Le volet écologique était l’un des principaux reproches fait à la précédente Coupe du monde organisée au Qatar où des stades pourtant à ciel ouvert étaient climatisés afin de garantir une température supportable aux joueurs et supporters. De gigantesques chantiers avaient dû être menés dix ans auparavant pour la construction des stades et autres infrastructures. Plusieurs ONG avaient déposé des plaintes contre la FIFA, accusant cette dernière d’avoir trompé les consommateurs concernant la neutralité carbone de cette Coupe du monde : plaintes approuvés par la Commission suisse pour la Loyauté.
Quid de la Coupe du monde 2026 ? La FIFA a t-elle appris de ses erreurs commises quatre années plus tôt ?
La Coupe du monde « la plus verte » de l’histoire
La Coupe du monde 2026 a la particularité d’avoir trois pays organisateurs : États-Unis, Mexique et Canada. Il s’agit du premier mondial de l’histoire à se dérouler sur un continent. Dès 2018, année de dépôt des dossiers de candidature, des doutes pouvaient exister quant au caractère « vert » de cette compétition. En effet, avoir trois pays organisateurs conduit à multiplier la logistique par trois. Équipes et supporters doivent voyager entre trois pays, les distances entre les villes hôtes sont colossales et l’absence de continuité géographique rend impossible les déplacements par le biais de moyen de transport plus responsables tels que les trains ou bus. Les pays hôtes annonçaient 3,6 millions de tonnes d’émissions de CO2 en 2018 : cela faisait déjà de cette compétition la deuxième la plus polluante du siècle.
À noter que le passage à un format à 48 équipes aggrave l’empreinte carbone. Qui dit plus d’équipes dit plus de matchs, plus de déplacements et donc plus d’émissions de CO2.
Les promesses de la FIFA…
Lors de la COP 26, la FIFA s’est engagée à atteindre le zéro émission nette d’ici 2040 et a lancé une « stratégie pour le climat ». Cette stratégie repose sur quatre piliers : une sensibilisation des différents acteurs du football au changement climatique, une adaptation de la réglementation pour plus de résilience en matière de climat, une réduction des émissions de carbone de la FIFA dans le cadre des accords de Paris et un investissement accru dans l’environnement.
La FIFA s’engage aussi à « quantifier, réduire et compenser » les émissions de gaz à effet de serre.
… et ses mesures concrètes
L’une des premières contradictions réside dans le fait d’avoir pour sponsor majeurs Saudi Aramco, première compagnie pétrolière mondiale en matière de production (sans parler de Qatar Airways régulièrement épinglé pour son impact environnemental). Malheureusement, les contradictions de la FIFA ne se limitent pas à ses sponsors. La stratégie de la FIFA centrée sur l’efficacité énergétique des stades et une logistique plus « verte » doit se matérialiser par une campagne de reboisement qui été lancée dans une quinzaine de villes hôtes et qui vise à restaurer 800 hectares puis planter près d’un million d’arbres.
Il s’agit d’un cas typique de greenwashing, des mesures écologiques sont prises sans que l’on ne se préoccupe réellement des vraies sources d’émissions carbone. Dans un communiqué, la FIFA a reconnu que : « la gestion des émissions liées aux vols reste l’un des défis les plus complexes en matière de développement durable pour les organisateurs d’événements. ». Problème, 88% des émissions sont justement dues à ces déplacements. La FIFA n’en est d’ailleurs pas à son coup d’essai. En 2022, elle promettait via le programme de compensation carbone de compenser chaque émission de gaz à effet de serre liée au Mondial en investissant dans des projets de réduction d’émission. Au final, les éoliennes en Turquie étaient déjà opérationnelles lorsque la FIFA les a acheté en guise de crédits carbone.
Que vaut une campagne de reboisement face à l’attribution de la Coupe du monde 2034 à l’Arabie Saoudite qui risque de souffrir des mêmes problématique que celle du Qatar ? Plus proche encore, la Coupe du monde 2030 se déroulera elle aussi dans trois pays différents. L’objectif de neutralité carbone d’ici à 2040 semble loin, voire irréalisable dans les circonstances actuelles
Un football plus vert est-il utopique ?
Selon un rapport du Shift project : non.
Il est possible de considérablement diminuer l’empreinte carbone de ce sport. L’objectif est de décarboner les trajets de spectateurs à l’échelle nationale mais aussi continentale où le train peut encore remplacer l’avion. Certaines équipes ont telles que l’OGC Nice ou les Forest Green Rovers, reconnu par la FIFA comme le club le plus vert du monde (qui va encore plus loin avec une pelouse sans pesticides et des panneaux solaires) évoluent dans des stades presque exclusivement construits en bois aussi de forêts durables.
Le véritable défi réside dans les déplacement intercontinentaux, notamment lors des compétitions internationales telles que la Coupe du monde. La solution pourrait donc être de n’avoir qu’un seul pays organisateur pour ces compétitions et de favoriser un retour à la formule de 32 équipes afin de diminuer le nombre de matchs et de déplacements.
Ce ne rentre toutefois pas dans les plans actuels de la FIFA. La majeure partie de ses décisions vont dans le sens d’un football sans régulation, avec pour principal voire unique objectif de toujours générer plus de revenus. C’est le symptôme d’un système où personne n’est en mesure de siffler la faute, alors que l’impact climatique de cette Coupe du monde 2026 aurait bel et bien mérité un carton rouge.
https://lesjours.fr/obsessions/qatar-coupe-monde/ep3-mondial-aberration-ecologique/
https://theshiftproject.org/publications/decarboner-sport/
https://www.sami.eco/blog/bilan-carbone-football
