Fermeture et démantèlement de la centrale nucléaire de Fessenheim : le devenir des salariés et des emplois

L’arrêt définitif de la centrale nucléaire de Fessenheim soulève de nombreuses problématiques. Parmi elles doit être comptée la question des salariés et des emplois directement ou indirectement menacés par la fermeture de la centrale.

 

 

I) Les quelques clefs de compréhension quant à la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim

Alors même que la centrale nucléaire de Fessenheim produisait en moyenne 10 milliards de kWh (d’électricité) par an, soit 2 % de la production électrique annuelle française, l’année 2020, et plus particulièrement le décret n° 2020-129 du 18 février 2020, marquèrent un tournant décisif quant à l’avenir de la centrale nucléaire en prévoyant l’abrogation de l’autorisation d’exploiter la centrale.

L’arrêt complet du 29 juin 2020 de cette centrale, située dans le Haut-Rhin et connectée au réseau électrique depuis 1977, s’inscrit dans le prolongement de la promesse faite en mai 2012 par l’ancien Président de la République François Hollande et tenue par son successeur, Emmanuel Macron.

Aujourd’hui, la doyenne des centrales nucléaires françaises est en phase de démantèlement impliquant sa déconstruction, son assainissement, son déclassement et sa radiation de la liste des INB (Installation Nucléaires de Base).

Il est pertinent de souligner que la fermeture et le démantèlement de la centrale nucléaire peuvent être rattachés aux différentes dispositions contenues dans la loi n° 2019-1147 du 8 novembre 2019 relative à l’énergie et au climat qui prévoit, en autre, que la part du nucléaire dans la production électrique doit être réduite de 50 % d’ici 2035 (contre 2025 initialement).

De plus, il convient de noter, de la même manière que les associations de protection de l’environnement se sont plu à le faire, que la zone sur laquelle la centrale est installée n’est pas exemptée de tout risque sismique ou de submersion. En effet, alors même que la centrale de Fessenheim a été construite de façon à résister à un séisme de 6,7 sur l’échelle de Richter, le bureau d’études suisse Résonance a réévalué, en 2007, le risque sismique pesant sur la centrale nucléaire. A l’issue de cette réévaluation, le bureau d’études a conclu, d’une part, que le risque sismique pris en considération lors du dimensionnement de la centrale a été sous-estimé et, d’autre part, que si la centrale devait être reconstruite sur le même site aujourd’hui, « elle devrait être dimensionnée pour un séisme sensiblement plus fort par rapport au séisme de dimensionnement de l’époque ».

Enfin, implantée aux abords du grand canal d’Alsace qui endigue le Rhin, la centrale de Fessenheim est assurément exposée au risque d’inondation si la digue du canal devait se rompre (à l’issue d’un fort séisme par exemple). La survenance d’un tel événement pourrait mettre à mal les systèmes conçus et prévus afin de refroidir les réacteurs nucléaires. En effet, si l’arrivée d’eau ou les alimentations électriques devaient être dégradées par une inondation, les pompes servant à puiser l’eau destinée à refroidir les réacteurs cesseraient de fonctionner pouvant entraîner, par voie de conséquence, un accident nucléaire tel que celui de Fukushima.

 

II) L’impact de la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim sur ses salariés et ses emplois

Différents enjeux découlent de l’arrêt de la centrale nucléaire de Fessenheim, à l’instar de tout projet de grande envergure. Ainsi, la question de l’avenir des salariés et des emplois impactés par la fermeture de la centrale doit être abordée.

En effet, a été mentionné le risque de suppression de plus de 2 000 emplois, directement ou indirectement liés à l’exploitation de la centrale. Or, l’ancienne ministre de la transition écologique, Elisabeth Borne, a assuré qu’« il n’y [aurait] aucune perte d’emploi » liée à la fermeture de la centrale mais quels mécanismes d’accompagnement, de redéploiement ou de reconversion ont été mis en place ?

Avant même l’adoption du décret n° 2020-129, différents dispositifs ont été mis en œuvre afin d’assurer, d’une part, l’avenir du personnel de la centrale et, d’autre part, le devenir des sous-traitants permanents.

S’agissant des emplois directement corrélés au fonctionnement de la centrale nucléaire de Fessenheim, une structure chargée du redéploiement et de la mobilité des salariés d’EDF a été mise en place. Cette dernière s’est vu confier les problématiques et les inquiétudes liées à la conservation des emplois au sein du groupe d’EDF ainsi qu’à la mobilité géographique des salariés. Afin de procéder à un accompagnement optimal des employés souhaitant rester en Alsace et de ceux prêt à effectuer une mobilité géographique plus lointaine, la structure en question a été chargée d’accompagner les salariés d’EDF vers un reclassement et prévoit également des primes de mobilité et de soutien à la recherche d’emploi pour leurs conjoints.

S’agissant des emplois des sous-traitants de la centrale, une CAP (Cellule d’Accompagnement Personnalisé) a été créé en amont de la fermeture de la centrale (en 2019) et a été chargée d’étudier les opportunités d’emploi en Alsace et d’accompagner les salariés des prestataires permanents dans leurs recherches d’emploi.

 

Sources :

Centrale nucléaire de Fessenheim : chiffres clés, fonctionnement, histoire (connaissancedesenergies.org)

Le début de la « transition » pour Fessenheim ? (connaissancedesenergies.org)

Le risque sismique a-t-il été sous-évalué à la centrale nucléaire de Fessenheim ? – Journal de l’énergie (journaldelenergie.com)

Avis délibéré de l’Autorité environnementale sur l’INB n° 75 : Fessenheim – dossier de démantèlement (68) (developpement-durable.gouv.fr)

Rapport d’information n°4515 – 15e législature – Assemblée nationale (assemblee-nationale.fr)

200624 P03-Plan de démantèlement Fessenheim- IndB (edf.fr)

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