You are currently viewing L’influence des grands industriels de l’énergie ; Totalénergies, sponsor officiel de la CAN

En 2023 déjà, le sponsoring de Totalénergies de la coupe du monde de Rugby avait fait réagir de nombreuses associations environnementales, dont Greenpeace. Plusieurs militants s’étaient mobilisés et avaient notamment, à l’occasion de la promotion de l’événement, recouvert de faux pétrole l’un des ballons de rugby géant présent dans le village associatif à Paris.

Cette année, l’entreprise est le sponsor principal de la Coupe d’Afrique des nations 2026. En réalité, le groupe pétro-gazier français est partenaire de la Confédération africaine de football depuis 2016. Cette fois ci, l’ONG Greenpeace Afrique a produit une vidéo satirique sur la participation de Totalénergies à la CAN. La version anglophone, incarnée par le comédien britannique primé aux BAFTA Jolyon Rubinstein et l’humoriste zimbabwéen Munashe Chirisa, critique le « modèle économique néocolonial de TotalEnergies ». Publiée le 17 décembre 2025, la vidéo est un court clip parodique qui dénonce le sponsoring de la CAN 2025 par TotalEnergies, présenté comme une opération de sportswashing pour verdir l’image de ses projets fossiles en Afrique. Le sportswashing consiste à utiliser le sport comme outil de communication pour masquer ou atténuer les critiques liées aux impacts négatifs des activités d’une entreprise. Les deux artistes attirent l’attention sur le fait que, derrière la fête du football, des communautés subissent pollution, déplacements forcés et impacts climatiques liés à des projets comme le LNG au Mozambique ou l’oléoduc EACOP. Les auteurs appellent la Confédération Africaine de Football à mettre fin aux contrats avec TotalEnergies, refuser de nouveaux projets fossiles et choisir des sponsors « propres », tout en soutenant une transition juste pour les travailleurs et les communautés affectées, sous le mot d’ordre #KickTotalOutOfAFCON.

Outre Greenpeace Afrique, plusieurs militants climatiques se mobilisent et alertent comme le militant pour la justice climatique Trust Chikodzo qui dénonce la prolongation du partenariat de la multinationale. Notamment, le forage de nombreux puits, suscite de vives contestations. La communication de l’entreprise paraît très transparente jusqu’à rendre accessible au public un « Rapport Droits Humains 2024 du projet Tilenga » et un « Rapport social 2025 de TotalEnergies en Ouganda ». Cela ne semble pas suffire pour les habitants représentés par les associations et ONG tel que celle de Trust Chikodzo ; Kick Polluters Out. 

L’inaction gouvernementale des pays concernés interroge. Une enquête Médiapart du 6 février 2025 peut être considérée comme apportant plusieurs éléments de réponse en révélant que TotalEnergies enrichit directement une trentaine des proches du président Ougandais Yoweri Museveni. Selon Thomas Bart, dans un article de « Survie » de mars 2025; « ce projet apparaît ainsi surtout comme un rouage clé du régime autoritaire en place. ». 

Plusieurs enquêtes suggèrent que les principaux bénéficiaires économiques du projet Tilenga et de l’oléoduc EACOP appartiennent au premier cercle du pouvoir ougandais. Parmi eux, figure le général Salim Saleh, frère du président Yoweri Museveni, dont la société de sécurité privée Saracen détient les contrats de protection des infrastructures pétrolières de TotalEnergies. Son entreprise, détenue à plus de 95 % par lui et son épouse, profite directement de ces investissements, bien que le couple ait été cité par les Nations unies pour des faits présumés de pillage de ressources dans l’est de la RDC. D’autres proches du chef de l’État, comme Geoffrey Kamuntu ou Edwin Karigure, gendre et beaux-fils du président, détiennent également des intérêts dans des sociétés offrant des services au projet Tilenga. Enfin, Hannington Rubarenzya Karuhanga, cousin de la première dame, préside une entreprise ayant obtenu près de 50 millions de dollars de contrats logistiques avec TotalEnergies et CNOOC.

Le décalage entre une communication très maîtrisée et des atteintes éthiques majeures, sur le plan social et environnemental, conduit à questionner l’utilité des politiques de RSE.

La RSE, littéralement ; Responsabilité, Sociale des Entreprises est, selon le site du Gouvernement; « la RSE désigne la contribution des entreprises aux enjeux du développement durable ». On peut lire, dans une communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions sur le sujet ; « Responsabilité sociale des entreprises : une nouvelle stratégie de l’UE pour la période 2011-2014 », que la RSE est « un concept qui désigne l’intégration volontaire, par les entreprises, de préoccupations sociales et environnementales à leurs activités commerciales et leurs relations avec leurs parties prenantes ». 

Les entreprises françaises, en termes de RSE, sont soumises à des textes européens et principalement à la loi nationale sur le devoir de vigilance le 27 mars 2017. Concrètement, en France, les obligations de RSE comprennent un devoir de transparence issu du droit de l’Union européenne(CSRD), qui impose aux sociétés cotées et aux grandes entreprises non cotées (≥250 salariés et ≥40 M€ de chiffre d’affaires ou ≥20 M€ de total de bilan) de publier un rapport de durabilité présentant les principaux risques environnementaux, sociaux et de gouvernance ainsi que les mesures mises en œuvre pour les maîtriser. Elles incluent également, pour un nombre plus restreint de très grands groupes (≥5 000 salariés en France ou ≥10 000 salariés dans le monde), la loi du 27 mars 2017 relative au devoir de vigilance, qui oblige à élaborer et à publier un plan de vigilance destiné à prévenir les atteintes graves aux droits humains et à l’environnement.

Puisque Totalénergies est concerné par ces obligations, elle a publié un rapport de durabilité ainsi qu’un plan de vigilance dans un document intitulé ; « Document d’enregistrement universel 2024 », déposé le 31 mars 2025 auprès de l’Autorité des Marchés Financiers.

Ce genre de communication invite à se questionner, non pas sur l’efficacité des politiques RSE, mais sur l’effectivité de ses attendus.

La communication des éléments RSE provoque des critiques. Trop propre, trop transparente ? La juridiciarisation d’un concept né d’un besoin d’éthique est-elle une bonne chose ? Ou permet-elle aux multinationales de bénéficier d’une image lissée, non-représentative de la réalité ?

 

 

 https://www.youtube.com/watch?v=YOwz2NqQEAc https://www.mediapart.fr/journal/ecologie/060225/en-ouganda-le-projet-petrolier-de-totalenergies-enrichit-les-proches-du-dictateur

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