sources d’électricité les moins émettrices de CO₂.Il représente environ 10 % de la production mondiale d’électricité et près de 70 % de la production française.

Selon les rapports publiés en 2024 par le GIEC, l’impact carbone de la filière nucléaire est estimé à environ 12 g de CO₂ par kWh au niveau mondial. En France, l’ADEME évalue cette même émission à 6 g de CO₂ par kWh en moyenne sur l’ensemble du cycle de vie de l’énergie nucléaire en France. 

À titre de comparaison, le solaire photovoltaïque émet 45 g CO₂/kWh et le charbon, près de 820 g CO₂/kWh. Ces chiffres montrent que, malgré les débats, le nucléaire demeure une énergie bas carbone, indispensable à la réduction rapide des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Cependant, qualifier le nucléaire d’énergie propre/verte reste un raccourci. Si les émissions directes sont faibles, les conséquences environnementales indirectes ne peuvent être ignorées. 

Ce qui revient à se poser des questions : L’énergie nucléaire est-elle vraiment propre ? L’Europe ou le monde fait-il le choix de réduire le gaz à effet de serre au détriment des déchets nucléaires ? 

Nucléaire : le grand retour de l’atome dans les politiques énergétiques

Le chemin emprunté par les Etats est celui de l’investissement dans cette filière.

En 2022, le nucléaire et le gaz ont pu être intégrés dans l’investissement durable du nom de taxonomie. Ce choix, effectué à l’échelle européenne, a pour but économique et politique de pouvoir assurer l’objectif de transition énergétique, tout en réduisant sa dépendance énergétique aux pays tiers. 

Cependant, la requalification du nucléaire comme « énergie verte » dans la taxonomie européenne reste controversée : certains États comme l’Allemagne ou l’Autriche s’y opposent fermement pour des raisons politiques et environnementales. 

Ce choix a conduit des Etats à réinvestir massivement dans cette filière. La France a annoncé vouloir construire 14 nouvelles centrales nucléaires de type EPR2 d’ici 2050. L’objectif étant d’assurer la stabilité du mix énergétique, tout en garantissant la sécurité d’approvisionnement lors des périodes de tension et d’éviter la répétition des difficultés observées en 2022. Une décision ne faisant pas que des malheureux, le commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives entend jouer un rôle central dans la relance du nucléaire civil voulue par l’Etat et souhaite y contribuer en apportant son savoir-faire dans la matière. Dans le même temps, aux États-Unis, des investissements majeurs sont prévus avec la construction de dix nouvelles centrales nucléaires d’ici 2030 pour un montant de 80 milliards de $.

La ligne politique qui se dessine actuellement considère cette énergie comme incontournable et prometteuse pour l’avenir. 

Les décisions prises à l’échelle politique seront-elles acceptées socialement par les citoyens? 

L’investissement dans cette filière nécessite d’importants fonds pour sa construction, son entretien et son démantèlement. Ces coûts, parfois subventionnés par l’Etat, pèsent sur les contribuables. Le but des accords européens est de préserver l’environnement, mais les déchets radioactifs dont les effets peuvent durer des millions d’années, enfouis sous la terre, ne constituent-ils pas un risque ? Et qu’en est-il de l’impact de l’extraction de l’uranium sur la santé des travailleurs ? Ces points de vus amènent à la question qu’on s’était posée plus tôt sur les conséquences indirectes de cette activité. 

En temps de paix, l’humanité a connu des drames liés au nucléaire. Nous pouvons étudier 2 cas : 

  • Tchernobyl (Ukraine,1986) : perte de contrôle d’un réacteur ayant conduit à une explosion. Un type d’accident de ce genre est désormais considéré comme pratiquement impossible avec les technologies actuelles.
  • Fukushima (Japon, 2011) : un séisme a endommagé le circuit de refroidissement, provoquant la fusion du réacteur. Cet accident a été classé au niveau 7, le plus élevé sur l’échelle internationale.

Suite à ces événements tragiques, une partie de la population exprime une contestation légitime. La peur de revivre de tels drames est compréhensible. Certains membres de la classe politique et plusieurs associations militent pour un changement majeur des politiques énergétiques, refusant de considérer cette filière comme une énergie propre. 

Des témoignages poignants illustrent ces drames. Lyudmilla Ignatenko, épouse du pompier Vassili Ignatenko décédé des suites de radiations à Tchernobyl, se souvient : « J’ai voulu lui tenir la main, même à travers les gants de plomb. Je suis restée jusqu’à la fin. Il avait vingt-cinq ans. Il est mort pour éteindre un feu dont personne ne comprenait la nature. »

Ces sentiments sont partagés par d’autres rescapés. Au Japon, une pancarte installée au-dessus d’une ville abandonnée portait l’inscription : « Énergie atomique : énergie pour un avenir destructeur »

L’écologiste américain Amory Lovins déclarait en 1977 : « Le nucléaire est une énergie de l’avenir qui appartient au passé. ». Cette citation reste d’actualité, car la question du nucléaire comme source d’énergie continue de diviser la société et probablement continuera de le faire dans les années à venir. 

 

Source : 

https://faceaunucleaire.fr/idee-recue/le-giec-a-montre-que-leolien-et-le-photovoltaique-ont-un-potentiel-bien-superieur-au-nucleaire-sur-la-baisse-demissions-de-co2/

https://www.debatpublic.fr/sites/default/files/2024-10/Synthese-Intensite-carbone-de-l-EPR2.pdf?

https://www.france24.com/fr/info-en-continu/20251028-le-gouvernement-am%C3%A9ricain-va-investir-80-milliards-de-dollars-dans-de-nouveaux-r%C3%A9acteurs-nucl%C3%A9aires-westinghouse

https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/10/17/nucleaire-les-missions-d-origine-du-cea-resonnent-beaucoup-avec-l-actualite_6647776_3234.html

https://www.edf.fr/groupe-edf/produire-une-energie-respectueuse-du-climat/lenergie-nucleaire/notre-vision/analyse-cycle-de-vie-du-kwh-nucleaire-dedf

Ouvrage : Voices from Chernobyl – The Oral History of a Nuclear Disaster par la lauréate biélorusse du prix Nobel, Svetlana Alexievich.

Cet article a 6 commentaires

  1. SCHAIBLE Anthony

    Un merveilleux article résumant les enjeux contemporains du nucléaire.

    Entre avantages et inconvénients de celui-ci, cet article nous montre à quel point la question de l’énergie nucléaire divise la vie politique d’aujourd’hui, ou la question environnementale s’avère être de plus en plus décisive de notre avenir.

  2. ABGARYAN Alex

    Une synthèse très pertinente sur la place du nucléaire dans le mix de demain. La question « Passé ou Avenir » est traitée avec la nuance qu’elle mérite. Votre article rappelle, très justement, que le vrai défi n’est pas de choisir l’un ou l’autre, mais de réussir à les faire cohabiter pour garantir notre souveraineté énergétique. Bravo pour la clarté du propos !

  3. LAHMAR Omeima

    Très bon article. Non seulement il est synthétique mais il retrace des enjeux pertinents, avec une analyse remarquablement nuancée. Un panorama très complet et actuel du débat. Félicitations!

  4. ZAHLER Ilan

    Article passionnant. Il pose des questions existentielles relatif à la balance coût-intérêt que représente le nucléaire.

    En interrogeant la remise en cause de sa diabolisation et sa requalification en « énergie verte » par le Parlement européen, l’auteur met en lumière le paradoxe de cette source : son rôle crucial dans la décarbonation ne peut éclipser les risques intrinsèques et les dangers réels qui lui sont associés.

  5. Nicolas PEUGNIEZ

    Un enjeu important également dans le monde de l’hydrogène.
    Sur ce plan, l’Acte Délégué sur l’hydrogène bas carbone publié récemment par la Commission est un texte qui mérite attention par rapport au contexte de discussion entre les Etats Membres.
    La France pourrait elle exporter des surplus d’électricité nucléaire et PV/éolienne sous forme d’hydrogène bas carbone? En quoi le mix francais est il favorable à la production d’hydrogène bas carbone? Est ce un avantage comparatif pour le maintien en France des industries difficilement électrifiables?

  6. Lucas Bruckmann-Scheibling

    Merci Cem pour ton article ! Il est vrai que le nucléaire est une énergie qui permet de produire une quantité considérable d’énergie. Les accidents nucléaires peuvent causer des dégâts considérables ce qui nécessite une mise en balance. Tu résumes bien l’enjeu du nucléaire : des bénéfices, des risques et l’inconnu concernant la gestion des déchets.

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