La précarité énergétique, un fléau sanitaire méconnu

 

On a tendance à oublier que la précarité énergétique n’a pas que des implications financières sur les foyers. Elle entraîne également des risques sanitaires qu’il ne faut pas négliger.

Qu’est-ce que la précarité énergétique ?

Soulevée dès les années 2000, cette notion est étroitement liée à la question de l’habitat et peut parfois inclure, l’accès à la mobilité synonyme par extension d’accès aux services essentiels. En effet, l’impossibilité de pouvoir payer son essence pour certains ménages dépendants de la voiture, peut entraîner des carences dans la satisfaction de besoins pourtant fondamentaux (santé, travail, formation, alimentation…).

La  précarité  énergétique  liée à la mobilité, pose de réels problèmes en matière de santé. Néanmoins, ses effets étant difficilement identifiables et moins étudiés, nous nous limiterons ici aux impacts sanitaires de la précarité énergétique au sein des logements.

La loi, elle-même, se restreint à ce cadre puisqu’elle définit depuis 2010 la précarité énergétique comme suit : « Est en situation de précarité énergétique (…) une personne qui éprouve dans son logement des difficultés particulières à disposer de la fourniture d’énergie nécessaire à la satisfaction de ses besoins élémentaires en raison de l’inadaptation de ses ressources ou de ses conditions d’habitat. »

Pour lutter contre ce fléau, il est important d’agir sur le niveau de consommation en améliorant l’efficacité énergétique des logements. Et si nécessaire, compléter les revenus des ménages les plus précaires afin de les aider à payer leurs factures énergétiques (tarifs sociaux, chèques énergie).

La précarité énergétique en quelques chiffres

Selon les chiffres datant de 2018, issus de l’Observatoire national de la précarité énergétique (ONPE) et d’autres organismes travaillant sur la question (Ademe, Baromètre énergie-info et rapports annuels du médiateur de l’énergie), on estime que:

  • 6,7 millions de français, soit 11,6 % des ménages, ont dépensé en 2017 plus de 8 % de leurs revenus pour se chauffer, ce qui représente un fardeau financier pour ces ménages
  • 15 % des ménages indiquent avoir souffert du froid dans leur domicile au cours de l’hiver 2017-2018, du fait de défauts d’isolation (40 %) ou du manque de chauffage (28 %)
  • 30 % des ménages (et 43 % des 18-34 ans) ont restreint le chauffage pour réduire leur facture, durant cette même période
  • En 2017, 544 000 personnes ont subi des coupures d’électricité et de gaz pour impayés
  • 70 % des ménages en précarité énergétique appartiennent au premier quartile de niveau de vie, soit les 25 % de ménages les plus modestes
  • 3/4 du parc de logement français se situent dans les classes D, E, F ou G, soit des consommations de plus de 150 kWh par m2 et par an, ce qui rend compte de la mauvaise qualité thermique du parc français

 

Pour résumer, au vu des différents indicateurs utilisés par l’Observatoire, c’est environ 12 millions de personnes qui souffrent aujourd’hui de précarité énergétique en France. Une situation qui évolue peu, voire s’aggrave selon les acteurs du terrain. En effet, d’une part le prix de l’énergie s’accroît de façon tendancielle depuis plusieurs années, d’autres parts les sollicitations concernant les problèmes d’accès à l’énergie (dans les Centres communaux d’action sociale par exemple) sont toujours plus importantes.

Précarité énergétique et santé, ce que disent les études

La précarité énergétique a, comme dit plus haut, des impacts sur l’accès aux services de santé. Plus directement, elle affecte la santé physique mais aussi mentale des personnes au sein des foyers, même s’il est toujours difficile de bien discerner les relations de causalité.

Dans le cadre du domicile, plusieurs facteurs de risques sont aujourd’hui mis en évidence : l’inconfort thermique, l’humidité et la présence de moisissures, ainsi que la mauvaise qualité de l’air intérieur (pollution liée notamment au tabac, colles et peintures dégradées du fait de l’humidité…).

Dans la pratique, on constate en effet que les logements en question sont moins ventilés (bouches d’aération absentes ou obstruées) et moins isolés, ce qui favorise la pollution et la présence de moisissures. Ces foyers sont également plus nombreux à laisser certaines pièces sans chauffage (les chambres en particulier) et à privilégier le chauffage d’appoint.

Ainsi, en plus de vivre dans un environnement peu sain et froid, les ménages en précarité énergétique sont plus sujets à des risques d’accident domestique. On peut citer :

  • L’intoxication au monoxyde de carbone du fait d’une utilisation accrue de poêles à pétrole, mais également de chauffages de fortune de type braséro ou barbecue
  • Les risques d’incendie du fait de l’utilisation de bougies pour le chauffage ou l’éclairage

 

Plus globalement, comme le montre différentes études recensées dans le cadre du programme « Porteurs d’Idées Énergétique » (PIE), initié et piloté par AG2R LA MONDIALE , l’état de santé des personnes en situation de précarité énergétique se trouve plus dégradé.

Les pathologies recensées sont : les bronchites chroniques, l’hypertension, l’asthme, les migraines, l’arthrose, les réactions allergiques (acariens etc.), l’anxiété et la dépression. Les maladies hivernales comme les rhumes et angines, la grippe ou les diarrhées (gastroentérites) sont également plus fréquentes.

Les enfants et les personnes âgées semblent particulièrement touchés par les risques de maladie. A titre d’exemple, une étude anglaise réalisée sur 6 431 enfants pendant 5 ans montre que les problèmes respiratoires sont deux fois plus fréquents chez ceux ayant vécu au moins 3 ans dans des logements froids et humides (Barnes et al. 2008).

L’exposition prolongée au froid augmentent par ailleurs le risque de décès par maladies cardio-vasculaires et respiratoires.

La santé mentale n’est pas épargnée comme le montrent les données statistiques, mais dans la mesure où il est impossible d’isoler la variable « précarité énergétique » dans des situations de pauvreté plus globales, un lien de causalité ne peut être établi. Là aussi les plus jeunes, principalement les adolescents, semblent être plus vulnérables.

Des chiffres assez révélateurs ont toutefois pu être soulevés lors d’une étude réalisée en 2016, à partir des données de l’Assurance Maladie, qui a montré les effets positifs de l’amélioration de l’efficacité énergétique d’un logement (étude du Dr Ledésert et GEFOSAT en 2016).

En effet, suite à la réalisation de travaux de rénovation énergétique, cette étude indiquait qu’un quart des personnes avait le sentiment que la fréquence de leur visite chez le médecin avait diminué, et plus de la moitié avait réduit sa consommation de psychotropes . Ces résultats corroborent avec ceux d’une étude anglaise qui montre une baisse significative de l’anxiété et de la dépression des ménages suite à des travaux de rénovation (Green et Gilbertson, 2008).

Gains sociaux économiques de la lutte contre la précarité énergétique

Les risques sanitaires liés ou renforcés par la précarité énergétique représentent des coûts certains pour la collectivité (dépenses de santé, exclusion sociale…). Lutter contre ce phénomène peut ainsi générer des gains notables.

D’un point de vue financier si l’on considère uniquement les gains pour le système de santé, l’OMS a montré qu’1 € investi dans des travaux de rénovation énergétique conduit à 0,42 € d’économies en dépenses de santé publique

Plus globalement, comme le montre le schéma ci-dessous tiré du rapport AG2R LA MONDIALE déjà cité, une multitude de gains peut être attendue dans le cadre de la lutte contre la précarité énergétique :

On comprend ainsi que la précarité énergétique est un sujet complexe et multidimensionnel. Il semble alors plus que jamais primordial de ne pas réduire ce problème à des considérations financières.

 

Sources :

Barnes, M., Butt, S., Tomaszewski, W. (2008). The dynamics of bad housing: the impact of bad housing on living standards of children. National Centre for Social Research, London

Green G., Gilbertson, J. (2008) Health impact evaluation of the Warm Front Scheme. Sheffield Hallam University, Centre for Regional Social and Economic Research

Ledésert B, Gazaix L, Buresi S (2013), Etude sur les liens entre précarité énergétique et santé dans l’Hérault, CREAI-ORS – GEFOSAT

Ledésert B. (2013), Liens entre précarité énergétique et santé analyse conjointe des enquêtes réalisées dans l’Hérault et le Douaisis, CREAI-ORS Languedoc-Roussillon, Novembre 2013

Ledésert B, Gazaix L, Buresi S (2016), Evolution de la consommation de soins à la suite de travaux de réhabilitation de logements, CREAI-ORS – GEFOSAT

Liddell pour l’OMS, Séminaire Epée 2009, citant Healy, 2003 & Howden-Chapman, 2008

Liddell C., Chris M, (2010) Fuel poverty and human health: A review of recent evidence, in Energy Policy, vol 38, p 2987 – 2997

 

 

 

A propos de Ekaterina KOMOVA

Issue d’une formation Sciences Po, mes intérêts m’ont portée au fil de l’eau vers l’étude des enjeux liés au développement durable. Actuellement en Master DGEDD, je profite de la résonance offerte par ce blog pour soulever des sujets de société qui me sont chers. Ceci afin de les rendre accessibles au plus grand nombre tout en tentant de présenter quelques solutions inspirantes pour l’avenir. Touche-à-tout, les sujets qui m’animent en dehors des questions énergétiques sont variés : gaspillage alimentaire, obsolescence programmée, économie circulaire, Smart City, mobilité du futur, RSE, géopolitique, économie comportementale… Vous pouvez également retrouver mes publications sur ma page LinkedIn!

Ekaterina KOMOVA

Issue d’une formation Sciences Po, mes intérêts m’ont portée au fil de l’eau vers l’étude des enjeux liés au développement durable. Actuellement en Master DGEDD, je profite de la résonance offerte par ce blog pour soulever des sujets de société qui me sont chers. Ceci afin de les rendre accessibles au plus grand nombre tout en tentant de présenter quelques solutions inspirantes pour l’avenir. Touche-à-tout, les sujets qui m’animent en dehors des questions énergétiques sont variés : gaspillage alimentaire, obsolescence programmée, économie circulaire, Smart City, mobilité du futur, RSE, géopolitique, économie comportementale… Vous pouvez également retrouver mes publications sur ma page LinkedIn!

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