La révolution numérique : idées reçues et impact environnemental

 

Alors que plus de 1 français sur 2 ne considère pas Internet comme une source importante de pollution, la part du numérique dans les émissions mondiales de gaz à effet de serre a augmenté de moitié depuis 2013, passant à 3,8% selon une étude de GreenIT. C’est plus que l’aviation civile. De plus, l’intensité énergétique de l’industrie numérique sur le globe augmente de 4% par an, une surconsommation qui n’est pas conciliable avec les contraintes physiques que la planète nous impose.

Bien qu’on envisage souvent Internet sous sa forme « dématérialisée », il est de fait constitué de nombreux matériaux. Selon GreenIT, il pèse 5 fois le parc automobile mondial et, est composé de 34 milliards d’équipements pour 4,1 milliards d’utilisateurs. C’est l’équivalent de 8 équipements par utilisateur, auxquels s’ajoutent les infrastructures de réseaux et les data centers. Le secteur consommerait au niveau mondial, près de 10% de la consommation annuelle d’électricité et cette dernière pourrait être multipliée par 2,7 entre 2010 et 2025.

Alors que selon l’agence internationale de l’énergie (AIE), l’efficacité énergétique n’a, depuis dix ans, jamais progressé aussi lentement, on observe que les appareils électroniques sont plus puissants, sans toutefois être moins énergivores. L’ AIE nous met ainsi en garde contre “de sérieuses implications” en matière de climat et d’accès mondial à l’énergie. Enfin, l’efficacité énergétique souffre d’un mal, le fameux effet rebond, qu’il ne faut pas négliger.

 

L’impact grandissant des usages numériques

Aujourd’hui, le trafic global sur Internet est occupé à 60,6% par le streaming vidéo, selon le dernier rapport de Sandvine. La vidéo à la demande représente 34% de ce trafic, tandis que la pornographie 27% et les réseaux sociaux en plein boom, 18%. Le problème du streaming, c’est que là où la télévision classique dispose d’un émetteur pour tous les téléspectateurs en même temps, lui nécessite un ensemble de ressources numériques pour un spectaeur, regardant une vidéo à un instant donné.

Par ailleurs, le streaming vidéo se voit amplifié par des algorithmes de recommandation ou des modes « autoplay », c’est ce qu’on appelle le « binge watching ». Dès lors, l’empreinte écologique du streaming semble avoir de beaux jours devant elle, d’autant que l’usage d’internet se diffuse toujours plus à travers le monde.

 

Le cas de la publicité numérique et ses émissions induites

La publicité numérique qui représente aujourd’hui plus de la moitié des investissements publicitaires dans le monde, est principalement présente sur les réseaux sociaux et applications. Elle mobilise l’énergie de terminaux et de la bande passante sur les réseaux de télécommunications. Mais d’autres formes de publicités fleurissent un peu partout. C’est le cas des écrans numériques, qui consomment 15 fois l’énergie de panneaux rétro-éclairés.

Enfin, il n’y pas de publicité sans produits à vendre, ainsi les impacts de la publicité concernent également la consommation générée par les ventes. Par conséquent, on peut s’interroger sur la logique qui pousse les élus à demander aux citoyens des efforts pour réduire leur consommation énergétique, tout en autorisant ces écrans.

 

Les outils du monde numérique

Les outils qui composent le monde numérique représentent le plus gros enjeu de cette question. Même si l’économie numérique permet d’éviter certaines émissions, ces gains sont largement contre-balancés par la surconsommation de ressources nécessaires à la fabrication d’équipements. En effet, l’extraction de minerais nécessite plus d’énergie à mesure que la densité en métaux des mines s’affaiblit. Les 25 milliards d’objets connectés aujourd’hui, seront 48 milliards d’ici 2025, alors que 60 millions de tonnes d’appareils sont jetées par an et que seuls 5% de leurs composants et matériaux sont réutilisés ou reconditionnés.

Néanmoins, il faut relativiser ces constats. Le numérique permet à des milliards de personnes de communiquer, s’éduquer, mais aussi de travailler et représente un potentiel immense d’économies d’émissions. Le numérique c’est aussi 3 fois moins que l’impact carbone de la déforestation ou presque 2 fois moins que la consommation énergétique des bâtiments commerciaux. La bonne nouvelle, c’est que de nombreuses solutions existent pour réduire son empreinte numérique, ce qui nous donnera l’occasion d’en survoler quelques-unes dans un prochain article.

Au confluent de nos rêves d’infini, des limites physiques de la planète et de la quantité de CO2 qu’on peut rejeter, on ne se pose pas encore la question de ce que l’on doit abandonner. Et pourtant les raisons ne manquent pas. Sur 36 matériaux qui rentrent habituellement dans la fabrication des objets technologiques, 24 d’entre eux posent des problèmes importants de RSE.

Partant, que penser d’une société qui en développant une capacité à tout mesurer, semble avoir perdu toute mesure ?

François Rabelais estimait que « science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Dans une société aussi technique que la notre et face au plus grand défi de l’humanité, il apparaît urgent de s’en rappeler et d’engager un débat de société sur ces questions, afin de donner la priorité à certains usages et de développer une sobriété numérique voulue, plutôt que subie.

 

Sources :

  • https://www.connaissancedesenergies.org/le-numerique-un-univers-energivore-en-expansion-191025
  • https://www.greenit.fr/etude-empreinte-environnementale-du-numerique-mondial/
  • https://e-rse.net/pollution-numerique-internet-ecologie-idees-recues-273638/#gs.czmc0n

A propos de Albéric BARRET

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