La course à « l’or bleu »

 

 

Le 28 juillet 2010, une résolution de l’ONU a fait de l’eau potable un droit humain inaliénable, universel : « Le droit à l’eau garantit, à chaque être humain de disposer pour son usage personnel et domestique d’une eau abordable et saine, en quantité suffisante, de qualité acceptable et accessible » 

Mais la réalité écologique et économique pousse certains pays à revoir leur système de distribution de l’eau, certains choisissant de transformer cette ressource naturelle considérée comme un « droit universel » en une marchandise lambda subissant inéluctablement les lois du marché.

La solution de privatisation de l’eau

Des pics de température à 45 degrés, des régions entières sans précipitation, continent le plus sec de la planète; l’Australie s’est vue obligée de revoir sa politique de répartition de l’eau. Afin de lutter contre ses pénuries d’eau, le gouvernement a fait le choix de la rationner.

Système imaginé par Mike Young, économiste mondialement reconnu. Il attribue un quota aux principaux consommateurs, que ce soit des particuliers ou des entreprises, ce droit est calculé selon les besoins, les réserves existantes et les prévisions météos.

Il est donc possible de se placer sur le marché de l’eau pour acheter des droits ou vendre les siens.

S’achetant en un seul clique sur une application smartphone fonctionnant 24h/24, le prix varie chaque jour en fonction de l’offre, de la demande et selon la région visée.  Une fois la transaction enregistrée, les vannes des canaux d’irrigations s’ouvrent automatiquement et déversent les millions de litres au client ayant payé.

Un eldorado pour le monde financier …

Voyant une opportunité inouïe, des investisseurs se ruent sur cette matière première pour en faire du profit et seuls les grand exploitant ont les moyens de les concurrencer. Il y a donc possibilité d’acheter de l’eau pour la consommer ou simplement spéculer dessus. On parle d’un rendement atteignant les 25%.

La Plateforme Australienne Waterfind spécialisée dans le courtage en eau, le conseil et le transfert de propriété, produit aujourd’hui un chiffre d’affaire supérieur à 2 milliards de dollars. Le prix est en moyenne fixé à 500 dollars le million de litres. (Mégalitre)

… une descente aux enfers pour les exploitants

La crise de l’eau à précipiter la liquidation de centaines d’exploitations agricoles dans le pays. D’ici à 2050, la moitié de la population risques de vivre avec des ressources limitées, l’époque de l’abondance semble ainsi révolue.

Afin de continuer à subvenir aux besoins de son exploitation, Bart Dohan éleveur-laitier achète de l’eau supplémentaire sur des marchés privés :

« Pour nourrir mes vaches cela me couterait environ 300 000 dollars par an. Cela nous étrangle. L’eau est à disposition à mes pieds, au sein de ce courant d’eau, mais je ne peux l’utiliser sans en avoir l’argent.

N’ayant pas les moyens de satisfaire leurs besoins, mes bêtes produisent 50% de lait en moins.  On nous prive d’eau, de la vie, tout ce que l’on espère est qu’ils pleuvent, que les rivières se remplissent afin de ne plus à devoir passer par les marchés, mais est-ce que cela se produira nouveau ? Nous ne le savons pas. »

Une solution durable ou l’unique solution ?

Dans un premier temps, cette solution de régulation de l’eau était bien reçue par les associations écologiques et le public, pensant qu’elle permettrait une meilleure utilisation et répartition de l’eau mais la loi du marché s’est imposée.

Les financiers soutiennent le fait « qu’en fixant un prix à l’eau, on apprendra à mieux la respecter, afin qu’à chaque gorgée, les gens réalisent qu’il y a un coup, qu’on tape dans leur portefeuille, comment voulez-vous qu’ils le réalisent si cela est gratuit ? Ce n’est pas parce que l’eau représente la vie qu’elle ne doit pas avoir un prix. »

Selon cette idéologie, la sècheresse serait synonyme de bonnes affaire et la pluie de baisse des cours financiers.

Le dérèglement climatique devient une variable de marché, l’eau passe de ressource naturelle à marchandise. Avec cette augmentation de valeur, l’eau est devenue plus rentable que la terre ou certaines cultures et devient dès lors beaucoup plus prisée. Plus une ressource est rare plus elle est chère. Ainsi avec le dérèglement climatique, l’augmentation des températures et la raréfaction de l’eau, l’idée de privatiser l’eau risque de se répandre à l’échelle mondiale.

Mais est-ce que privatiser l’accès à l’eau et la décréter comme un droit humain universel inaliénable permettra de répondre au défi des pénuries et d’une meilleure répartition, ou est-ce que cela nous amènera inéluctablement vers une folle course à « l’or bleu » ?

Source :

https://www.nationalgeographic.fr/environnement/lor-bleu-la-bataille-de-leau

https://www.unicef.fr/article/acces-l-eau-potable-une-grande-reussite-inachevee-travers-le-monde

https://www.waterfind.com.au/

https://www.liberation.fr/planete/2020/01/17/une-secheresse-d-une-intensite-sans-precedent_1773753

https://www.youtube.com/watch?v=LsanRHMTS2g&t=3517s

A propos de Clément VELTEN

Titulaire d'un Master I Administration Economique et Sociale, j'ai décidé d'orienter mon parcours vers le domaine de la transition énergétique. J'ai intégré le Master II Droit et gestion des énergies et du développement durables pour développer mes connaissances autour secteur porteur afin de me spécialiser dans les métiers de la rénovation énergétique.

Clément VELTEN

Titulaire d'un Master I Administration Economique et Sociale, j'ai décidé d'orienter mon parcours vers le domaine de la transition énergétique. J'ai intégré le Master II Droit et gestion des énergies et du développement durables pour développer mes connaissances autour secteur porteur afin de me spécialiser dans les métiers de la rénovation énergétique.

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