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Le développement des énergies renouvelables s’impose de nos jours comme un enjeu clé de la transition énergétique. Pourtant leur implantation sur les territoires ne va pas de soi. Derrière la technicité des infrastructures et l’évidence des objectifs de transition énergétique, se joue un autre enjeu fondamental : celui de l’acceptabilité sociale. En effet, au-delà des aspects techniques et réglementaires, la réussite d’un projet d’énergie renouvelable dépend de la manière dont il est perçu, compris et intégré par les populations locales. La participation citoyenne apparaît dès lors comme un levier central pour renforcer cette acceptabilité. 

 

Les mécanismes de participation citoyenne et d’acceptabilité sociale sur les projets d’énergies renouvelables 

Les mécanismes de participation citoyenne, qu’ils soient institutionnels ou informels, permettent de créer un dialogue entre porteurs de projets, collectivités territoriales et citoyens. Dans de nombreux cas, cette implication précoce des acteurs locaux contribue à désamorcer les conflits potentiels, à réduire les incertitudes et à légitimer les décisions. 

Pour mieux réussir la transition énergétique, il est nécessaire à première vue que les populations locales soient informées de l’implantation des projets d’énergies renouvelables sur les territoires. Ensuite, à travers des réunions publiques, des ateliers participatifs ou encore des enquêtes de terrain, les populations concernées peuvent exprimer leurs attentes, leurs craintes et leurs conditions d’acceptation. Ces espaces de dialogue lorsqu’ils sont sincèrement ouverts, permettent d’intégrer les savoirs locaux, de mieux adapter les projets aux spécificités du territoire et de renforcer le sentiment d’appropriation collective des projets. C’est dire donc que la communication constitue un facteur clé dans le processus d’acceptabilité sociale des projets d’énergies renouvelables. Un projet éolien ou photovoltaïque qui fait par exemple l’objet d’une concertation dès sa phase de conception aura plus de chance de réussir à long terme. 

En outre, il convient d’inviter les populations locales à participer au financement des projets d’énergies renouvelables. En permettant aux habitants, aux collectivités territoriales et aux coopératives locales d’investir directement dans les installations énergétiques, cette dynamique pourrait favoriser une perception positive des infrastructures, perçue désormais comme une ressource commune plutôt qu’une nuisance imposée. En effet, dans bon nombre de situations, les bénéfices de la production d’énergie renouvelable échappent aux habitants et aux collectivités territoriales, captés par des investisseurs éloignés du territoire d’implantation. En ouvrant le capital aux citoyens, le projet devient une initiative partagée. Ainsi, une approche cohérente, fondée sur l’information, la concertation et une juste répartition des gains, est indispensable pour surmonter les résistances et accélérer la transition énergétique, conformément aux objectifs fixés par la loi APER de 2023. 

L’implication des acteurs locaux est essentielle, car “Si cette dynamique d’acceptabilité n’est pas prise en compte, il est fort à parier que la transition énergétique sera freinée, voire stoppée, avant d’avoir atteint son potentiel [1].

 

Une acceptabilité sociale souvent mise en cause 

Malgré les efforts de concertation et les dispositifs de participation, l’acceptabilité sociale des projets d’énergies renouvelables reste fréquemment mise en cause. En effet, la transition énergétique implique un bouleversement de nos territoires et notre cadre de vie, notamment avec l’installation de nouvelles infrastructures, la transformation des paysages, les raccordements des réseaux pour acheminer l’énergie. Ces projets rencontrent donc des résistances croissantes : contestations locales, recours en justice, mobilisations citoyennes [2].

Toutefois, il convient de noter que les oppositions rencontrées diffèrent selon qu’il s’agisse d’éolien, du solaire, de la méthanisation ou d’autres formes d’énergie renouvelable, chaque technologie soulevant des enjeux spécifiques. L’éolien terrestre, par exemple, suscite fréquemment des résistances liées à l’impact visuel, aux nuisances sonores généralement perçues à proximité des habitations. A l’inverse, les centrales photovoltaïques sont moins contestées lorsqu’elles sont implantées sur des toitures ou des friches industrielles, mais peuvent faire l’objet de contestation lorsqu’elles occupent parfois des terres agricoles ou des zones naturelles protégées. Pour ce qui concerne les projets de méthanisation, l’adhésion sociale reste un enjeu tout au long de la mise en œuvre du projet. Ces installations entraînent un trafic régulier de camions pour l’approvisionnement en déchets et le transport du digestat, ce qui entraîne parfois des nuisances visuelles ou olfactives, rendant leur présence particulièrement tangible pour les riverains. 

Par ailleurs, bien que le cadre réglementaire ait évolué pour renforcer la participation du public à l’implantation des projets d’énergies renouvelables, force est de constater que les observations du public lors des enquêtes publiques ne sont pas prises en compte. Dans ce contexte, la confiance des citoyens s’effrite envers les institutions et les porteurs de projets, or il est clair que la transition énergétique ne se fera pas sans l’adhésion des citoyens. 

 

Pour en savoir plus :

[1] Carine Sebi, “La transition énergétique ne se fera pas sans l’adhésion des citoyens”, Tribune d’actualité, parue le 03 avril 2025.

[2] Pour illustration, par un arrêt du 12 avril 2024, Conférence des bâtonniers de France, n°470092, le Conseil d’Etat a rejeté deux requêtes formulées contre le régime contentieux dérogatoire des installations de production d’énergie renouvelable.

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