Civic tech : facilitateur de la participation citoyenne?

 

Les civic tech, ce sont les « technologies et initiatives qui cherchent à transformer les règles du jeux démocratiques en cherchant à y intégrer le numérique qui règne» dans nos sociétés », selon Clément Mabin maître de conférences en science de l’information et de la communication à l’Université de Technologie de Compiègne. Ce sont les applications et plateformes qui tentent de mettre les nouvelles technologies au service d’un renouveau de la démocratie participative.

 

La défiance actuelle vis-à-vis des institutions a mené à repenser les outils et mécanismes qui existent entre les citoyens et l’autorité publique, et a accéléré le développement des civic tech.  Le grand débat ainsi que la Convention pour le climat s’en sont également emparés pour faciliter la participation. De la même manière, les mouvements sociaux se sont emparés de Facebook qui est devenu un outil inévitable de mobilisation.

Ces deux exemples traduisent bien le fait que les civic tech sont aussi bien utilisées dans un cadre institutionnel ou non. En effet, on est autant dans une logique de participation citoyenne de la société civile non organisée et non institutionnalisée, que dans l’utilisation de ces outils par les institutions et les élus.

 

Exemple de la plate-forme de participation citoyenne de la mairie de Barcelone

 

«Decidim» est une plateforme numérique qui facilite la participation des citoyens au sein des différentes agglomérations catalanes. Elle a été initiée en février 2017. Le premier projet mis en place a été l’élaboration en co-construction du plan d’action de la ville de Barcelone.

C’est une démarche de “communs numériques” c’est-à-dire à code ouvert, fruit d’une collaboration entre un laboratoire universitaire et des intervenants privés. C’est ainsi « un gage de transparence pour ses créateurs, et aussi un moyen de mutualiser l’outil qui peut être copié gratuitement et amélioré par d’autres acteurs, dans le cadre d’un  “contrat social”  » selon Claire Legros, journaliste pour Le Monde. Cette solution est aujourd’hui utilisée dans plus de dix pays, qui viennent apporter leur contribution à cette démarche et application. Elle permet de faire en sorte qu’il n’y ait pas d’acteur indispensable, en faisant collaborer plusieurs intervenants.

 

Les limites

Cela pose néanmoins bon nombre de questions juridiques en termes de gestion des données personnelles. Dans la mesure où il est nécessaire de rentrer des informations personnelles permettant l’identification et son authentification, ce qui peut avoir un effet peu incitatif et rassurant pour le citoyen et freiner la participation. La Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) rappelle également que la participation politique doit s’effectuer de manière anonyme ou à l’aide de pseudonyme. Loin du solutionnisme technologique, il faut veiller à ce que l’utilisation d’algorithmes et les analyses de contribution ne biaisent les débats. La CNIL préconise alors de la transparence dans les démarches et  l’harmonisation des pratiques via “la co-construction d’un code de conduite tel que défini par le RGPD“.

Cela pose également la question de la fracture numérique. En effet, cet outil de participation est profondément injuste et peu inclusif. Il semble pour le moment compliqué d’y remédier tant cette fracture est importante. Pourtant, il est plus que jamais nécessaire de penser une société inclusive, et une transition écologique et sociale. Pour éviter ces écueils, il faut articuler et combiner une utilisation raisonnée des civic tech avec des méthodes de participation en présentielle plus inclusives en intelligence collective, mais aussi de réduire la fracture numérique afin de prévenir la fracture démocratique.

 

Mots clés : participation citoyenne, civic tech

 

Sources :

la Conférence au Palais d’Iéna organisée par la Commission nationale de l’information et des libertés (CNIL) et le Conseil économique, social et environnemental (CESE) “Les civic tech bousculent-elles vraiment la démocratie?”, 9 décembre 2019

« Civic tech : vers une démocratie numérique ? », avec C. Mabi et L. Blondiaux, Emission France Culture Matière à penser de Dominique Rousset du 9 janvier 2019

« A Barcelone, un modèle original de « commun numérique » », C. Legros, Le Monde, 7 juin 2019

« L’innovation contributive renforce-t-elle le pouvoir citoyen dans  la ville numérique ? Le cas du  Grenoble CivicLab », V. Peugeot, C. Mabi, B. Chevallier,  Réseaux 2019/6 (n°218), pages 143 à 169

«Civic tech : données et Demos: une exploration des interactions entre démocratie et technologies», 11 décembre 2019, site internet de la CNIL

 

A propos de Clara PHILIPPE

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