Laissez moi manger ma banane.

 

On ne nous cessera jamais de le répéter : il vaut mieux manger local pour le bien de la planète. Or beaucoup d’entre nous ont pu constater durant ces deux derniers mois, qu’en période de confinement, il n’est pas toujours possible d’avoir la même consommation qu’auparavant. En effet, il est impossible d’aller au marché du quartier, de se rendre dans nos hypermarchés habituels comme en magasins bio, ou de se faire livrer des paniers de fruits et légumes locaux. Devrions-nous pour autant culpabiliser de faire avec les moyens du bord ?

 

« Je mange donc je suis »

Nous sommes incités à réduire nos déplacements et nos contacts avec le monde extérieur, ce n’est pas pour autant que nous pouvons arrêter de nous nourrir et de faire les courses. Un paradoxe surprenant que nous avons pu retrouver une bonne centaine fois à travers un mème sur les réseaux sociaux nous rappelant que manger est l’activité principale de certains d’entre nous.

Pression sociale oblige, tous vos amis se sont mis à faire du sport et du pain maison, vous vous dites alors qu’il serait peut-être temps d’arrêter le chocolat quotidien et les pâtes au beurre pour passer aux fruits et légumes frais. Mais ça, c’était sans compter sur le fait que vos commerces de proximités ne proposent qu’un choix très limité question fruits et légumes. Pire encore, vous vous rendez compte que les seuls aliments que vous aimez manger sont importés des quatre coins du monde.

Mais faut-il pour autant culpabiliser de manger des bananes qui viennent de Côte d’Ivoire ou du Cameroun ?

Théoriquement le meilleur choix serait de strictement manger des fruits et légumes locaux de saison, mais cela reviendrait à exclure beaucoup d’aliments, qui par nature, ne peuvent pas être cultivés en France. Il convient alors de nuancer nos choix alimentaires à plus grande échelle.

Direction le Carrefour City du coin de la rue. Côté légumes nous avons du choix : poireaux, tomates, pommes de terre, salade, chou, etc. Mais côté fruits, à part les pommes et les poires, il n’y a rien de local dans les rayons (sauf les fraises qui valent plus de deux fois le SMIC horaire au kilo à l’heure où est écrit cet article, donc nous allons les oublier). Ce qui soulève ainsi la question : devrions-nous nous cantonner à manger des pommes et des poires tous les jours pour être eco-friendly ?

 

Faire attention au contenu de notre assiette, plutôt qu’à sa provenance.

Dans son livre « How Bad are Bananas », l’auteur américain Mike Berners-Lee nous informe qu’un kilo de banane émettrait 0.48 kg de CO2. Pour autant un kilo de pommes émettrait 0.55 kg de CO2 et un kilo de pommes de terre 0.37 kg de CO2. Comparativement, un kilo de viande bovine émettrait presque 20 kg de CO2 et un litre de lait de vache 1.4 kg de CO2.

Du côté de la France, les études de l’ADEME nous informent qu’un kilo de tomates émettrait 0.177 kg de CO2 (mais attention si celles-ci sont cultivées sous serres chauffées ce chiffre monte à 2.2 kg de CO2). Un kilo de pommes de terre émettrait lui seulement 0.09 kg environ et un kilo de pommes émettrait 0.07 kg de CO2. Comparativement, un kilo de viande bovine émettrait 12.7 kg de CO2 et un litre de lait de vache 0.94 kg de CO2.

Si nous prenons l’étude de Journal of Cleaner Production (page 10) nous avons un tableau complet permettant de nous débarrasser de certains préjugés. Par exemple consommer des melons ou des kiwis pourrait être moins polluant que de consommer des œufs. Consommer du beurre ou du fromage pourrait être pire que du riz ou du poisson.

Il existe de nombreuses études différentes quant au calcul du bilan carbone de nos aliments et si toutes ne parviennent pas au même résultat exactement, il s’en dégage néanmoins une certaine tendance. Sachant que le quart de l’empreinte carbone des ménages en France provient de l’alimentation, il parait très pertinent de faire attention à ce que nous consommons. Il ne suffit pas de consommer local pour avoir un impact moindre sur la planète, mais de faire attention à notre régime alimentaire global.

Ainsi, il est inutile de consommer des légumes français et de saisons toute l’année et de s’interdire de manger des bananes (ou tout autre fruit importé) si nous mangeons de la viande ou des produits laitiers tous les jours. Il faut savoir faire la part des choses et trouver un bon équilibre entre plaisirs personnels et respect de l’environnement.

De même si vous effectuez plus d’une dizaine de kilomètres en voiture pour aller acheter vos légumes au marché local, vos efforts pourraient être bienveillants, mais pas pour autant plus écologiques. Comme nous l’indique le site internet de Oui.scnf, les émissions moyennes françaises en voiture s’élèvent à 0.21 kg de CO2 par kilomètre.

Sans tomber dans des extrêmes en vous suggérant de devenir totalement locavore*, végétarien ou encore d’abandonner complètement votre voiture, il existe plusieurs façons de diminuer ses émissions de carbone à travers notre alimentation. Certes il vaut mieux toujours privilégier les fruits et légumes locaux et de saison (on oublie les tomates tout de suite en plein hiver), mais lorsque cela n’est pas possible, il ne faut pas pour autant culpabiliser d’acheter des produits importés.

Échanger donc votre ration de viande de la semaine par quelques bananes, vous verrez, everything’s gonna be alright.

 

* mouvement prônant la consommation de nourriture produite dans un rayon allant de 100 à 250 kilomètres maximum autour de son domicile.

Sources :

https://lifeclub.org/books/how-bad-are-bananas-mike-berners-lee-review-summary

https://www.youtube.com/watch?v=riGOUaGazH8

https://www.bilans-ges.ademe.fr/documentation/UPLOAD_DOC_FR/index.htm?produits_agricoles.htm

https://core.ac.uk/download/pdf/76958641.pdf

https://quoidansmonassiette.fr/empreinte-carbone-de-co2-alimentation-quels-aliments-produisent-le-moins-de-gaz-a-effet-de-serre/

 

A propos de Steven GUILBERT-SAUTRON

Etudiant en M2 Gestion et Droit des Energies et du Développement Durable. Passionné par les questions environnementales, éthiques et les nouvelles technologies.

Steven GUILBERT-SAUTRON

Etudiant en M2 Gestion et Droit des Energies et du Développement Durable. Passionné par les questions environnementales, éthiques et les nouvelles technologies.

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