Covid-19 et responsabilité de l’Homme : de nouvelles pandémies à venir ?

 

Au cours de ces dernières décennies, les maladies infectieuses ont souvent été la conséquence de l’activité humaine, empiétant sur l’animal sauvage et sur son habitat naturel. Le constat est déplorable : nous sommes responsables des pandémies.

La crise sanitaire actuelle liée à la propagation de la Covid-19 n’est pas la première que connait l’humanité. L’histoire a notamment été marquée par les épidémies de SRAS et par les grippes aviaires. Ces maladies ont un point commun : ce sont des « zoonoses », c’est-à-dire des maladies qui se transmettent de l’animal à l’Homme. Serge Morand, chercheur au CNRS, explique que « les zoonoses ont comme point de départ la domestication animale » : il existe une corrélation ; plus on domestique un animal et plus cette domestication est forte, plus le nombre de maladies infectieuses qu’il transmet augmente. La vache, par exemple, nous a donné énormément de virus parmi lesquels on peut citer la variole, la rougeole mais encore les oreillons.

De plus en plus de scientifiques affirment que la faute incomberait uniquement aux faits de l’Homme lequel, à travers son développement, bouleverse les écosystèmes. L’empreinte humaine a un impact certain sur le vivant et sur notre planète, nous le savions déjà ; mais c’est la première fois qu’un effet boomerang nous fait face de manière aussi forte.

La nouveauté est que les maladies nous viennent désormais d’espèces animales telles que les chauves-souris. Ce phénomène récent est dû à la cohabitation trop étroite et artificielle des hommes avec les animaux sauvages. L’émergence du Covid-19 n’y échappe pas, même si les conditions précises de sa transmission font encore l’objet de recherches.

Cette cohabitation forcée est surtout le cas dans les tropiques. En effet, on y trouve de en plus en plus d’humains qui empiètent davantage sur les forêts. La superficie forestière par habitant nous permet de le constater : en quelques années seulement, celle-ci a été divisée par deux. La conséquence est la suivante : en ne laissant pas d’autres choix aux animaux sauvages que de se rapprocher des zones habitées pour survivre et en empiétant sur leur habitat naturel, on compresse les animaux sauvages et on augmente ainsi les maladies. Une densité forte des animaux favorise effectivement la transmission de pathogènes. 

Malheureusement, les animaux capables de s’habituer le plus rapidement à une vie étroite avec l’homme sont les espèces dites généralistes : les rats, les chauves-souris, les moustiques. Ce sont les plus susceptibles d’attraper des virus et des pathogènes et, si ils y ont développé des résistances, ils n’en sont pas moins porteurs, ce qui peut nous contaminer.

Néanmoins, la contamination des humains ne se fait pas comme cela. Elle vient le plus souvent d’un animal sauvage qui va utiliser une « espèce relai » pour muter et s’adapter à nous. Ce sont soit des espèces sauvages -comme la viande de singe qui a été l’un des vecteurs du virus Ebola- soit des espèces domestiquées comme le cochon ou la vache. Ces espèces sauvages et domestiques se rencontrent alors qu’elles ne le devraient pas, par le biais de l’activité humaine. Ces points de rencontres sont nombreux, tels que sur les répandus marchés d’animaux sauvages en Chine. En Malaisie, par exemple, dès la fin des années 1990 de nombreuses forêts ont été converties en terres agricoles pour l’élevage afin d’y installer des fermes à cochons. Les animaux sauvages autant que ceux d’élevage mangeaient les mêmes fruits ce qui a contaminé les cochons qui ont à leur tour contaminé les éleveurs : on a déploré une centaine de morts humaines et un million de cochons abattus en urgence. Le relai était donc le cochon qui a permis au virus d’atteindre les humains. Ces cochons n’avaient néanmoins rien à faire près des forêts, ils étaient destinés à l’exportation : la responsabilité incombe aux choix humains.

Cette responsabilité va plus loin : on peut désormais traverser le monde en quelques heures, la population mondiale ne cesse de croitre et il faut avoir conscience qu’une personne sur huit vit dans un bidonville avec ainsi une mauvaise hygiène. La conséquence directe est que les maladies se propagent plus loin, plus vite et à davantage de monde. Selon une étude publiée en 2008 dans la revue Nature « l’émergence de maladies est le résultat de changement anthropique et démographique, il s’agit d’un coût caché du développement économique humain ». En détruisant les écosystèmes, en autorisant l’abattage des animaux pour le trafic d’espèces sauvages ou la déforestation pour extraire toujours davantage de matières premières et en multipliant les élevages intensifs dans lesquels les conditions sanitaires et les normes éthiques sont, certes, légales mais bien souvent déplorables, l’homme favorise la diffusion de nouveaux agents pathogènes. Il se met lui-même en danger et s’expose à de nouvelles maladies. Ce serait donc nos modes de vie qui seraient à l’origine de la propagation des pandémies.

D’après certains scientifiques, environ 320 000 virus existent chez les mammifères qu’on ne connait pas encore. Le contact entre l’Homme et les espèces sauvages, forcé par nos activités, nous vaudra sans doute d’autres virus dont les conséquences sont difficiles à prévoir mais pourraient bien être catastrophiques.

Une prévention efficace passe donc par le respect de la biodiversité, par de nouvelles politiques pédagogiques dans les zones à risques afin de sensibiliser à ces enjeux, par le changement de nos comportements, par davantage de sobriété dans nos achats, nos modes de consommations et notamment par de nouvelles méthodes en matière d’agriculture et d’élevage. 

La crise actuelle liée à la propagation du Covid-19, fondée sur une crise écologique, environnementale mais aussi humaine est l’occasion de nous pousser à tous ces changements.

Sources :

 

Auteur – MARIE LAMBEAU

A propos de Marie LAMBEAU

Originaire de Nice, je suis venue dans la capitale européenne de Strasbourg pour parfaire ma formation juridique. Titulaire d'une licence de Droit Privé (faculté d'Aix-en-Provence) et d'un Master I Droit de l'Environnement et de l'Urbanisme (faculté de Strasbourg) complété par une formation en droit animal du Collège Doctoral Européen de Strasbourg, je me suis tournée vers un Master II en droit des énergies et développement durable afin d'intégrer un cabinet d'avocats spécialisé en droit international de l'environnement et en droit de la santé.

Marie LAMBEAU

Originaire de Nice, je suis venue dans la capitale européenne de Strasbourg pour parfaire ma formation juridique. Titulaire d'une licence de Droit Privé (faculté d'Aix-en-Provence) et d'un Master I Droit de l'Environnement et de l'Urbanisme (faculté de Strasbourg) complété par une formation en droit animal du Collège Doctoral Européen de Strasbourg, je me suis tournée vers un Master II en droit des énergies et développement durable afin d'intégrer un cabinet d'avocats spécialisé en droit international de l'environnement et en droit de la santé.

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