La transition énergétique en Asie : les cas de la Chine et de l’Inde

 

À quel point la transition énergétique est-elle envisageable pour les pays les plus pollués et peuplés au monde comme la Chine et l’Inde ? D’un côté, la croissance économique massive a une incidence directe sur l’augmentation des besoins énergétiques et le choix d’une ressource fossile de base dans leurs mix énergétiques, à savoir du charbon.  De l’autre, les enjeux environnementaux mettent en exergue la nécessité du développement des énergies renouvelables. Ainsi, serait-il possible pour ces pays de diminuer leur dépendance fossile et de réussir une transition énergétique ?

 

La Chine et l’Inde ont un fort engagement pour la transition énergétique. Par exemple, selon le rapport de Global Wind Energy Council de 2019, la Chine et l’Inde font partie des cinq pays regroupant 73 % de l’ensemble des capacités éoliennes mondiales installées. En termes d’énergie solaire, le soutien des gouvernements indien et chinois accroît et stimule la compétitivité de leurs filières solaire, faisant d’eux les premiers acteurs au niveau mondial.

En général, les stratégies renouvelables des pays examinés sont axées principalement sur le développement des énergies éolienne et solaire, ce que nous étudierons par la suite.

« Go out policy » de la Chine : un cap sur l’énergie verte

La Chine est favorable à une politique d’internationalisation et d’investissements à l’échelle mondiale, pour l’industrie du solaire et de l’éolien.

En faisant partie des pays les plus pollueurs au monde (28 % des émissions mondiales de CO2), la Chine est aussi l’un des premiers acteurs de la transition énergétique, en restant néanmoins très dépendante des énergies polluantes (plus de 70 % d’électricité d’origine fossile), en particulier du charbon (plus de 10 000 mines).

Aujourd’hui, la politique environnementale chinoise (y compris le plan antipollution de l’air « Blue sky ») vise à encourager le développement des énergies durables. Cela se fait en ayant pour objectif d’atteindre 20 % d’ENR (en principe, éolienne, hydraulique et photovoltaïque) dans son mix d’ici 2030, et d’investir 373 milliards de dollars dans leur production. La Chine facilite également la construction de nouveaux parcs solaires en limitant les taxes. Il en va de même pour les parcs éoliens, avec pour exemple, une construction d’un parc éolien franco-chinois en mer de Dongtai de 502 MW.

De plus, de nombreux projets de création de nouvelles infrastructures pour la production d’acier, aluminium ou charbon, ont été interdits.

La production des cellules photovoltaïques est orientée généralement vers l’exportation. Grâce au soutien gouvernemental et à l’intensification de la production (ce qui découle de sa mécanisation et sa standardisation), la Chine concurrence intensivement des producteurs européens et nord-américains. Quant à l’industrie éolienne, étant donné la qualité des composants chinois et la maturité du marché éolien international, elle se développe plutôt localement.

Cependant, son réseau de transport ne s’est pas développé aussi vite que ses fermes éoliennes et photovoltaïques et son réseau de distribution n’est pas assez intelligent et flexible. Ensuite, même si la Chine représente 23 % de la production d’électricité photovoltaïque mondiale et possède 25 % du parc éolien mondial, son mix électrique est composé de moins de 3 % d’éolien et de moins de 2 % de photovoltaïque.

L’Inde et ses ambitions « renouvelables » : du local au global

Comme la Chine, la transition énergétique en Inde s’inscrit dans un contexte très favorable.

L’Inde s’est lancée dans une tâche audacieuse d’installer 175 GW de capacités renouvelables à l’horizon 2022. En 2019, l’énergie solaire en Inde produisait 33 GW contre 3 GW en 2015. À l’horizon 2030, le pays prévoit d’atteindre les 40 % d’ENR dans son mix énergétique total, en installant  227 GW de puissance renouvelable supplémentaire (principalement solaire). Il prévoit également l’abandon de l’exploitation des voitures à combustibles fossiles, la fin de l’utilisation du pétrole et une réduction de l’empreinte carbone de 30 % à 35 %.

L’Inde, possédant la centrale solaire de Shakti Sthala produisant 2GW, l’une des plus grandes au monde, s’est associée à la France, afin de créer l’Alliance Solaire International.

Concernant l’énergie éolienne, on peut observer le projet India Wind Power, qui regroupe plusieurs sites éoliens dans différentes régions indiennes.

L’énergie éolienne onshore représente plus de 47 %. L’Inde encourage également le développement de l’éolien offshore, afin de profiter du littoral de 7500 km de long, et est déterminée à parvenir à une capacité opérationnelle de 5 GW d’ici 2022, en vue de l’augmenter à 30 GW d’ici 2030. Afin de contribuer à la réalisation de ces objectifs, un centre d’excellence indo-danois pour les énergies renouvelables a été créé.

Cependant, même après avoir réalisé des progrès impressionnants, il y a toutefois des problèmes d’infrastructures et de financement (un manque de fonds propres), qui freinent le développement de l’industrie renouvelable.

Transition énergétique comme une solution envisageable

Malgré l’abondance et le prix peu élevé des ressources fossiles, tant la Chine que l’Inde, pays des plus touchés par le réchauffement climatique, ont affiché leurs ambitions de verdir leurs économies de manière désormais ordonnée. Elles se sont lancées dans une transition énergétique en modifiant leurs mix, tant énergétiques qu’électriques, grâce aux incitations fiscales et financières.

À cet égard, il convient également de réviser à la baisse leur dépendance vis-à-vis des ressources fossiles (ou aux autres pays pour se fournir en énergie), et notamment les subventions accordées à l’industrie charbonnière. Cela est un enjeu majeur pour les pays en développement, comme l’Inde et la Chine, qui exportent, mais importent également énormément d’énergie. De plus, la part des ENR dans leurs mix énergétiques reste à vrai dire négligeable, par rapport aux énergies fossiles.

En outre, dans les pays où, en raison des besoins accrus, la consommation de l’électricité produite est très élevée, la meilleure solution pour stabiliser la consommation d’électricité serait que le secteur industriel cesse de croître ou fasse de spectaculaires efforts d’efficacité énergétique.

Aujourd’hui, les énergies éolienne et solaire ont un fort potentiel et présentent un moteur de la transition énergétique dans les deux pays étudiés. Les politiques durables et les actions concrètes mettent en évidence leurs intentions de changer leurs modèles énergétiques et d’obtenir de véritables chiffres. Ainsi, la transition vers une économie bas carbone est tout à fait envisageable, même pour les deux plus grands pollueurs mondiaux que sont la Chine et l’Inde, même si les effets ne sont pas encore ressentis.

Liya OMAROVA

Sources :

https://www.connaissancedesenergies.org/le-point-sur-le-developpement-du-parc-eolien-mondial-200327

https://www.ifri.org/fr/publications/publications-ifri/articles-ifri/solaire-eolien-chinois-strategies-politiques

https://www.fournisseur-energie.com/transition-energetique-en-asie/

https://les-smartgrids.fr/inde-capitaux-transition-energetique/

https://www.businessfrance.fr/eolien-offshore-inde#

https://www.connaissancedesenergies.org/la-situation-energetique-de-linde-decryptee-par-laie-200114

https://lenergeek.com/2019/12/26/inde-renouvelables-stockage-transition-energetique/

https://www.india-briefing.com/news/les-industries-de-lenergie-solaire-et-eolienne-en-inde-portee-pour-les-investisseurs-16733.html/

https://eco-act.com/fr/project/projet-denergie-eolienne-en-inde/

A propos de Liya OMAROVA

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.