La particularité de la guerre de l’homme contre ses propres désirs

 

Aristote, Epicure, Spinoza, Freud, Hegel… Tous parlent du désir de l’être humain, soit comme la poursuite normale de son existence, de l’essence même de l’homme ou de son moteur, le temps de son existence. Tandis qu’on identifie une certaine intelligence dans les autres espèces animales, nous, nous pouvons reconnaître, lister, hiérarchiser, modeler, se refuser à, nos désirs. Ce qu’il y a de plus étrange encore dans les désirs, c’est leur subjectivité. Tout d’abord, chez un seul et même individu, il peut y avoir des désirs que l’on peut qualifier de « rationnels » (j’ai faim donc je veux manger) comme complètement « irrationnels » (le syndrome de Stockholm, célèbre). Les désirs d’un seul individu échappent à la propre logique de l’individu. De plus, lorsque l’on compare les désirs des uns et des autres, les dissonances peuvent être totales. Alors, les désirs deviennent incompréhensibles.

Pourtant, ils ne nous semblent pas si brumeux à tous, car les êtres humains partagent leurs désirs. D’abord, ils les partagent car la réalisation d’un désir peut nécessiter la participation de plusieurs individus, mais aussi parce-que nous en avons en commun. En effet, pourquoi une équipe, dans n’importe quel sport, gagne? Entre autre, parce-que tous les membres partagent le même désir: Gagner. Nous partageons donc nos désirs et, si nous les partageons avec nos pairs, alors ils nous paraissent découler d’une logique parfaitement humaine, ce sont des désirs « normaux ».

Y a-t-il un phénomène aussi puissant que celui du désir chez l’être humain? L’instinct peut-être? Celui de vivre. Toutefois, notre instinct de survie ne semble pas assez fort pour nous faire reconnaître à tous l’urgence climatique, discutable à nos désirs. C’est le cas: le désir de profiter de ce qui nous entoure, de l’énergie des carburants fossiles, nous amène toujours à profiter des joies de la civilisation, de la technologie, pour assouvir nos besoins, poursuivre nos désirs.

Alors, si nous sommes éternellement insatisfait, quel espoir pour notre environnement? Pour notre atmosphère? Pour notre survie? Le principe de développement durable n’est pas soutenable pour notre environnement et donc notre survie, seule la sobriété peut y parvenir. Or, sobriété est antagoniste de désir, de développement (dans une certaine limite). Sommes nous en guerre contre notre nature humaine, pour sa survie? Cela semble revenir à stopper pour avancer, s’astreindre à une cellule et espérer qu’y faire le tour sans cesse puisse nous permettre de vivre, si tel est ce que l’on appelle « vivre ».

Non. Le raisonnement porté jusqu’ici suivait un tracé voulu, reposant sur une hypothèse naturelle et inconsciente: celle que le désir n’est que matérialiste. Or, ce n’est pas le cas. Le bonheur, l’expression pure de la satisfaction, ne réside dans l’accumulation des richesses, mais dans l’importance qu’on y concède. Partant de ce fait, théoriquement, un caillou peut représenter pour tous un objet inestimable, même une feuille de papier. Car entreprendre d’accumuler pour satisfaire ses désirs, sans limite, c’est diminuer, peu à peu, le plaisir d’une richesse de plus, jusqu’à n’être plus satisfait de rien.

La morale épicurienne peut ainsi conseiller à l’homme qui veut être sage et heureux de procéder à une classification des désirs, dont on ne satisfera que ceux qualifiables de « naturels et nécessaires » : ce sont les plus élémentaires, donc les plus faciles à combler, et ils sont essentiels à la survie équilibrée de l’organisme, comme à celle de notre environnement. En cela, l’être humain est capable d’assouvir ses désirs, d’être heureux dans la réalisation de plaisirs simples.

Enfin, cette « morale » n’est pas innée. Afin d’y parvenir, nous y sommes soit éduqué, soit opposé, mais un travail est nécessaire, comme pour celui de se trouver place en société. Ainsi, la solution pour notre climat réside dans les nouvelles technologies, les avancées politiques et les lois, mais aussi dans la considération de nos désirs.

A propos de Pierre MINIER

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