Que se passe-t-il si on mange plus local, si on réduit la viande, si on développe l’agriculture biologique ou si l’on produit de l’énergie directement sur les exploitations agricoles ? Ce sont exactement les questions très concrètes auxquelles un SISAE tente de répondre, en mettant en regard nos assiettes, nos paysages agricoles et nos objectifs climatiques. Derrière ces choix du quotidien, il y a des scénarios de consommation, d’usage des sols et de production d’énergie qui peuvent accélérer ou freiner la transition bas carbone.
À première vue, le lien avec le droit de l’environnement ou les énergies peut sembler lointain. Pourtant, il est au cœur des engagements climatiques de l’Union européenne et de la France, eux-mêmes adossés à l’accord de Paris et régulièrement renégociés dans le cadre des conférences des parties (COP). Les politiques climatiques ne portent pas seulement sur l’industrie ou les transports : l’alimentation est une filière complète, qui mobilise l’agriculture, la transformation, la logistique, la distribution, et donc une grande partie des émissions de gaz à effet de serre.
Un système alimentaire plus durable peut ainsi jouer un rôle déterminant dans l’atteinte des objectifs de neutralité carbone que la France s’est engagée à poursuivre. Lorsque l’on parle d’alimentation, on touche à un besoin fondamental, mais aussi à des secteurs sensibles comme l’emploi agricole, l’aménagement du territoire ou la sécurité énergétique. C’est précisément dans ce croisement entre alimentation, énergie et climat que le SISAE – la simulation intégrée des systèmes alimentaires et énergétiques – prend tout son sens.
Le SISAE peut se définir, à première vue, comme un outil d’audit et d’aide à la décision, qui permet d’évaluer différents scénarios de transition alimentaire et énergétique à l’échelle d’un territoire. En réalité, il s’agit d’un système de simulation prospective plus complexe : il nécessite un accès à de nombreuses données agricoles (types de cultures, rendements, pratiques), énergétiques (consommation, mix, potentiels renouvelables) et alimentaires (régimes, volumes consommés, origine des produits). Or ces données de base, indispensables au bon fonctionnement du modèle, sont souvent lacunaires, hétérogènes d’un territoire à l’autre ou fortement affectées par les évolutions climatiques.
Parce qu’il repose sur des scénarios, le SISAE met en situation des choix de politiques publiques et de pratiques privées : baisse de la consommation de viande, relocalisation des filières, développement de la méthanisation ou du photovoltaïque sur bâtiments agricoles, soutien au bio, etc. L’un des premiers freins identifiés reste l’acceptabilité sociale : un scénario qui recommande de réduire les produits carnés ou de modifier les habitudes alimentaires peut susciter des oppositions, aussi bien du côté des consommateurs que de certains acteurs économiques. Le modèle ne se contente donc pas de chiffres ; il vient interroger des représentations, des habitudes et des intérêts économiques.
Un SISAE ne fonctionne pas en vase clos. Il implique les collectivités qui définissent les stratégies climatiques et énergétiques locales, les agriculteurs qui adaptent leurs systèmes de production, les acteurs de l’énergie qui investissent dans les renouvelables, mais aussi les citoyens et les consommateurs, dont les choix quotidiens conditionnent la réussite des scénarios. Cet outil devient alors un support de dialogue entre ces parties prenantes, en objectivant les effets d’un changement de régime alimentaire ou d’un nouveau projet énergétique sur les émissions de carbone, l’usage des sols ou la résilience du territoire.
Enfin, le SISAE constitue un dispositif précieux pour la recherche et l’expertise, notamment au niveau européen, où la Commission cherche à articuler politiques agricoles, énergétiques et climatiques dans une même approche intégrée. En tant qu’étudiant en master « Droit et gestion des énergies et développement durable », l’étude de ces systèmes met en évidence que la transition ne se joue pas seulement dans les textes, mais dans la capacité de nos outils à relier les normes, les données et les pratiques concrètes. Le SISAE en est une illustration : un exemple de gestion intégrée qui montre, très simplement, qu’en changeant ce qu’il y a dans nos assiettes, on peut aussi transformer notre système énergétique.
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Juriste conseil fort d’une solide expérience dans la gestion juridique d’entreprises et le conseil stratégique, j’accompagne depuis plusieurs années des organisations dans le pilotage de leurs obligations légales, la rédaction contractuelle et la gouvernance réglementaire. Guidé par une conviction profonde que le droit est un levier majeur de la transition écologique, j’ai choisi de renforcer mon expertise à travers un Master 2 en Droit et Gestion des Énergies Renouvelables et du Développement Durable à l’Université de Strasbourg.
