La politique de transition énergétique au Costa Rica, une réussite ?

novembre

La réduction des émissions de CO2 apparaît comme une préoccupation primordiale, au regard de la dégradation progressive de l’environnement. On constate pourtant que l’importance qui est accordée à cette problématique reste limitée dans beaucoup d’Etats, en raison du coût économique d’une politique environnementale efficace. Cependant, le Costa Rica impressionne par sa volonté de prendre à bras-le-corps le problème malgré son niveau de développement encore modeste. Le pays se targue d’avoir réalisé de grandes avancées  mais peut-on vraiment parler d’une transition énergétique en voie de réussir ?

 

Vers une production d’énergie plus propre

La politique Costa Ricaine en matière de transition énergétique vise à réduire le plus possible l’usage d’énergie provenant de la combustion de pétrole raffiné, énergie polluante et dont les ressources sont épuisables. L’Etat cherche à remplacer cet usage par celui d’énergies dites « renouvelables » (des E.N.R.), qui elles sont considérées comme raisonnablement propres et inépuisables :

    • L’énergie hydroélectrique est apparue comme la plus facile à produire, car le Costa Rica est une région très pluvieuse. Les réserves d’eau retenues par des barrages se remplissent donc à un rythme soutenu, constituant ainsi d’importantes réserves d’énergie.

 

    • Le sol très volcanique du Costa Rica en fait un lieu favorable à la production de l’énergie géothermale

 

    • Faisant face aux limites de la production de ces deux énergies, le pays a dû avoir recours à d’autres sources renouvelables : les énergies éoliennes et solaire, ainsi l’énergie tirée de la biomasse.

 

Une politique de développement des industries relatives aux énergies renouvelables

Le pays a établi une planification de sa politique de transition énergétique par le biais de lois de programmation. De cette manière le gouvernement peut :

    • Anticiper l’intensité de l’augmentation des besoins nationaux en termes d’énergie

 

    • Prévoir un développement de l’industrie des énergies renouvelables suffisant pour réduire progressivement la part d’énergie fossile dans la production générale nationale

 

De plus si la production d’électricité relevait initialement du monopole de l’Institut Costaricain de l’Electricité (ICE), structure du secteur public et par conséquent contrôlée par l’Etat, elle a été ouverte aux initiatives du secteur privé en 1990, de manière attirer des financement pour développer la production d’électricité propre.

L’Etat costa ricain a également voulu inciter ses habitants à utiliser des véhicules électriques en créant des exonérations relatives aux taxes sur la consommation de tels produits, ce qui a permis d’augmenter la demande nationale en électricité au dépend de celle en carburants issus du pétrole. Cela a permis de générer pour l’ICE, qui est chargé de la distribution de l’électricité, un besoin d’acheter de plus grandes quantités de cette énergie aux producteurs privés.

 

Une politique de réduction de la consommation générale d’énergie

Une politique de transition énergétique implique de ralentir l’augmentation exponentielle des consommations d’énergie qui coïncide avec la croissance démographique, le développement du niveau de vie de la population et l’innovation technologique.

Depuis 1994 chaque entreprise consommant plus de 240 MWh par an doit établir un « Programme d’utilisation rationnelle de l’énergie », qui doit être validé par le ministère de l’environnement et de l’énergie.

C’est à partir de la même année qu’ont commencés à être créés des labels pour un certain nombre de produits consommant de l’énergie, ces labels n’étant accordés qu’aux produits respectant les standards minimaux d’utilisation raisonnée de l’énergie. De cette manière, l’Etat entend mieux informer les consommateurs sur les moyens de réduire leur consommation d’énergie et donc leurs factures.

Enfin, l’éducation à l’utilisation rationnelle de l’énergie a été inscrite aux programmes de l’enseignement primaire et secondaire. L’objectif est de créer chez les enfants une culture de l’économie d’énergie en développant leur conscience des problématiques environnementales, et donc de modifier progressivement les comportements de la population costa ricaine.

 

Une transition énergétique réussie concernant la production d’électricité

Le pays est parvenu à atténuer drastiquement l’augmentation de la consommation d’électricité, malgré la croissance du nombre d’habitants : l’augmentation de cette consommation entre 2000 et 1990 était d’environ 99,5 %, alors qu’elle n’était plus que de 17,62 % entre 2008 et 2010. Cette victoire s’est-elle faite au prix d’un ralentissement de la croissance économique du pays ? Apparemment non, puisque selon les données de la Banque Mondiale, le PIB par habitant est en augmentation constante depuis les années 80.

D’après les communications du Centre national de contrôle de l’énergie au Costa Rica, le pays a pu atteint les 99,9% de part d’énergie renouvelable dans la production nationale d’électricité. Ce succès a pu être réalisé tout d’abord grâce à un fort développement de la production d’électricité provenant de centrales hydroélectriques et géothermiques. Ce dernier s’est cependant révélé insuffisant au regard de l’augmentation de la consommation d’électricité (La part d’énergie hydroélectrique dans la production n’a pu être élevée au-dessus des 75%, et la part d’énergie géothermique diminue progressivement pour n’être plus que de 8,5% de la production en 2018). L’aboutissement de la transition énergétique dans la production d’électricité a donc finalement aussi reposé sur le développement prometteur de la production d’énergie éolienne depuis 2010 qui constituait déjà 12,05 % de la production générale d’électricité en 2018, part qui ne cesse d’augmenter. L’énergie solaire et l’énergie tirée de la biomasse n’ont quant à elles encore eues que relativement peu d’impact.

 

Un bilan décevant concernant la production générale d’énergie

Le Costa Rica a pu réaliser une impressionnante réduction de la consommation générale d’énergie depuis les années 2000 : l’augmentation de cette consommation entre 2000 et 2010 était d’environ 75,25 %, alors qu’elle n’était plus que de 4,64 % entre 2008 et 2018

Il n’y a néanmoins pas eu de réduction de la part d’énergie fossile dans la production générale : Cette dernière reste stabilisée au-dessus des 50%. Ce bilan s’explique notamment par les consommations encore trop importantes d’énergie fossile dues aux industries polluantes et aux véhicules non-électriques. Par ailleurs, la production d’énergie renouvelable se révèle encore insuffisante pour compenser l’augmentation de la consommation générale d’énergie.

S’il y a de plus en plus de consommation d’énergie issue de la combustion de pétrole, la quantité de gaz à effet de serre relâchés dans l’atmosphère est donc de plus en plus importante.  Les émissions de CO2 ont en effet augmentées d’environ 188 % entre 1990 et 2016.

En réaction à ce bilan mitigé, le gouvernement costa ricain a mit en place un plan de décarbonation consistant à atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Cette neutralité carbone consiste à faire disparaître intégralement les émissions de gaz à effet de serre dues aux activités humaines et ne pouvant pas être captées par les sols, les étendues d’eau et les végétaux.

 

Sources :

  • Données de l’agence international de l’énergie sur la production d’énergie du Costa Rica, et sur les politiques nationales de transition énergétique : https://www.iea.org/countries/costa-rica

 

 

A propos de Victor BOUILLARD

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