You are currently viewing Bourse de l’énergie en Grèce : défis et perspectives
Source: Pixabay

L’ouverture du marché de l’énergie en Grèce s’inscrit dans un cadre plus large de directives européennes visant à libéraliser progressivement le secteur et à favoriser l’intégration des marchés énergétiques nationaux au sein d’un marché unique européen. Depuis la directive 96/92/CE, qui a posé les bases de l’ouverture du marché de l’électricité en Europe, la Grèce a adopté plusieurs lois transposant ces réglementations, notamment la loi 2773/1999 qui a mis en place l’Autorité de Régulation de l’Énergie (RAE) et initié la fin du monopole de la DEI (ΔΕΗ). D’autres textes ont suivi, comme la directive 2009/28/CE, encourageant le développement des énergies renouvelables, ou encore la directive 2009/72/CE, intégrée en droit grec par la loi 4001/2011.

Toutefois, l’application de ces réglementations a souvent été marquée par des tensions et des résistances internes. Pendant plusieurs décennies, la DEI, anciennement publique, a conservé une position dominante, freinant l’entrée des producteurs privés sur le marché. Ce n’est qu’avec la crise économique de 2008 et la mise en œuvre des mémorandums imposés par l’Union européenne et le FMI que des changements radicaux ont été engagés.

La fin du monopole de la DEI et l’essor de la bourse de l’énergie

Un tournant majeur a eu lieu en 2015 avec l’adoption du troisième mémorandum (loi 4336/2015), qui imposait la réduction de la part de marché de la DEI en dessous de 50 % d’ici 2020. Pour y parvenir, le gouvernement grec a introduit un système d’enchères énergétiques basé sur le modèle NOME français. Ce mécanisme obligeait la DEI à vendre à ses concurrents des volumes d’électricité à des prix coûtants afin de favoriser l’entrée des fournisseurs alternatifs. En pratique, ce modèle s’est avéré désastreux pour la DEI, qui a subi des pertes cumulées de plus de 600 millions d’euros entre 2015 et 2019.

Face à cet échec, le gouvernement a abandonné le modèle NOME en 2019 et a opté pour une libéralisation totale du marché avec la création de la bourse de l’énergie, opérationnelle depuis novembre 2020. L’objectif était d’aligner la Grèce sur le Target Model, un cadre européen visant à harmoniser les marchés énergétiques et à faciliter les transactions transfrontalières. Grâce au market coupling, la bourse grecque a été interconnectée aux marchés de l’Italie, de la Bulgarie et de la Roumanie, transformant le pays en un centre d’échanges énergétiques.

Contrairement à d’autres pays européens où la bourse joue un rôle complémentaire, en Grèce, elle est devenue le principal mécanisme de fixation des prix de l’électricité. Cela a eu des conséquences inattendues, car au lieu de stimuler la concurrence et de stabiliser les prix, la structure du marché a favorisé des pratiques spéculatives.

Un marché d’équilibrage dominé par la spéculation

Le principal dysfonctionnement du marché de l’énergie en Grèce concerne le marché d’équilibrage, censé ajuster l’offre et la demande en temps réel avec des prix légèrement supérieurs à ceux du marché de gros. Cependant, en raison de la forte dépendance au gaz naturel et du manque de stockage, les producteurs ont manipulé les prix, atteignant plus de 3 000 €/MWh, alors que la moyenne européenne restait sous 200 €/MWh. La fermeture accélérée des centrales à lignite (2019-2021) sous la pression de l’UE a réduit la production nationale et accru la dépendance aux importations de gaz, notamment via Revithoussa, rendant le marché vulnérable aux fluctuations internationales. L’absence de régulation efficace a permis aux producteurs de gaz d’imposer des prix excessifs, faisant exploser le coût du marché d’équilibrage, qui a atteint jusqu’à 14 fois la moyenne européenne en novembre 2020. Quatre entreprises détenant des centrales à gaz en ont profité, tandis que les consommateurs ont subi des hausses tarifaires sans précédent.

Répercussions et défis pour l’avenir

Cette structure de marché a entraîné plusieurs répercussions. Les prix de l’électricité ont grimpé bien avant la crise énergétique mondiale de 2021-2022, impactant directement les ménages et les entreprises. Avec le market coupling, la Grèce est devenue un exportateur net d’électricité, vendant une partie de sa production à l’étranger à des prix attractifs, alors que le coût de l’électricité domestique augmentait. Contrairement à d’autres États européens ayant adopté des mécanismes de plafonnement des prix ou de taxation des profits exceptionnels, la Grèce a tardé à mettre en place des mesures correctives, permettant aux entreprises privées de maximiser leurs marges.

L’avenir de la bourse de l’énergie en Grèce dépendra en grande partie des évolutions réglementaires au niveau européen et des décisions nationales. Face aux critiques sur la volatilité des prix et la spéculation, l’UE envisage une réforme du marché de l’électricité afin de limiter l’influence des marchés d’équilibrage et de renforcer les investissements dans les énergies renouvelables.

En Grèce, le principal défi sera d’assurer une stabilité tarifaire pour les consommateurs tout en poursuivant l’intégration aux marchés européens. Cela nécessitera une meilleure régulation du marché d’équilibrage afin d’éviter les manipulations des prix, des investissements accrus dans les infrastructures de stockage énergétique pour limiter la dépendance au gaz naturel, ainsi qu’une réforme du mécanisme de tarification pour éviter que la bourse ne soit la seule référence pour la formation des prix.

Bien que la bourse de l’énergie ait été introduite pour aligner la Grèce sur les standards européens et améliorer la compétitivité du marché, son fonctionnement actuel favorise les hausses de prix et la spéculation. Une intervention des autorités est nécessaire pour assurer un équilibre entre libéralisation du marché et protection des consommateurs, tout en garantissant la transition énergétique du pays dans un cadre plus stable et prévisible.

Pour en savoir plus : 

Πώς απελευθερώθηκε η ελληνική αγορά ηλεκτρισμού – The Manifold Files – GR

Ποιος φταίει για την ενεργειακή ακρίβεια στην Ελλάδα; – R•U

apotelesmata-a-examhnou-2018-omilou-deh.pdf

https://economy-finance.ec.europa.eu/document/download/54a27cc5-c22f-4d4b-bedd-c5ae98747c61_en

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.