Du déséquilibre méthodologique à la nécessité d’une réforme
La réforme du Diagnostic de Performance Énergétique (DPE), initialement appliquée en 2025, a créé un paradoxe : les logements chauffés à l’électricité étaient structurellement défavorisés par la méthode de calcul (cf. article : “Le DPE avant 2026 : le paradoxe français de la transition énergétique”).
Ce déséquilibre venait d’un coefficient de conversion de l’électricité en énergie primaire, fixé à un niveau trop élevé (2,3), qui classait de nombreux logements électriques en catégories E ou F malgré leur faible empreinte carbone et leur consommation réelle souvent modérée.
Ce biais obsolète mettait en péril la cohérence de la loi Climat et Résilience (2021) et son calendrier d’interdiction de louer les passoires énergétiques (G dès 2025, F en 2028, E en 2034). La réforme de 2026 est donc devenue indispensable pour rétablir la neutralité entre les énergies et reconnaître la décarbonation du mix électrique français.
Une correction technique et méthodologique majeure
L’arrêté du 13 août 2025 apporte la correction technique tant attendue : le coefficient de conversion de l’électricité est abaissé de 2,3 à 1,9.
Cette révision harmonise le calcul français avec la directive européenne (2018/2002) et intègre la réalité d’une production électrique largement décarbonée en France (nucléaire et renouvelables).
Concrètement :
- La consommation d’énergie primaire pour un logement tout électrique est réduite. Un logement de 100 kWh/m2/an passe de 230 à 190 kWh/m2/an.
- Le classement « 3CL » du DPE intègre ce nouveau coefficient, modifiant significativement les seuils d’étiquette.
- Cette simple correction devrait entraîner un reclassement immédiat d’environ 850 000 logements qui sortiront du statut de « passoire énergétique » sans travaux. L’ADEME fournira une attestation actualisée pour les DPE déjà réalisés, sans nécessiter un nouveau diagnostic.
Conséquences juridiques, économiques et sociales
La réforme renforce la cohérence entre la norme technique du DPE et la norme légale de décence énergétique (Article 6 de la loi de 1989). Elle corrige l’effet disproportionné de l’ancien calcul sur la validité locative de nombreux biens, notamment ceux en zones rurales ou périurbaines où le chauffage électrique est courant. En sécurisant le patrimoine des propriétaires bailleurs, elle évite les retraits injustifiés du marché locatif et limite le risque de contentieux lié à la qualification de logement indécent.
Cette revalorisation technique peut améliorer la valeur vénale des biens tout-électriques et alléger la pression financière sur les propriétaires. Cependant, il est crucial de noter que le gain d’étiquette n’entraîne pas une baisse effective des coûts pour les ménages. La consommation finale et le montant des factures dépendent toujours de l’isolation, du comportement des occupants et du rendement des équipements.
Si la mesure rééquilibre la perception de l’électricité, elle ne règle pas le fond de la précarité énergétique. Les propriétaires modestes, qui peinent à obtenir des financements (crédit ou MaPrimeRénov’), restent vulnérables. La réforme corrige une injustice de calcul, mais pas l’inégalité structurelle d’accès à la rénovation.
Vers un DPE plus juste, mais encore perfectible
La réforme de 2026 est une nécessité pour remettre de l’ordre et corriger une injustice majeure envers les logements électriques. Elle clarifie le classement énergétique global.
Toutefois, elle laisse une impression de « demi-mesure » : elle ajuste les chiffres sans résoudre la réalité thermique. En pratique, un logement classé E ou F reste une passoire énergétique au sens économique, même après la modification du coefficient.
Pour les propriétaires dont le logement demeure mal classé, la situation est paradoxale : ils se retrouvent dans une impasse juridique et économique. Le logement est difficile à louer ou à vendre, et la rénovation lourde reste souvent inaccessible financièrement.
En allégeant la pression sur les propriétaires électriques, la réforme est un pas vers l’équité ce qui ne règle pas le problème de fond : l’incapacité structurelle de certains ménages à financer la rénovation.
L’efficacité de cette correction du DPE est d’ailleurs fragilisée par l’actualité des aides. La réforme récente de MaPrimeRénov’, qui a durci les conditions d’accès et réduit le nombre de foyers éligibles, contredit directement l’objectif de la loi Climat de massifier la rénovation. En rendant plus difficile l’accès aux financements publics, le gouvernement corrige l’injustice du DPE d’un côté, mais accentue l’inégalité financière face aux travaux de l’autre.
