Planter 1000 milliards d’arbres pour sauver le climat : Est-ce vraiment si simple ?

 

En juillet dernier, un groupe de scientifiques suisses a publié une étude selon laquelle la plantation à l’échelle mondiale d’environ 1200 milliards d’arbres pourraient contribuer à réduire efficacement les concentrations de CO2 dans l’atmosphère. Dans le contexte croissant des émissions de GES et des feux de forêt naturels ou intentionnels, y a-t-il un consensus sur cette étude et sur les enjeux ?

 

Planter des arbres pour lutter contre la perte de biodiversité n’est pas une pratique récente et semble être une solution logique et naturelle pour lutter également contre le changement climatique. Néanmoins, il semble que l’examen par les pairs n’ait pas abondé dans le sens de l’étude. En effet, l’étude suggérant qu’une augmentation d’un tiers de la superficie forestière mondiale absorberait jusqu’aux deux tiers des émissions anthropiques émises depuis la révolution industrielle, a suscité de nombreuses critiques. Malgré les 10 critères d’évaluation, les scientifiques suisses ont surestimé le potentiel de la plantation d’arbres, principalement en raison de leur manque de rigueur.

 

Tout d’abord, ce ne sont pas 300 GtC (Gita ou milliards de tonnes de CO2) que l’homme a émis depuis la révolution industrielle mais 600 GtC, dont 55% ont été absorbés par les océans et les écosystèmes terrestres, le reste restant dans l’atmosphère. C’est ce que nous appelons la fraction en suspension dans l’air et c’est l’un des facteurs d’échelle existants les plus importants pour prédire les changements climatiques futurs.
L’absorption naturelle par les écosystèmes des gaz à effet de serre (GES) est malheureusement de moins en moins efficace à cause des boucles de rétroaction positives qui sont autosuffisantes et accélèrent les tendances de réchauffement en perturbant les équilibres naturels.

 

En outre, la replantation d’arbres n’aura pas que des effets positifs sur le climat et la biodiversité. Selon l’endroit où les arbres sont plantés et le type d’arbres plantés, des rétroactions biophysiques peuvent survenir, et surtout après le processus de boisement dans les régions enneigées. C’est la question de l’albédo et de l’évapotranspiration, qui peuvent contrecarrer l’effet refroidissant de l’absorption de CO2.
Enfin, le potentiel de séquestration estimé (205 GtC) est bien supérieur aux limites et après examen de ces aspects, il a finalement été constaté que le potentiel de stockage de CO2 serait 5 fois inférieur à celui de l’étude initiale : 42 GtC et non 205 GtC.

 

D’un autre côté, les compensations de carbone amènent aussi certaines personnes à penser que c’est une solution souhaitable. Beaucoup de gens pensent que la compensation carbone annule tous les effets des émissions générées. C’est en fait la stratégie de communication d’Air France, qui a annoncé qu’elle allait compenser 100% de ses émissions de CO2 provenant des vols intérieurs. Mais les arbres n’absorberont pas directement l’équivalent de CO2, nous ne savons pas quelles espèces d’arbres ils veulent planter et nous ne savons pas non plus pour combien de temps. Compte tenu de la croissance annuelle de 6 % du transport aérien et de la contraction de la disponibilité de l’eau, si tous les secteurs d’activité des grands émetteurs commencent à compenser une partie de leur activité, quelle sera la taille des terres nécessaires pour tenir cette promesse ? Les secteurs seront-ils en concurrence les uns avec les autres, mais aussi avec les activités agricoles ?
En fin de compte, “les compensations risquent aussi de donner l’illusion dangereuse d’un “remède” qui permettra à nos émissions qui gonflent de continuer à augmenter”, explique UN Environment.

Les forêts européennes sont également en train de disparaître en raison de multiples facteurs. Sous l’effet de la sécheresse, des vagues de chaleur et des attaques d’insectes, les épicéas, sapins, hêtres et pins sylvestres d’un grand quart nord-est se dessèchent. La plupart de nos espèces forestières ne sont pas adaptées au changement climatique selon l’expert forestier Philippe Gourmain. Outre le climat, l’Allemagne, la République Tchèque et le nord de l’Autriche sont confrontés à une invasion sans précédent de scolytes, les plus grandes jamais observées, qui après deux étés chauds et secs, pullulent et mettent en danger des millions de mètres cubes de bois. Ces scolytes creusent des tunnels et pondent leurs larves, qui infestent ensuite les arbres et les conduisent à une mort certaine. Chaque génération augmente la population totale de 40 %, ce qui oblige à abattre les arbres le plus rapidement possible pour en atténuer la propagation. Cette année, on a observé un vol de la troisième génération de scolytes, alors qu’il n’y a normalement que deux générations dans les années classiques.
Il est donc temps de concevoir un plan massif de financement de la recherche opérationnelle sur les nouvelles pratiques forestières, associant les espèces locales et les espèces des régions méridionales, mais aussi de se préparer à plusieurs décennies de changements profonds dans nos paysages forestiers.

Même si la plantation d’arbres n’est pas la meilleure solution que nous ayons, cette pratique et les campagnes d’information aux niveaux local et international sont essentielles. L’autonomie locale est essentielle pour protéger plus efficacement les écosystèmes locaux existants, mais les discussions et les plans d’action à plus grande échelle sont la pierre angulaire de ces actions. Les événements récents auraient pu être un levier d’action dans les pratiques de gestion forestière. Malheureusement, ils sont toujours confrontés à la pondération des critères encore dominés par la compétitivité et donc la rente économique, qui ne sont pas les meilleurs amis de la conservation de la nature.

 

Sources :

A propos de Albéric BARRET

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