Iles Féroé : la tradition au détriment de la biosphère marine ?

 

Aux Iles Féroé, la tradition culturelle du grindadràp continue de se perpétuer. Elle consiste à tuer des cétacés à des fins solidaires notamment. Elle est cependant remise en cause à la fois par les autorités sanitaires, par une partie de la communauté internationale et par les ONG. Par ailleurs, la question de sa compatibilité avec le développement durable se pose toujours.

Le principe de la chasse aux cétacés

On parle souvent des traditions extra-européennes mais beaucoup moins de ce qui se fait au sein-même du territoire européen : les Iles Féroé, archipel de 49 000 habitants, en sont la preuve. En effet, les habitants y pratiquent une tradition assez controversée : le grindadràp, issu du mot « grind » qui désigne le couteau utilisé afin de tuer des cétacés, les globicéphales, aussi appelés dauphins-pilotes.

Ils sont entre 800 et 1000 voire plus à être tués chaque année pour leur viande ou leur graisse. Ce rite culturel local, vieux de plusieurs centaines d’années est totalement légal sur l’ile où la population est la dernière à la pratiquer.

Cependant, le grindadràp pose de nombreuses questions notamment en termes de souffrance animale : les chasseurs déclarent tout faire pour assurer « une mort rapide et la plus humaine possible ». Le rituel se traduit en effet par une manière spécifique de tuer : les globicéphales sont tirés en bancs vers le rivage par les pêcheurs et sont ensuite attrapés par un hameçon puis tirés vers le rivage et tués. Les chasseurs comptent sur le sentiment de solidarité de ces animaux et sur la vie en communauté pour les attirer en bloc sur la plage. Les habitants et les autorités défendent ce sacrifice par une question de sécurité : il est réalisé par des professionnels suite à une formation spécifique.

Les associations écologistes et de défense des animaux sont cependant très méfiantes sur le mode opératoire. L’ONG Sea Sheperd France met en avant le fait que ce ne sont pas toujours des professionnels qualifiés qui tuent les cétacés, ils seraient parfois rejoints par « d’autres habitants ». L’association alerte également sur la souffrance physique et psychologique des baleines et dauphins qui parfois ne sont pas tués « du premier coup ». Des manifestations écologistes ont eu lieu dans le but d’arrêter des chasses en cours mais les associations craignent désormais un effet contre-productif sur les habitants.

L’impact sur la santé

Malgré les avantages mis en avant pour les habitants, les autorités sanitaires ont alerté dès les années 1980 sur la présence de substances néfastes pour l’organisme dans la viande, du fait de la pollution des eaux par les industries. Elles ont conseillé de limiter la consommation voire de l’éliminer pour les femmes enceintes ou souhaitant le devenir.

Après des tests scientifiques plus poussés, la recommandation est élargie à toute la population.  En effet, des produits dangereux, tel le mercure, sont présents en quantité anormale. Depuis, même si la consommation a fortement décru, elle reste un marqueur culturel important.

Si l’administration sanitaire locale est désormais opposée à une telle consommation, elle refuse encore de donner un avis public sur la chasse en elle-même. Des mesures ont été prises pour limiter le grindadràp : une habilitation de certaines plages, seulement 23 au total, une interdiction d’amener les cétacés sur une autre plage et la possibilité d’interdire cette chasse si « la nourriture n’est pas nécessaire ». Mais ces mesures restent théoriques.

Une chasse compatible avec le développement durable ?

Selon le gouvernement local, le grindadràp est une affaire de tradition culturelle. Il reprend le terme de « chasse écologique et culturelle » dans le cadre d’une « pêche durable ». L’exécutif argumente également que le bilan carbone que représente ce sacrifice est meilleur que dans l’hypothèse d’une importation de ressources alimentaires équivalentes, comme cela se fait souvent en Europe continentale. Les habitants de l’ile défendent également ce principe car il s’agit, outre se nourrir, d’utiliser la graisse de ces animaux dans divers buts.

Le principe de solidarité entre habitants lors des grandes récoltes est aussi très important, notamment pour les hôpitaux et les personnes âgées avec un nombre de bénéficiaires proportionnel à la taille de la chasse. L’archipel détient pourtant un des niveaux de vie les plus élevés au monde. La viande de dauphin ne serait donc plus vraiment nécessaire à la survie mais la tradition perdure.

A noter aussi que l’espèce de dauphin-pilote n’est pas classifiée comme protégée mais fait l’objet d’une protection particulière au titre de plusieurs conventions internationales, dont celle de Berne, et par les autorités européennes de surcroit, dont le Danemark est signataire. Du fait de son statut particulier, ces conventions et accords internationaux ne s’appliquent pas à l’archipel. L’exécutif local s’appuie sur d’autres textes pour faire valoir que le grindadràp « ne semble pas compromettre la survie de l’espèce ». Les autorités nationales laissent donc faire et défendent même la tradition locale, les pêcheurs peuvent en effet compter sur l’appui important de l’armée qui contrôle le passage sur les eaux et interdisent l’avancée des bateaux d’associations écologistes.

On observe un début de prise de position de l’opinion publique internationale contre ce type tradition. De surcroît, la Commission européenne se refuse à donner formellement un avis lorsqu’elle est interpellée.

 

 

sources:

https://www.lci.fr/planete/massacre-de-dauphins-aux-iles-feroe-mais-quelle-est-cette-tradition-du-grindadrap-protection-animale-2130760.html

https://www.notre-planete.info/actualites/3600-massacre_dauphins_iles_feroe_Danemark

https://www.instagram.com/p/B3qzssIJupy/

A propos de Arnaud GEROLD

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