You are currently viewing Chaleur en ville : la climatisation est-elle vraiment la solution ?
@Eurométropole de Strasbourg

Les vagues de chaleur deviennent plus fréquentes et plus intenses. Dans les villes, le phénomène est renforcé par les surfaces bétonnées, les bâtiments et les infrastructures qui emmagasinent la chaleur pendant la journée et la relâchent progressivement. Les températures diminuent alors moins rapidement la nuit, ce qui augmente les difficultés à supporter les épisodes de forte chaleur.

Face à cette situation, la climatisation apparaît comme une réponse immédiate. Pour certaines personnes, elle est même devenue indispensable. Une personne en situation de handicap expliquait ainsi au journal Le Monde avoir installé un système de climatisation après avoir mal supporté la canicule de 2019, en raison de difficultés à réguler sa température corporelle.

La climatisation peut donc être un véritable moyen de protection face à la chaleur. L’ADEME reconnaît d’ailleurs que le refroidissement des bâtiments pourrait devenir nécessaire avec l’évolution du climat. Mais son développement pose également une difficulté : plus les températures augmentent, plus les besoins de refroidissement augmentent.

La climatisation face au défi énergétique

La climatisation consomme de l’électricité et rejette à l’extérieur la chaleur extraite des bâtiments. Son développement massif peut donc augmenter les besoins énergétiques au moment même où les températures sont les plus élevées.

Selon RTE, un degré supplémentaire peut entraîner une hausse de la consommation électrique comprise entre 0,7 et 1 GW, selon les heures. Lors des épisodes de fortes chaleurs, la climatisation peut représenter 10 à 14 GW supplémentaires lors des pointes.

La climatisation n’est donc pas incompatible avec la transition énergétique. Mais sa généralisation peut créer une dépendance croissante au refroidissement électrique.

Il ne s’agit donc pas de supprimer la climatisation, qui peut être nécessaire dans certaines situations, mais de limiter autant que possible les besoins de refroidissement. 

Concevoir des bâtiments adaptés à la chaleur 

La première réponse se trouve dans la conception et la rénovation des bâtiments.

Les protections solaires, les volets, la végétalisation et une bonne isolation permettent de limiter l’entrée et l’accumulation de chaleur. Ces solutions ne remplacent pas la climatisation, mais elles peuvent réduire les besoins de refroidissement et donc la consommation d’électricité. 

Cette logique apparaît déjà dans le droit français. L’article L.171-1 du Code de la construction et de l’habitation prévoit que la construction et la rénovation des bâtiments doivent limiter les consommations d’énergie et leur impact sur le changement climatique, tout en respectant les objectifs de qualité sanitaire et de confort thermique. 

La performance énergétique d’un bâtiment ne peut donc plus être pensée uniquement pour l’hiver. Elle doit également prendre en compte sa capacité à rester supportable pendant les périodes de forte chaleur.

Repenser l’aménagement des villes face à la chaleur 

L’adaptation ne concerne toutefois pas uniquement les bâtiments.

La manière dont les villes sont aménagées joue également un rôle. Les arbres, les espaces végétalisés et les zones ombragées peuvent contribuer à limiter les effets de la chaleur. La désimperméabilisation de certains sols peut également participer à cette adaptation.

Le Cerema (Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement ) qui est un établissement public identifie notamment la végétalisation, la désimperméabilisation et la création d’îlots de fraîcheur parmi les solutions permettant de réduire les effets des fortes chaleurs en ville.

Le rafraîchissement devient ainsi également une question d’urbanisme. Il ne s’agit plus seulement de refroidir les bâtiments lorsqu’ils deviennent trop chauds, mais de concevoir des espaces qui accumulent moins de chaleur.

Une nouvelle question pour le droit

Cette évolution pose également une question juridique : comment protéger les populations contre les fortes chaleurs tout en respectant les objectifs de sobriété énergétique et de lutte contre le changement climatique ? 

Le troisième Plan national d’adaptation au changement climatique, le PNACC-3, montre l’importance de cette question. La France se prépare désormais à une trajectoire climatique pouvant atteindre +4 °C en 2100 par rapport à l’ère préindustrielle.

Dans ce contexte, la protection contre la surchauffe pourrait progressivement devenir un véritable critère de conception des bâtiments et d’aménagement des villes.

Il ne s’agirait pas nécessairement de créer un « droit à la climatisation », mais plutôt de garantir un niveau suffisant de protection contre la chaleur, en privilégiant les solutions permettant de limiter la surchauffe et en réservant la climatisation aux situations où elle est réellement nécessaire.

Protéger sans tout climatiser 

La climatisation restera probablement une partie de la réponse aux fortes chaleurs. Elle peut être nécessaire pour protéger certaines personnes et certains bâtiments.

Mais elle ne peut pas devenir notre seule stratégie d’adaptation.

Le véritable défi consiste à construire des villes dans lesquelles la climatisation est une solution de protection, et non une condition nécessaire pour pouvoir y vivre.

Face au changement climatique, l’adaptation et la sobriété énergétique ne doivent donc pas être opposées. Elles doivent être pensées ensemble.

 

Source : 

https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/08/18/quinze-jours-trois-semaines-a-m-en-remettre-quand-la-canicule-accentue-les-effets-du-handicap_6631659_3224.html

https://www.rte-france.com/actualites/canicule-securite-approvisionnement-electricite-appelle-aucune-vigilance-particuliere

https://www.legifrance.gouv.fr/codes/id/LEGIARTI000054142288/2026-05-28

https://www.cerema.fr/fr/actualites/ilots-chaleur-agir-territoires-adapter-villes-au-changement

https://www.ecologie.gouv.fr/rendez-vous/preparer-france-4-degc-participez-consultation

https://www.ademe.fr/presse/communique-national/avis-de-lademe-vagues-de-chaleur-la-climatisation-va-t-elle-devenir-indispensable

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