En France, le cannabis reste interdit, sauf pour des expérimentations médicales. À l’inverse, plusieurs États américains ont légalisé sa production et sa vente. Si cette évolution est souvent vue comme un progrès social et économique, cette « plante verte » cache une réalité moins écologique que son apparence ne le laisse penser.
Une plante très énergivore qui pèse sur le climat
Aux États-Unis, la légalisation du cannabis, que ce soit pour un usage médical ou récréatif, s’est accompagnée d’un essor massif des cultures en intérieur (indoor).
Si cette méthode permet de produire toute l’année, dans des environnements sécurisés et contrôlés, elle nécessite aussi une forte consommation d’énergie liée aux équipements utilisés tels que des lampes, ventilateurs, chauffage, déshumidificateurs et systèmes d’irrigation automatisés. Et lorsque l’électricité utilisée vient de sources fossiles, comme le charbon ou le gaz, l’empreinte carbone du cannabis ne fait qu’augmenter.
Selon une étude publiée dans Nature Sustainability, produire un kilo de cannabis peut générer entre 2,3 et 5,2 tonnes de CO2, 1 soit l’équivalent de trois allers-retours New-York-Paris en avion.
Un vide réglementaire au niveau fédéral
La situation juridique du cannabis aux États-Unis est paradoxale :
- Plus de 20 États l’ont légalisé à des fins récréatives, et plus de 30 pour un usage médical.2
- Mais au niveau fédéral, le cannabis est toujours illégal. Il est classé comme substance contrôlée de catégorie I par la Drug Enforcement Administration, au même titre que l’héroïne. En 2024, un reclassement en catégorie III a été recommandé, mais aucune décision définitive n’a encore été prise.2
Ce décalage entre droit fédéral et droits locaux crée un vide réglementaire. Résultat : peu de normes environnementales sont imposées au niveau national. La plupart des lois sur le cannabis se sont concentrées sur les aspects sanitaires, sécuritaires ou fiscaux. Or, à l’heure de l’urgence climatique, la question d’un cadre légal compatible avec les objectifs de développement durable devient incontournable.
Les enjeux environnementaux sont souvent secondaires, absents des lois cadres, ou confiés aux collectivités locales. Seuls certains États comme le Massachusetts ont mis en place des normes énergétiques ou des incitations à utiliser les énergies renouvelables 3 mais ces efforts restent dispersés. Aucun cadre fédéral harmonisé n’existe à ce jour, freinant la mise en place de mesures durables à grande échelle.
Une pollution invisible mais bien réelle
Au-delà des émissions de gaz à effet de serre liées à l’utilisation d’une électricité carbonée, la culture du cannabis a, également, des impacts sur l’environnement :
- Surconsommation d’eau, notamment dans les régions sèches de l’Ouest américain comme la Californie ou l’Arizona où une seule plante de cannabis peut nécessiter jusqu’à 22 litres d’eau par jour. 4
- Pollution des sols : Dans de nombreuses exploitations, surtout en extérieur, l’utilisation non encadrée de pesticides et engrais affecte la faune et flore locale.
- Pollution de l’air : Les plantes de cannabis émettent des composés organiques volatils (COV), qui, en se combinant à d’autres polluants urbains, peuvent contribuer à la formation d’ozone (un gaz nocif pour la santé humaine).5
Une régulation nécessaire pour éviter un désastre écologique
L’exemple américain montre que sans cadre réglementaire fort, la légalisation du cannabis peut devenir un problème environnemental majeur. Légaliser, peut-être. Mais réglementer, impérativement. Aujourd’hui, intégrer des normes écologiques à la réglementation du cannabis est essentiel. Qu’il s’agisse de la consommation en énergie, eau ou pesticides, il faut mettre en place des mesures alternatives pour préserver la planète.
Pour plus d’informations :
1-https://www.nature.com/articles/s41893-021-00691-w
3-https://www.mass.gov/orgs/massachusetts-department-of-energy-resources
5-https://acp.copernicus.org/articles/19/13973/2019/
