Faune volante et éoliennes, une cohabitation impossible ?

 

La critique est récurrente, les éoliennes auraient un impact significatif sur la biodiversité et notamment les espèces volantes. Il est vrai que certaines incidences peuvent être relevées, mais leurs proportions sont bien moindres que ce que laissent penser certaines appréciations. Tentons de démêler le vrai du faux, afin de comprendre le cadre dans lequel se déploie aujourd’hui l’éolien.

Dès 1997, la question des impacts fut posée en France. Cette question revient dès lors systématiquement depuis 2011, qui marque l’entrée des éoliennes dans le champ réglementaire des ICPE (Installation Classée pour la Protection de l’Environnement), obligeant tout développeur de projet éolien à réaliser une étude d’impact poussée dont les conclusions conditionnent l’obtention des autorisations de construction et d’exploitation.

De fait, depuis presque 10 ans, chaque installation éolienne est soumise à un suivi environnemental en amont (suivant la durée des cycles de reproduction des espèces présentes) et en aval (au cours des 3 premières années de fonctionnement, puis une fois tous les 10 ans).

Des impacts marginaux passés à la loupe

Le constat est aujourd’hui consensuel : le rôle des éoliennes sur la mortalité des espèces volantes (oiseaux, chauves-souris, insectes) reste marginal. Ceci est d’autant plus vrai si l’on compare l’impact des éoliennes à d’autres dangers moins connus comme les chats domestiques, les parois vitrées, la circulation automobile, les lignes électriques, les phares, les pratiques agricoles intensives ainsi que les pesticides qui déciment actuellement de nombreuses espèces.

Selon la réglementation, des précautions proportionnelles aux impacts doivent être prises pour limiter, autant que possible, les nuisances des projets éoliens qui sont relativement faibles mais qui s’accumulent au rythme du déploiement des installations.

Les facteurs à étudier sont nombreux (présence d’espèces vulnérables, saisons, zones protégées, taille du parc éolien, routes de migration…). L’enjeu est alors d’opérer une analyse de terrain en considérant les capacités d’adaptation des espèces, afin dans un premier temps d’éviter et de réduire les nuisances potentielles, tout en envisageant des mesures compensatoires suivant des méthodes réglementairement définies (ERC) abordées plus loin.

Un éclairage sur les chiffres relatifs aux collisions

La collision avec les pâles qui atteignent jusqu’à 250 km/h, est aujourd’hui l’impact le plus décrié, car létal pour les oiseaux et les chauves-souris en approche. Néanmoins, selon une vaste enquête conduite sur sites sensibles par la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) de 1997 à 2015 en France, la mortalité annuelle médiane serait de 4,5 oiseaux, avec une moyenne de 7 oiseaux par éolienne. Plus précisément ce taux varie de 0,3 à 18,3 oiseaux, ce qui semble peu en comparaison avec les réseaux routiers et électriques qui, selon les chiffres, sont respectivement responsables de la mort de 30 à 100 et de 40 à 120 oiseaux par km par an.

 

A l’échelle du monde selon les études englobant toutes les espèces (mouvements migratoires et  locaux confondus),  le  taux  de  collision mortelle annuelle par éolienne va de 0 à plus de 50 mais demeure dans la majeure partie des cas inférieur (de 0 à 2 oiseaux par éolienne et par an, Source ONCFS d’après Percival, 2000).

Ces chiffres ne démentent pas les constats effectués en France, l’étendue des écarts indique seulement que certains parcs éoliens sont plus dangereux que d’autres, selon leurs localisation et configuration. La France est donc un État plutôt vigilant en la matière.

Les vraies inquiétudes se portent aujourd’hui sur la trentaine d’espèce de chauves-souris recensée sur le territoire métropolitain et toute protégée par la législation française. En effet, ces dernières sont plus vulnérables que les oiseaux, même si toutes les espèces ne sont pas égales face aux dangers.

En pratique, il faut savoir que les risques de collision avec les chiroptères se restreignent généralement à quelques mois (de mars à octobre) durant la nuit et en période peu venteuse, en fonction notamment de la proximité des espaces boisés constituant des zones de chasse.

En ce qui concerne l’impact sur les insectes, celui-ci serait quasi nul puisque ces derniers volent pour la plupart en-dessous des pâles en rotation, disposées au minimum à 30 mètres du sol.

Des impacts moins connus

On constate également, selon les cas, une perte de territoire de chasse qui menace principalement les rapaces, dans un rayon allant jusqu’à 200m des éoliennes. Par ailleurs, la dépense énergétique supplémentaire qu’impose leur contournement est également un facteur à considérer. D’autant plus qu’il peut mener les animaux vers d’autres dangers (ligne électrique ou routes).

Chose plus surprenante, des incidences positives peuvent exister. En effet, les règles de débroussaillement au pied des éoliennes visant à lutter contre les incendies sont, à titre d’exemple, favorables au développement d’espèces comme les passereaux.

Les obligations ERC pour atténuer les effets néfastes

E comme Éviter

Le choix du site d’implantation est fondamental est doit induire une analyse des espèces vulnérables sur le terrain, suivant les préconisations de la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL) et/ou des guides méthodologiques nationaux ou régionaux.

Par exemple, la proximité (moins de 1000m) avec les Zones de Protection Spéciale (ZPS) du réseau Natura 2000 qui sont des sites avifaunistiques à protéger, est peu propice à l’implantation d’éolienne puisque la mortalité y est 2 fois plus forte. Suivant la même logique, il serait judicieux d’écarter les zones humides ou les zones proche de falaise abritant généralement des espèces sensibles.  Les haies et les lisières forestières sont également susceptibles de constituer des risques.

La conception du parc ne doit par ailleurs pas créer d’effet barrière constitué par des lignes d’éoliennes, qui seraient perpendiculaires aux routes de migrations. L’éclairage des mâts des éoliennes (hors balisage lumineux obligatoire) doit notamment être étudiés et limités, car ils ont tendance à attirer les oiseaux, surtout par temps de brume et de brouillard.

La phase travaux peut également être impactante. La période de chantier doit être raisonnablement établie pour causer le moins de dérangement pour les animaux, le printemps étant la saison la plus sensible puisqu’elle constitue la période de reproduction de nombreuses espèces.

R comme Réduire

Pour réduire les collisions, il existe aujourd’hui des dispositifs préventifs qui arrêtent les éoliennes durant les périodes à risque déterminées, site par site, par des écologues. Ainsi, pour protéger les chiroptères, les éoliennes peuvent être arrêtées les nuits, 6 à 8 mois de l’année lorsque la vitesse de vents est faible. Ces arrêts n’affecteraient que marginalement la rentabilité économique des parcs éoliens (au maximum 1% – 2% de perte de production électrique).

En ce qui concerne plus spécifiquement les oiseaux et notamment les rapaces, on dispose aujourd’hui de techniques d’effarouchement sonore et de capteurs qui enclenchent l’arrêt automatique des pâles en cas d’approche.

C comme Compenser

Lorsque l’évitement et la réduction des impacts s’avèrent insuffisants, on cherchera à compenser les effets négatifs, en engageant par exemple les acteurs à maintenir et développer des zones de chasse.

La préservation des espèces peut également se faire ailleurs, via un engagement matériel et financier pour la création et le développement de zones protégées.

Schématiquement voici comment se résume et se hiérarchise la démarche qui vise à éviter, réduire et compenser les impacts de tout projet sensible :

Il faut noter que tous les parcs n’ont pas été soumis à une régulation aussi stricte. Le renouvellement des parcs les plus anciens, installés dans un cadre plus souple, début des années 2000 sera l’occasion d’amenuiser encore plus les effets actuellement constatés.

Les enjeux sont en définitive parfaitement résumés par le Président de la LPO, Allain Bougrain Dubourg : « les transitions énergétiques ne peuvent s’exonérer de la prise en compte de la biodiversité et sont condamnées à réussir ensemble ».

 

Pour plus de détails :

– Eoliennes et oiseaux : quelles conséquences ?, d’Yves THONNERIEUX / NATUR’AILES, paru dans le Courrier de la Nature, revue de la SNPN, 03/2005

– Oiseaux, chauves-souris et éoliennes : quelle cohabitation ?

 

A propos de Ekaterina KOMOVA

Issue d’une formation Sciences Po, mes intérêts m’ont portée au fil de l’eau vers l’étude des enjeux liés au développement durable. Actuellement en Master DGEDD, je profite de la résonance offerte par ce blog pour soulever des sujets de société qui me sont chers. Ceci afin de les rendre accessibles au plus grand nombre tout en tentant de présenter quelques solutions inspirantes pour l’avenir. Touche-à-tout, les sujets qui m’animent en dehors des questions énergétiques sont variés : gaspillage alimentaire, obsolescence programmée, économie circulaire, Smart City, mobilité du futur, RSE, géopolitique, économie comportementale… Vous pouvez également retrouver mes publications sur ma page LinkedIn!

Ekaterina KOMOVA

Issue d’une formation Sciences Po, mes intérêts m’ont portée au fil de l’eau vers l’étude des enjeux liés au développement durable. Actuellement en Master DGEDD, je profite de la résonance offerte par ce blog pour soulever des sujets de société qui me sont chers. Ceci afin de les rendre accessibles au plus grand nombre tout en tentant de présenter quelques solutions inspirantes pour l’avenir. Touche-à-tout, les sujets qui m’animent en dehors des questions énergétiques sont variés : gaspillage alimentaire, obsolescence programmée, économie circulaire, Smart City, mobilité du futur, RSE, géopolitique, économie comportementale… Vous pouvez également retrouver mes publications sur ma page LinkedIn!

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