Les abeilles : actrices majeures de l’agriculture

 

Selon Einstein, « Si les abeilles disparaissent, l’espèce humaine n’aura plus que quatre années à vivre ». Bien que l’on puisse douter de la nature entomologiste de cet éminent scientifique, la situation des abeilles reste toutefois préoccupante et mérite d’être discutée. Leur disparition serait sans conteste une catastrophe écologique majeure.

Leur rôle au sein de l’écosystème :

Les abeilles butinent les plantes pour se nourrir de leur pollen. En butinant, elles transportent les grains de pollen d’une fleur mâle à une autre femelle afin de permettre leur reproduction. Des centaines de milliers d’espèces végétales dépendent donc de leur travail pour se reproduire, selon l’INRA cela représente 80% des plantes à fleur et selon Greenpeace, 75% de la production alimentaire mondiale. D’autres acteurs interviennent aussi à cette fin comme le vent, ou d’autres insectes mais leur activité reste marginale. En revanche, leur survie est loin d’être assurée puisqu’on a pu relever que la biomasse d’insectes pouvait décliner de 75% dans certaines régions européennes.

Sans le processus de pollinisation de l’abeille, ce serait donc une perte majeure de graines et de fruits essentiels à notre alimentation. L’alimentation se résoudrait autour des seules plantes non dépendantes de la pollinisation, à savoir les céréales principalement.

Les causes de disparition :

Aujourd’hui, ce sont 10 milliards d’abeilles qui meurent chaque année. Les causes sont nombreuses. Les causes naturelles favorisent leur disparition : changements climatiques, météo (en France, l’hiver accuse 25 à 30% de pertes), manque de diversité florales, maladies, nuisibles (1), ou encore les prédateurs naturels.

L’activité humaine reste toutefois la source de disparition majeure au travers de l’utilisation de pesticides. Il s’agit de produits toxiques utilisés en agriculture (comme pour les champs de colza), et en usages domestiques pour protéger les plantes, et se débarrasser d’insectes nuisibles (fongicides, insecticides herbicides…). Ces pesticides composés de néonicotinoïde agissent sur le système nerveux central des abeilles. Leur développement en est ralenti, il crée des malformations qui peuvent les empêcher par exemple de voler, et surtout ils génèrent une perte d’orientation des abeilles. Beaucoup sont aujourd’hui interdits ou réglementés en Europe.

En France, on retrouve le débat sur le glyphosate, un type d’herbicide représentant 8000 tonnes par an. Il permet de préparer les sols avant les cultures, faisant gagner un temps précieux pour les agriculteurs et des économies de coûts de production. Son utilisation est controversée car au-delà de son impact sur les insectes, il serait potentiellement cancérigène, ou mutagène pour l’Homme. La communauté scientifique reste toutefois divisée sur cette question. Emmanuel Macron s’est toutefois prononcé à l’origine pour sa sortie d’ici 2021. Aujourd’hui, la tendance est à la baisse, -30% d’utilisation en 2019, mais il reste encore largement utilisé. La France, première puissance agricole européenne se place en chef de file dans la stratégie de sortie du glyphosate au niveau européen. Promesse à moitié tenue donc…

Les conséquences et mesures prises

Pour revenir à nos petites abeilles, on commence aujourd’hui à se rendre compte de leur essentialité. Et notamment en Chine dans le Sichuan où des « hommes-abeilles » pollinisent manuellement leurs cultures, les abeilles ayant presque totalement disparu.

On peut facilement imaginer qu’à terme, il sera compliqué de reproduire efficacement leur travail. D’autant plus que les abeilles accomplissent leur mission gratuitement. La valeur économique des pollinisateurs est évaluée entre 235 à 577 milliards de dollars (USD) par an. Le 29 avril 2009, le rapport français Chevassus-au-Louis intitulé “Approche économique de la biodiversité et des services liés aux écosystèmes, Contribution à la décision publique” se penche sur l’économie de la biodiversité afin de l’intégrer dans l’élaboration de politiques publiques. Le rapport TEEB (the economics of ecosystems and biology(2) se penche également sur l’évaluation du coût global de la dégradation de la biodiversité par la société.

La France a aussi adopté le « plan pollinisateur », un plan national d’action visant à définir des actions nécessaires à la conservation et à la restauration des espèces les plus menacées (3). Il s’articule autour de trois grands axes : mieux connaître les pollinisateurs, les faire connaître, et mieux les prendre en compte. On a également mis en place un plan global pour l’apiculture durable.

La Commission européenne, le Conseil et le Parlement se sont également mobilisés sur ces questions. La préservation de la biodiversité est devenue un enjeu majeur de son programme, notamment au travers du programme “Natura 2000”. La PAC contribue au financement de Natura 2000 par l’intermédiaire de son pilier « développement rural ». Elle entend promouvoir une agriculture performante en matière de climat, d’énergie, de protection des sols, de l’eau et de la biodiversité. Depuis 1992, le programme Life soutient la législation et les politiques environnementales de l’UE.

Conclusion :

Nul doute qu’il existe un lien fort entre l’agriculture et la biodiversité. Il s’agit aujourd’hui d’unir une agriculture économiquement viable et compétitive, avec la préservation de la santé, et de la biodiversité. Les tendances sont variables en Europe. Elle importe majoritairement ses cultures de soja du Brésil, acteur de la déforestation en Amazonie ; mais aussi ses pesticides encore largement utilisés sur le continent. Les réformes de la PAC sont encore insuffisantes, le New York Times l’a même qualifié de « système de subventions délibérément opaque, faussé par la corruption et le conflit d’intérêts, et qui sape complètement les objectifs environnementaux de l’Union ».

Le monde s’inscrit aujourd’hui dans une mutation nécessaire, et par extension par celle du secteur agricole. Des solutions existent : elles passent par la réduction des produits pesticides, la diversification des cultures, de nouvelles associations entre productions animales et végétales, la réimplantation d’éléments naturels… Ces solutions restent toutefois insuffisantes faute de politiques publiques suffisamment contraignantes. L’innovation joue également un rôle dans cette transition notamment grâce à des “smart farms” permettant une gestion intelligente des exploitations.

En attendant tous ces changements, prenons soin de nos “Queen Bee” !

Julia Lipinski

Sources :

https://theconversation.com/les-insectes-ces-super-heros-148956

https://www.nationalgeographic.fr/environnement/disparition-des-abeilles-hecatombe-involontaire

https://www.inrae.fr/recherche?inrae_prod%5Bquery%5D=abeilles

https://www.lemonde.fr/planete/article/2017/03/18/ce-que-les-monsanto-papers-revelent-du-roundup_5096602_3244.html

https://www.lemonde.fr/planete/article/2014/04/23/dans-les-vergers-du-sichuan-les-hommes-font-le-travail-des-abeilles_4405686_3244.html

 

(1) www.europe-aliens.org

(2) http://teebweb.org/about/

(3) https://pollinisateurs.pnaopie.fr/wp-content/uploads/2018/07/3993_pagesdynadocs570e1d6156925.pdf.

A propos de Julia LIPINSKI

Titulaire d'une licence en droit mention droit public, et d'un Master 1 droit public général de la faculté de Nancy, j'ai finalement décidé d'orienter mon parcours vers le domaine des énergies. Je me spécialise donc au travers de ce Master 2 droit et gestion des énergies et du développement durable de la faculté de Strasbourg.

Julia LIPINSKI

Titulaire d'une licence en droit mention droit public, et d'un Master 1 droit public général de la faculté de Nancy, j'ai finalement décidé d'orienter mon parcours vers le domaine des énergies. Je me spécialise donc au travers de ce Master 2 droit et gestion des énergies et du développement durable de la faculté de Strasbourg.

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