La nécessité d’une économie verte s’est imposée lors du sommet de Rio en 1992. Elle représente une amélioration du bien-être humain et de la justice sociale, tout en réduisant sensiblement les risques environnementaux et les pénuries écologiques. Par ailleurs, l’intégration des objectifs environnementaux dans l’activité économique a entraîné un verdissement des emplois.
Selon l’OIT (Organisation internationale du travail), 100 millions d’emplois peuvent être créés grâce à la transition verte des sources d’énergie durable et un scénario d’économie circulaire. L’APEC (association pour l’emploi des cadres) quant à elle, estime que les emplois et métiers de cadres à finalité environnementale vont continuer à se développer, les chiffres révélant une augmentation de 48% des offres entre 2019 et 2022.
Au-delà de certaines activités émergentes qui demandent des compétences techniques spécifiques, il faut prendre en compte les enjeux écologiques qui nécessitent aussi une évolution des métiers qui existent déjà et la nécessaire acquisition de nouvelles compétences transversales. La transition écologique ne transforme pas seulement nos modes de production, elle redéfinit également les compétences attendues sur le marché du travail.
1) Un levier essentiel pour les emplois de demain
Plusieurs entreprises ont mis en place des actions concrètes pour réduire leur impact environnemental. L’APEC estime que pour deux cadres sur trois, le verdissement aura un impact sur leur métier et pourrait se manifester de différentes manières selon les secteurs et les fonctions.
Les compétences vertes ou green skills correspondent à l’ensemble des qualifications, des aptitudes et des savoir-faire qui contribue à la protection de l’environnement et à la transition écologique. Dans la pratique, elles sont techniques (faire un bilan carbone, installer des panneaux solaires, maîtriser les normes réglementaires …) mais aussi transversales (intégrer la durabilité dans les décisions, anticiper les risques …). Entre 2022 et 2023, le nombre de fiches de poste mentionnant au moins une compétence verte a augmenté de 22,3%.
Ces compétences ne sont pas réservées aux filières de l’environnement, pas plus qu’elles ne sont réservées aux cadres en entreprise. De plus en plus de corps de métiers sont concernés. D’ailleurs, une étude menée par LinkedIn révèle que les candidats qui possèdent des compétences vertes ou de l’expérience dans un métier vert, ont plus de chance d’être recrutés. Ces talents verts représentaient un taux d’embauche 54,6 % supérieur au taux d’embauche global en 2024. En France, ils sont embauchés à un taux 1,5 fois supérieur à celui de la population générale.
Face au renforcement des réglementations environnementales et à l’expansion de la conscience environnementale, les recruteurs s’intéresseront de plus en plus aux talents verts mais faute de compétences disponibles d’ici à 2030, un emploi sur cinq risquerait de manquer de candidats qualifiés.
2) une offre encore insuffisante pour un besoin croissant
En France, dans le secteur des services d’utilité publique, plus de 30 % des offres d’emploi requièrent au moins une compétence verte. Dans le secteur de la construction, ce chiffre correspond à 23% des offres d’emploi et à 20% dans l’industrie manufacturière. De 2023 à 2024, une hausse de 92% de la demande des talents verts a été observée dans le secteur des technologies, de l’information et des médias, notamment du fait du développement de l’intelligence artificielle.
Entre 2023 et 2024, la demande mondiale de talents verts a augmenté deux fois plus vite que l’offre (11,6 % contre 5,6 %). Selon les estimations, un emploi sur cinq ne sera pas pourvu faute de candidat qualifié et cet écart pourrait atteindre un emploi sur deux d’ici à 2050.
Il est essentiel de souligner la difficulté croissante, pour les recruteurs, de trouver des talents verts, ces profils hybrides capables d’articuler technicité et compétences transversales. Parallèlement, les candidats eux-mêmes peinent à accéder à ces compétences, faute de parcours suffisamment professionnalisants.
Par ailleurs, le verdissement des entreprises a un impact sur l’attractivité des métiers même si les entreprises n’en ont pas toujours conscience. Elles sont de plus en plus nombreuses à mettre en place des politiques durables mais seulement 13% d’entre elles anticipent un besoin futur de compétences vertes.
3) Des pistes de solutions pour une transition des compétences
Pour faciliter le développement des green skills, la Commission Européenne a encouragé les entreprises à prendre part au pacte pour les compétences. Il s’agit d’un modèle d’engagement commun pour le développement des compétences vertes en Europe.
Cette évolution des compétences suppose l’adaptation de l’ensemble des systèmes de formation (aussi bien les formations initiales que les formations continues au sein des entreprises ou des organisations de formation professionnelle).
Au sein de l’entreprise, le développement des compétences vertes passe par la sensibilisation des différents acteurs à l’urgence climatique, la formation des collaborateurs et enfin la stratégie de recrutement orientée vers la recherche des talents déjà qualifiés.
Selon le rapport de LinkedIn, pour répondre à la demande qui est prévue, il faudrait doubler la taille du vivier des talents verts d’ici à 2050. Deux groupes essentiels peuvent permettre d’atteindre cet objectif : la génération Z démontre un réel engagement climatique mais a du mal à s’imposer et, les femmes qui ne représentent qu’un tiers des talents verts dans le monde. Équiper la génération Z est un choix stratégique car elle va constituer plus d’un tiers de la main-d’œuvre en 2050.
Les gouvernements ont le pouvoir de générer une demande de talents verts et de créer une offre importante de professionnels qualifiés. Pour ce faire, ils doivent s’associer à des établissements d’enseignement et à des acteurs du secteur privé dans le but de renforcer les compétences de la population active.
Préparer maintenant la main d’œuvre qui va faire face aux défis futurs permettra d’atteindre les objectifs et de concrétiser les investissements collectifs en faveur du climat. Les compétences vertes ne sont pas seulement un besoin émergent, elles sont la base d’un marché du travail en reconstruction. Les conditions pour qu’elles deviennent réellement accessibles, reconnues et valorisées restent à créer.
Pour en savoir plus :
https://unfccc.int/fr/news/pourquoi-les-competences-vertes-sont-elles-importantes-pour-les-jeunes
