Les Technologies d’Emissions Négatives: une solution, deux coups.

 

A côté du développement de l’industrie de la méthanisation, des énergies renouvelables et nouvelles, les Technologies d’Émissions Négatives (TEN) font l’objet d’une place spéciale dans les discours sur les moyens de réduire les émissions de CO2. Certaines critiques avancent qu’elles peuvent être la source d’un relâchement dans la lutte contre les émissions de Gaz à effet de serre. Selon European academies Science Advisory council, ces technologies possède potentiel réaliste limité dans la capture de CO2(EASAC, 2018). En revanche, d’autres pensent que cette technologie devrait être une solution complémentaire dans cette lutte(Pires, 2019).

De ces controverses scientifiques émerge la question fondamentale de savoir si, dans l’État actuel de la connaissance scientifique, les TEN sont conciliables avec le développement durable et la transition énergétique.  Si tel en est le cas, ne devrait-on pas postuler qu’elles sont « une solution, deux coups » : un, dans la lutte contre les changements climatiques et  l’autre, pour la transition énergétique.  

TEN : historique et définition

Source : https://doi.org/10.1016/j.scitotenv.2019.04.004

En effet, avec le rapport spécial sur les scénarios d’émission de 2000 émis par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC), celui de AIT quasiment identique à A1F1 qui a  notamment fait référence au « développement des technologies de source d’énergie composante non-fossile»(Alley et al., s. d.). On peut notamment affirmer que c’est la genèse de l’idée des technologies d’émissions négatives. Relevant de la technologie de l’ingénierie climatique, ces technologies constituent  notamment des techniques de captage et de séquestration de CO2 comme l’illustre la figure ci-dessus (Briday, 2019).

En réalité, si le GIEC, dans son rapport sur les conséquences d’un réchauffement planétaire de 1,5 °C de 2018, a invité les décideurs à la réduction des émissions nettes à court terme et  à la mise en œuvre de mesures visant à diminuer la consommation d’énergie et l’utilisation des terres qui peuvent limiter l’élimination du CO2 à quelques centaines de GtCO2 sans avoir recours à la bioénergie avec captage et stockage du CO2,  mais ne reconnait-il pas en revanche  l’efficacité de ces technologies lors qu’il soulignent que celles-ci varient nettement de par leur maturité, leurs potentiels, leurs coûts, ainsi que les risques, les co-avantages et les compromis qui y sont associés ?(IPCC-Special-Report-1.5, 2018). Une étude a démontré en 2019 qu’ “ It is important to highlight that negative emissions should be taken into account as a complementary technology to achieve the climate targets. NETs should be tested at the scale modelled in different scenarios and their environmental impacts should be fully understood to help in the definition of climate change mitigation policies.”(Pires, 2019).

Par ailleurs, leur développement permettrait également celui de la bioénergie avec captage et stockage du CO2. Aujourd’hui, la question n’est plus sur leur potentiel, mais sur leur acceptabilité et l’implication des acteurs dans leur développement. D’où le fait que le problème de l’investissement, de la recherche de leur optimisation et plus largement leur développement réel reste un nœud gordien pour un déploiement de cette perspective technologique.

Investissement, recherche et développement des TEN

si « les évaluations intégrées de la politique climatique ne considèrent généralement que la bioénergie avec capture et stockage du carbone (BECCS) – qui est à la fois une technologie de décarbonisation et d’émissions négatives – et le changement d’affectation des terres (par exemple, le reboisement) comme des sources possibles d’émissions négatives »(Alley et al., s. d.), on pourrait légitimement en déduire que les TEN  sont une  des solutions en perspective à long terme pour l’atténuation des changements climatiques de si et seulement s’il y avait un investissement massif dans le développement de cette technologie à l’échelle planétaire.

Pour cela, il faudra probablement un engagement pour investir dans la recherche et le développement des TEN. Les développeurs de ces technologies devraient notamment pouvoir compter sur les investissements publics territoriaux, nationaux, et aussi sur les mécanismes financements onusiens dans le cadre de la lutte pour l’atténuation des changements climatiques.

 

Référence  de bibliographie sélective

Briday, R. (2019). Le discours de la promesse chez les promoteurs de l’ingénierie climatique. Socio. La nouvelle revue des sciences sociales, 12, 133‑157. https://doi.org/10.4000/socio.4657

Pires, J. C. M. (2019). Negative emissions technologies : A complementary solution for climate change mitigation. Science of The Total Environment, 672, 502‑514. https://doi.org/10.1016/j.scitotenv.2019.04.004

IPCC-Special-Report-1.5-SPM_fr.pdf. ( Octobre 2018). Consulté 23 janvier 2021, à l’adresse https://www.ipcc.ch/site/assets/uploads/sites/2/2019/09/IPCC-Special-Report-1.5-SPM_fr.pdf

Technologies d’émission négative (NET) : Leurs rôle pour les objectifs de l’accord de Paris ? – Rapport de l’EASAC, (février 2018). Consulté 3 janvier 2021, à l’adresse https://www.academie-sciences.fr/fr/Reseaux-internationaux-dacademies/negative-emission-technologies-what-role-in-meeting-paris-agreement-targets.html

Ricke, K. L., Millar, R. J., & MacMartin, D. G. (2017). Constraints on global temperature target overshoot. Scientific Reports, 7(1), 14743. https://doi.org/10.1038/s41598-017-14503-9

GIEC, 2007: Résumé à l’intention des décideurs. In: Changements climatiques 2007 : Les éléments scientifiques. Contribution du Groupe de travail I au quatrième Rapport d’évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat. [Solomon, S., D. Qin, M. Manning, Z. Chen, M. Marquis, K.B. Averyt, M.Tignor et H.L. Miller (éds.)]. Cambridge University Press, Cambridge, UK et New York, NY, USA.

 

A propos de Wilem JEAN

Juriste spécialiste en DROIT DE L'ENVIRONNEMENT, DES TERRITOIRES ET DES RISQUES et actuellement en formation M II DROIT GESTION ENERGIE ET DEVELOPPEMENT DURABLE.

Wilem JEAN

Juriste spécialiste en DROIT DE L'ENVIRONNEMENT, DES TERRITOIRES ET DES RISQUES et actuellement en formation M II DROIT GESTION ENERGIE ET DEVELOPPEMENT DURABLE.

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