Visite de Fribourg

FRIBOURG et ses éco-quartiers
Visite du 8 octobre 2009

La ville de Fribourg est aujourd’hui mondialement connue pour ses éco-quartiers, son sens aigu du développement durable et l’implication forte de ses citoyens allemands.

Située au sud de la Forêt Noire, à seulement une heure trente de Strasbourg, Fribourg se devait d’être explorée par notre promotion en quête d’exemples de réussite dans les domaines de l’éco-conception et de l’énergie. C’est ainsi que nous avons profité d’une belle journée d’automne en ce 8 octobre pour faire une escapade en territoire allemand.

Vauban et Rieselfeld

Deux éco-quartiers modèles, deux styles différents, Vauban et Rieselfeld sont tels des laboratoires expérimentaux grandeur nature afin de démontrer qu’il est possible de vivre en accord avec des principes écologiques et de développement durable tout en gardant un confort de vie élevé.

C’est dans le quartier Vauban que tout commence. Historiquement se trouvaient d’anciennes casernes militaires françaises qui au début des années 90 ont été abandonnées. Déjà à cette époque, la ville est très attractive et connaît une forte expansion démographique. Grâce aux terrains laissés vacants de ce quartier, des projets de logements sont alors envisagés. Mais très vite, la population et surtout des étudiants s’élèvent contre ces projets. Désormais il va falloir penser avec les citoyens! L’idée est alors de construire un nouvel environnement de vie, moderne et écologique, où seront bannies les voitures mais où les arbres seront protégés et une bonne partie des anciennes casernes réhabilitées.

Aujourd’hui le quartier Vauban compte 2000 habitants sur 40 hectares.

Immeuble dans le quartier Vauban
Immeuble dans le quartier Vauban

Le quartier Rieselfeld affiche une autre image de concept d’éco-quartier durable. L’urbanisme y est différent, avec plus d’immeubles hauts. Le quartier a été développé sur un ancien champ d’épandage d’où son nom. Bien que cet espace couvre une superficie de 340 hectares, seuls 70 hectares sont urbanisés. L’espace restant est en fait une zone naturelle protégée d’intérêt écologique. Entre 10 000 et 12 000 personnes habitent ce quartier et occupent 4 200 appartements.

Rieselfeld : intégration de bâtiment public
Rieselfeld : intégration de bâtiment public

Des choix urbanistiques novateurs

Rappelons que les quartiers Vauban et Rieselfeld sont des quartiers tests dans le domaine des éco-quartiers. Les visiter est d’un grand intérêt pédagogique, que ce soit pour des étudiants ou pour des acteurs de la vie publique et politique.

Le résultat des choix urbanistiques provient de la forte implication des habitants très en amont des projets, dans la conception des logements et l’aménagement des espaces verts, ainsi que de la bonne concertation des différents corps de métiers tels qu’architectes, paysagistes mais aussi sociologues.

Si le quartier Vauban diffère du quartier Rieselfeld de part le type de logement et le positionnement des immeubles, les mêmes grands principes urbanistiques sont appliqués :

Une organisation en îlots

L’espace de chacun des quartiers est subdivisé en îlots avec une disposition en U, notamment dans le quartier Vauban, pour favoriser l’intégration des bâtiments dans les espaces verts communs. Autour de chacun de ces îlots en U se trouvent des moyens d’accès divers : tram, vélos et encore quelques voitures, notamment dans le quartier Rieselfeld. L’autre élément marquant et commun aux deux quartiers est l’appropriation des espaces communs par les citoyens. En effet, pour favoriser les échanges et optimiser la place, les limites entre les espaces communs et les propriétés privées sont très peu démarquées et incitent les gens à profiter de ces espaces.

Des voies de communication aux fonctions déviées

Rieselfeld : intégration de la rue à l'habitat
Rieselfeld : intégration de la rue à l’habitat

La voiture remplacée par le vélo

Le quartier Vauban est conçu de manière à abandonner la voiture à son entrée. Pour se faire, la largeur de chaussée est limitée à 3,5 m et la vitesse maximale autorisée de 30km/h. Aucune place de parking n’est prévue à proximité immédiate des logements mais des « silos » ont été construits en guise de parkings couverts, de manière à ce que n’importe quel résident puisse garer sa voiture à moins de 500m de chez lui. De fil en aiguille, il s’avère que seuls 50% de la population possèdent un véhicule et parmi ceux qui n’en ont pas, la moitié a fait le choix de se séparer de sa voiture au moment de s’installer dans le quartier Vauban. De part les nombreuses pistes cyclables qui jalonnent le quartier et les nombreux parkings à vélo, ce dernier est désormais devenu le moyen de déplacement le plus simple et efficace.

Energies : objectif 100% renouvelables

Là encore, Vauban et Rieselfeld sont des quartiers pilotes en termes d’économie d’énergie. Grâce au développement des capteurs solaires thermiques et photovoltaïques, et à l’installation de réseaux de chauffage collectifs, de nombreux bâtiments s’avèrent être neutre en terme de consommation d’énergie. Les logements sont généralement classés basse consommation (BBC) ou Passivhaus, c’est-à-dire avec un bilan énergétique nul.

Le quartier de Rieselfeld possède une chaufferie unique à Weingarten qui permet de produire l’électricité et la chaleur nécessaire aux logements.

Le quartier de Vauban possède lui une centrale de cogénération pour la production d’électricité et de chaleur ainsi qu’une chaudière à bois utilisée surtout en hiver. Un détail qui fait toute la différence : le bois de chauffage est acheté sous forme de plaquettes à une usine située en Forêt Noire à moins de 50 km de Fribourg. L’unité d’achat retenue est le kWh produit et non le tonnage, ce qui a pour effet d’être assuré de la qualité des plaquettes et de maîtriser les coûts. En été, il n’y a que du chauffage thermique.

Les panneaux solaires présentent un double avantage :

–  La production d’énergie
–  La protection contre le soleil, qui procure un confort d’usage

Panneaux photovoltaïques intégrés au bâti en façade
Panneaux photovoltaïques intégrés au bâti en façade
Panneaux solaires utilisés comme écran protecteur
Panneaux solaires utilisés comme écran protecteur

La gestion des eaux pluviales fait également l’objet d’une réflexion très développée. Outre les toitures végétalisées qui permettent de ralentir le ruissellement, les eaux pluviales sont dirigées depuis les gouttières vers un système de noues qui assurent la rétention des eaux pluviales et leur infiltration. La ville possède un véritable écosystème.

L’assurance d’avoir des eaux pluviales très peu chargées en hydrocarbures et substances indésirables passe par deux éléments :

–  L’interdiction d’utiliser des produits phytosanitaires
–  La faible présence des voitures à proximité

Dans le quartier Vauban, la gestion des eaux pluviales va même pour certains bâtiments jusqu’à leur récupération et utilisation dans le réseau des toilettes et machines à laver ce qui peut représenter une économie d’eau de 50%.

Récupération des eaux pluviales vers un système de noues
Quartier Rieselfeld : aménagement de noues

Vivre ensemble

Ces quartiers sont nés du rêve de jeunes étudiants, de citoyens engagés dans une démarche durable. L’objectif reste de créer une ville nouvelle où se trouve mixité intra-générationnelle et extra-générationnelle.

Les projets prennent le plus souvent en compte ces paramètres. Ainsi la mixité sociale est parfois réussie lorsqu’au sein d’un même bâtiment cohabitent des personnes âgées voire atteintes de maladies dégénérescentes, des enfants et des mères célibataires.
Le maintien d’activités commerçantes est également fondamental et ainsi l’on trouve boulangeries, médecins, crèches, etc.

Attention : enfants en vue !
Attention : enfants en vue !

Cependant le principe de l’autopromotion qui a été retenu pour la construction des différents ensembles a mis un frein réel à la mixité sociale recherchée. En effet, l’autopromotion consiste à se faire regrouper des personnes autour d’un projet de construction afin de définir les attentes de chacun, d’échanger avec la ville, et in fine se passer de promoteur ce qui tend à réduire les coûts. De cette manière ce sont surtout des idéalistes écologistes possédant un potentiel financier qui se sont réunis pour faire acquisition. Aujourd’hui, la majorité des habitants étant propriétaires, le turn-over reste très faible.

Il n’en reste pas moins que ces quartiers sont des lieux d’échanges renforcés grâce à l’appropriation des lieux publics, aux projets communs de vivre ensemble quitte à partager des salles conviviales, des pièces d’habitations et des appareils électroménagers tels que le lave-linge.

Il se créé alors une véritable vie en communauté.

Et pour en savoir plus sur Fribourg et les éco-quartiers en général :

http://www.ecoquartiers.developpement-durable.gouv.fr/

http://www.freiburg.de/

Ingrid Boncompain