« Rouler écologique ? Roulez électrique ! » le mensonge qui arrange tout le monde

 

 

 

Avant-propos : les études utilisées dans cet article sont toutes publiques. Des liens vers ces dernières sont présents dans la partie « source ». Le but de ce texte n’est pas de dénigrer les véhicules électriques au profit de ceux thermiques mais de souligner qu’il n’existe pas de solution miracle à l’amélioration d’un écosystème.

Tout avantage exige un coût.

 

*             *             *

 

Le président Emmanuel Macron le 13 Février 2020, en parlant de l’écologie « Ce sera le combat du siècle ». Tandis que l’actualité place la sauvegarde de l’environnement comme principal enjeu de notre génération, l’un des chevaux de bataille de cette lutte sera la révolution des transports. Alors qu’une dynamique incroyable procure aux véhicules électriques une image écologique et innovante, observons les conséquences de ce nouvel âge d’or automobile et l’effet pervers qu’il provoque.

 

                    I. L’automobile électrique, un futur Eldorado

 

Les véhicules électriques représentent pour le moment un marché de niche : seulement 1.9% des nouvelles immatriculations en 2019 selon l’Insee1. La situation du marché automobile actuelle est d’ailleurs peu optimiste. En octobre 2020, la vente de voitures neuves pour particuliers a connu une chute de 9.5% par rapport au même mois l’année précédente2.

Volkswagen annonce cependant à la mi-Novembre un projet d’investissement à hauteur de 73 milliards d’euros dans « la voiture du futur »! General Motors annonce lui une injection de 25 milliards d’euros dans l’innovation électrique d’ici à 20254. Ces financements peuvent sembler étonnants en cette période troublée et dans un contexte automobile vacillant ; elles traduisent pourtant bien les enjeux colossaux de ce secteur. Car l’avenir radieux des véhicules électriques est assuré.

Tout d’abord au vu de l’opinion publique. Selon un sondage BVA5 réalisé en septembre 2020, la moitié des Français propriétaires de voiture envisagent le remplacement de cette dernière par un modèle électrique. C’est un taux déjà élevé, qui devrait aller en s’accroissant. Le nombre de véhicule électrique vendus en France s’est accru de 40% durant l’année 20196. Les arguments les plus plébiscités par la population sont : l’innovation pour 94% des sondés et le respect de l’environnement pour 91% d’entre eux7. L’image moderne et propre des véhicules à batterie est d’ailleurs constamment mise en valeur par les grandes firmes automobiles, tandis que les aides d’Etats encouragent encore d’avantage cette transition de la thermique vers l’électrique.

Déjà en 2018, Nicolas Hulot avait l’objectif de multiplier par 5 la vente de véhicules électriques pour 2022. Désormais, des primes à la conversion permettent de bénéficier d’une aide pouvant aller jusqu’à 80% de la valeur du véhicule. De plus, le bonus écologique propose de couvrir plus d’un quart du coût d’acquisition d’un véhicule propre (même pour un vélo électrique).

Alors que la principale critique de ce type d’engin est le manque de bornes de recharges, le programme Advenir prévoit la pose de 14 000 points de recharge pour fin 2020 et il est possible grâce à la loi finance de bénéficier d’un crédit d’impôt pour l’installation d’une borne à son domicile. Enfin, le projet de loi du 18 Juin 2019 validé par le Sénat et l’Assemblée Nationale acte l’interdiction de la vente de véhicules thermiques neufs à partir de 20408.

L’avenir des véhicules électriques est donc effectivement assuré ! Des investisseurs aux moyens gigantesques, une opinion publique sensible à la cause environnementale et donc relativement acquise à ces voitures innovantes, ainsi qu’une politique incitative menant vers le tout électrique d’ici 20 ans.

Et pourtant tout n’est pas rose (enfin vert).

 

                    II. Une voiture propre, mais sale quand même

 

A l’horizon 2024, 7,5% des voitures produites seront électriques selon une étude de la filiale de EDF Enedis9. Une hausse motivée par l’aspect responsable de ces véhicules selon le réalisateur de l’enquête. Néanmoins au stade de la fabrication, la voiture électrique émet environ 50% de Co2 en plus qu’une voiture thermique, selon le chef adjoint du service transports et mobilité de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie10. La voiture électrique est donc plus nuisible à l’environnement que la voiture thermique lors de sa conception.

Au niveau du carburant utilisé, l’argument phare des constructeurs est l’absence d’émissions réalisées par les voitures électriques. On voit ainsi les inscriptions ZE « zéro émission », comme par exemple sur la gamme électrique de la marque Renault. Pourtant l’électricité présente dans la batterie a belle et bien une provenance. Selon l’International Energy Agency11, la production électrique mondiale en 2018 est constituée à 74.08% d’énergies fossiles (dont le nucléaire12 qui est actuellement sujets à de vifs débats). Il est alors totalement possible (et même probable) de rouler dans une voiture zéro émission alimentée par une énergie carbonée ou nucléaire. Malgré ce paradoxe et une conception plus polluante, la voiture électrique est aujourd’hui moins émettrice de CO2 qu’une voiture thermique (entre 25% et 100% de moins selon le type d’étude et le pays d’utilisation) et en cela, elle pourrait limiter l’émission de gaz à effet de serre.

Regardons désormais la consommation d’énergie primaire entre un véhicule diesel et un véhicule électrique sur l’ensemble de son cycle de vie. Une étude impartiale effectuée par un institut français indépendant (ADEME) au côté d’ONG environnementales ainsi que de représentant du secteur automobile a été réalisée à ce sujet ; les chiffres datent de 201213. On peut étonnamment y observer que la consommation totale d’énergie primaire d’un véhicule électrique n’est pas inférieure à celle d’un véhicule diesel. Bien que le véhicule thermique émette davantage de gaz à effet de serre, le nouveau véhicule électrique pose un problème d’acidification des sols et de pollution de l’eau à cause de l’usage intensif de terres et métaux rares, indispensable à sa conception. A ce stade, on peut donc estimer que le rapport coût-avantage entre un véhicule thermique et un véhicule électrique est équilibré.

La principale critique des véhicules « verts » se situe dans le recyclage des composants. La plupart des minéraux présents dans les véhicules ne sont pas réutilisés. Pour exemple, l’un des métaux rares présent dans les batteries électriques est le lithium. Ce dernier est compliqué à valoriser du fait de la séparation de divers éléments chimiques dangereux, qui est complexe, longue et coûteuse. Un rapport de l’ADEME datant de 2018 stipule que seul 1% de l’offre totale de lithium est issue de produits recyclés14. Ce produit chimique est partiellement réexporté15 et entreposé. Tandis que la pluie va dégrader le lithium (qui est très réactif à l’eau) et faire pénétrer en terre divers solvants et acides.

Pour grossièrement résumer, au lieu de polluer l’air désormais nous empoisonnons le sol. Le problème a été déplacé, mais en aucun cas réglé. Comme l’extrême majorité des terres rares sont exploitées loin d’ici (en Chine et en Australie principalement)16, l’écocide sera moins visible.

 

                    III. Un plan de relance faussement vert

 

Au vu des éléments précédents, il semble compliqué de pouvoir faire consensus entre les moyens de transport électrique et thermique dans un contexte concurrentiel. Et c’est ici que la politique gouvernementale ultra incitative va poser problème.

La volonté de l’Etat qui pousse à la consommation de véhicules neufs est une catastrophe environnementale. La conception d’un véhicule est l’une des phases les plus polluantes de son cycle de vie et encore d’avantage lorsqu’il est électrique. Il est assurément préférable d’exploiter sa voiture entièrement, plutôt que de la mener à la casse prématurément au profit d’un modèle plus moderne17. La volonté des plans d’Etats à pousser à la consommation va provoquer un problème de gestion des casses mais surtout un drame écologique dû au renouvellement prématuré du parc automobile. De surcroît, tandis que l’autonomie de la voiture électrique est sa principale faiblesse auprès des consommateurs, l’innovation va être axée sur des batteries plus performantes, donc plus riches en terres rares et finalement plus polluantes. L’honnêteté voudrait au moins que des barèmes soient édictés pour les véhicules électriques selon leur impact environnemental, sur le même principe que les véhicules thermiques. Actuellement ces barèmes ne sont pas étudiés.

En revanche cette régénération de la demande automobile est une aubaine formidable pour les firmes du secteur, et cela justifie leurs investissements exorbitants dans le développement de la voiture de demain. On estime que la plupart des pays auront engagés un virage vers l’automobile électrique d’ici à 2100. Cela implique la transformation d’un parc automobile composé actuellement de plus de 2 milliards de véhicules18. Assurément un nouvel âge d’or automobile…

Finalement rouler électrique c’est très rentable pour certain, mais ce n’est écologique pour personne.

 

NICOT Timothé

 

Sources :

 

1 : https://www.insee.fr/fr/statistiques/2015220

2 : https://pro.largus.fr/images/articles/94/flash-marche-aaa-data-octobre-2020.pdf

3 : https://www.bfmtv.com/auto/voitures-du-futur/volkswagen-va-investir-73-milliards-d-euros-dans-la-voiture-du-futur_AD-202011140103.html

4 : https://www.lesnumeriques.com/voiture/general-motors-va-depenser-27-milliards-de-dollars-pour-30-nouveaux-vehicules-electriques-d-ici-2025-n157449.html

5 : https://www.bva-group.com/sondages/francais-changement-climatique/

6 : http://www.fiches-auto.fr/articles-auto/l-auto-en-chiffres/s-1941-evolution-du-nombre-de-voitures-electriques-vendues-en-france.php

7 : https://www.ipsos.com/fr-fr/les-francais-de-plus-en-plus-branches-la-voiture-electrique

8 : https://www.legifrance.gouv.fr/dossierlegislatif/JORFDOLE000037646678/

9 : https://www.leparisien.fr/environnement/transition-connectee/les-francais-et-le-vehicule-electrique-11-10-2019-8166213.php

10 : https://www.leparisien.fr/automobile/voiture-electrique-ou-thermique-laquelle-pollue-le-plus-12-08-2019-8132190.php

11 : https://www.iea.org/data-and-statistics/data-tables/?country=WORLD&energy=Electricity

12 : Gestion des déchets nucléaires haute intensité en France (article du Blog) à http://blog.bio-ressources.com/2020/11/28/que-deviennent-l…actifs-en-france/ (bio-ressources.com)

13 : Consommation d’énergie primaire selon le type de véhicule ADEME (page 3) et impact sur l’environnement selon le type de véhicule (page 12).

https://www.ademe.fr/sites/default/files/assets/documents/avisademe-vehicule-electrique.pdf

14 : Le lithium recyclé représente aujourd’hui moins de 1 % de l’offre totale (page 42)

https://www.connaissancedesenergies.org/sites/default/files/pdf-actualites/electrification-parc-automobile-criticite-lithium-horizon-2050_2018.pdf

15 : http://www.bsi-economics.org/images/articles/050418.pdf

16 : https://fr.statista.com/statistiques/570471/principaux-pays-producteurs-de-terres-rares/

17 : https://www.cnetfrance.fr/cartech/ecologie-vieilles-voitures-prime-casse-39386663.htm

17 bis : https://www.challenges.fr/automobile/dossiers/pollution-et-si-garder-sa-vieille-voiture-etait-la-solution_

18 : http://carfree.fr/parc-automobile-mondial-temps-reel.html

A propos de Timothé NICOT

Etudiant en Master 2 Dgedd. Dans ma future profession, je souhaite œuvrer pour une meilleure conciliation des enjeux économiques et environnementaux.

Timothé NICOT

Etudiant en Master 2 Dgedd. Dans ma future profession, je souhaite œuvrer pour une meilleure conciliation des enjeux économiques et environnementaux.

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.