Le déménagement forcé de la ville de Kiruna

 

En Suède septentrionale, à environ 150 km au nord du cercle arctique, se situe Kiruna. Cette ville de Laponie s’est développée autour d’un gisement de minerai de fer. Aujourd’hui, son exploitation menace le centre-ville d’effondrement. La municipalité prend alors la décision de déplacer les bâtiments exposés aux affaissements de terrain.

L’origine de Kiruna

En lapon, Kiruna signifie « perdrix blanche ». Située tout au nord de la Suède, à plus de 1 000 km au nord de Stockholm, la ville reste dans l’obscurité et est plongée sous la neige une grande partie de l’année. Jusqu’au XIXème siècle, la zone n’est que peu peuplée. C’est à partir des années 1890 que la région connaît un réel essor, lors de la découverte d’un important gisement de minerai de fer dans la montagne de Kiirunavaara. Cette même décennie, la société LKAB devient l’exploitant et le propriétaire de la mine. Son directeur Hjalmar Lundbohm décide d’urbaniser les environs. Il engage alors architectes et urbanistes, afin de modeler une ville adaptée à l’environnement complexe de la Laponie, au pied de la mine de fer. C’est ainsi que naît Kiruna.

L’exploitation de la mine

Jusqu’en 1965, la mine de fer de Kiruna est exploitée à ciel ouvert. LKAB devient l’employeur incontournable de la région. Depuis, l’exploitation ne se fait que dans le sous-sol. Au fur et à mesure que les mineurs progressent, la ville rencontre des difficultés à maintenir la sécurité de ses habitants. A plusieurs reprises, certains quartiers sont détruits et leurs habitants sont relogés ailleurs dans la ville. Aujourd’hui, la plus grande mine souterraine du monde menace les fondations de la ville. La municipalité se retrouve alors confrontée à un dilemme : poursuivre l’extraction minière à plus de 1300 mètres de profondeur, bien que cela entraine une baisse du niveau du sol sur une partie de la ville et donc son effondrement à terme, ou cesser l’activité minière dont dépendent largement les habitants de Kiruna.

Avec un chiffre d’affaires de 1,7 milliard d’euros en 2016 et plus de 80 000 tonnes de minerai de fer extraites chaque jour, LKAB occupe une place économique prépondérante. Il n’est donc pas question d’arrêter ou ralentir l’exploitation. En 2004, LKAB adresse une communication à la municipalité précisant que l’expansion de la mine nécessite de lourds travaux. La réponse donnée est la suivante : Kiruna doit partiellement déménager afin d’éviter le drame.

Le plan de déménagement de Kiruna

Élaboré en concertation avec ses habitants, le plan de déménagement de Kiruna propose de déplacer un tiers du centre-ville à environ 3 kilomètres plus à l’est. Cette tâche pharaonique, dont le coût est difficilement évaluable, est financée par LKAB et a été confiée à l’agence White Arkitekter. Les premiers travaux ont commencé en 2014 et s’étaleront jusqu’en 2099. Ils prévoient notamment la conservation de 21 édifices historiques, dont la gare, l’hôtel de ville ou l’église. Le reste sera détruit et recyclé afin de bâtir la nouvelle Kiruna, plus durable et plus moderne.

Les habitants de Kiruna restent partagés sur le sujet. Du côté des jeunes, certains décident de partir vivre à Stockholm ou Lulea pour leurs études, d’autres préfèrent rester dans leur ville natale, l’attractivité des salaires de LKAB jouant largement dans l’équation. Pour les anciens, « la mine, c’est l’histoire de la ville » (Ingmar, ancien mineur de 60 ans). Malgré un attachement certain pour leurs quartiers, c’est finalement la résignation et le fatalisme qui s’imposent.

A propos de Eva CECCARELLI

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