Point de vue des agriculteurs sur l’énergie éolienne

 

La protection du paysage et les transformations climatiques font l’objet en France d’une attention croissante. La production d’électricité à partir de l’énergie éolienne pourrait contribuer aux efforts pour la lutte contre le changement climatique. Pourtant, la présence des éoliennes dans les campagnes françaises est source d’oppositions et de conflits. L’impact visuel des éoliennes, fait l’objet d’une réflexion de la part des riverains de parcs éoliens et de la part de l’administration française.

 

Récemment, L’arrivée de la nouvelle industrie éolienne dans la campagne française est un autre exemple de problèmes consécutifs à l’usage de la ressource naturelle qu’est l’espace. La particularité de ce conflit provient des arguments écologiques se retrouvant dans les deux camps protagonistes : les anti-éoliens et les personnes qui y sont favorables. D’un côté, les éoliennes sont susceptibles d’apporter une réponse au problème de l’effet de serre et au changement climatique qui en découle. D’un autre côté, les éoliennes – des objets industriels de taille considérable (plus de 100 mètres) – sont des éléments concrets, visibles et palpables, qui investissent le paysage rural. Devant l’ampleur du phénomène de modification du patrimoine naturel et architectural, marqué par la rapidité et la fuite en avant, propres à l’ère industrielle, la société française tente depuis quelques décennies de freiner la progression de l’impact néfaste de l’industrie et de l’agriculture en créant des zones de protection ou plus récemment en imposant des normes aux bâtisses et autres éléments agricoles.

D’autre part,« la première loi Grenelle fixe un objectif de 23 % de notre consommation énergétique finale devant provenir de ressources renouvelables en 2020. Dans le plan national « Énergies renouvelables », l’éolien contribuera à cet objectif avec 25000 MW installes en 2020 (19 000 MW terrestres et 6 000 en mer), soit 10 % de la production nationale d’électricité», selon l’Agence de l’Environnement et de la maitrise de l’Energie (ADEME).

En revanche, après l’entrée en vigueur de la loi qui oblige la compagnie EDF à acheter aux entrepreneurs privés les kWh éoliens, une multitude de projets de parcs éoliens a vu le jour sur le territoire ardéchois, auparavant peu attrayant pour l’industrie. En 2000, devant cette affluence de promoteurs privés, à l’affût de terrains propices pour l’exploitation et encore peu soucieux de l’opinion des habitants locaux, les riverains se sont regroupés, en un collectif d’opposition EVIA (Éoliennes, vigilance, information, action).

Passée la première réaction épidermique de refus des éoliennes, comme des éléments industriels dans un paysage naturel, l’association étoffe son argumentation pour mettre en cause la politique énergétique de l’Etat. Cette dernière ne change pas largement avec l’adoption des objectifs pour les énergies renouvelables (EnR) : ne sont prises ni les mesures de maîtrise de la demande de l’énergie, ni celles pour réduire la part de l’énergie nucléaire. La présence des éoliennes est ressentie fondamentalement comme une gêne que les habitants doivent supporter à la place des consommateurs finaux que sont les citadins, et voient sacrifié leur cadre de vie au profit des promoteurs privés, alors que ce même cadre de vie peut être exploité économiquement par eux-mêmes via le tourisme.

Les anti-éoliens défendent un environnement proche, un cadre de vie plus agréable. Leur comportement est souvent qualifié de NIMBY (Not in my back yard). Ce sont généralement des personnes qui n’intègrent pas complètement le tissu social local qui les héberge. Leur déception principale affichée est la protection du paysage, pour les années à venir, dans l’état “naturel” qu’ils connaissent. Pour eux, la seule activité compatible avec leur vision de la nature est le tourisme, car c’est lui qui valorise le côté esthétique de la campagne. La protection de la beauté de la nature est le dénominateur qui réunit tous les détracteurs de l’éolien. Pour eux, l’éolien industriel n’a pas sa place à la campagne.

« Personnellement je trouve le plateau [de Vivarais] beau. Et si nous avons cette vue, si nous nous sommes installés là, c’est parce que nous y sommes bien et c’est comme ça. Et je pense qu’on doit développer le tourisme ici, ça c’est vraiment un atout, d’avoir un beau paysage. Et de mettre des éoliennes c’est gâcher cet atout. Moi ce que je reproche à l’éolien, c’est de couper la ligne du paysage, parce que sur le plateau nous avons des belles échappées de vues. (…) Le plateau là-haut est beau, parce qu’il est sauvage. C’est un argument esthétique qui n’a pas beaucoup de poids bien sûr… » déclare un riverain opposé aux projets éoliens. C’est aussi dans ce sens que s’expriment les agents de la Direction régionale de l’Environnement (DIREN), soucieux de la préservation de la nature, qui, sans s’opposer ouvertement aux éoliennes, prônent le développement touristique.

Présentement, le discours des médias sur l’éolien se limite souvent à l’impact sur le paysage ou aux avantages et difficultés pour l’environnement. Cependant, les avantages économiques sont souvent ceux qui font incliner la balance d’un côté ou de l’autre, que ce soit chez les décideurs locaux ou le gouvernement. De plus, nous avons vu comment des personnes éloignées de plusieurs dizaines, voire des milliers de kilomètres, peuvent se sentir concernées par le même problème écologique. Pour les uns, c’est un problème local, pour d’autres il est plutôt de l’ordre du global. Si la proximité géographique subie est à la source des conflits, elle est aussi à l’origine d’une discussion sur le futur d’un territoire commun. Ce jour, avec l’obligation d’une enquête publique avant l’attribution de permis de construire aux projets éoliens, le respect de l’opinion de riverains est mis en avant. Un travail d’accord en amont des projets serait alors largement plus constructif, pour éviter de faire face aux oppositions qui apparaissent lors de l’enquête publique, qui a lieu, rappelons-le, une fois le projet ficelé.

Un problème écologique aussi complexe que le changement climatique a réussi à faire participer aux décisions d’aménagement local des personnes aux opinions différentes. Des personnes qui jusque-là n’avaient pu s’exprimer, trouvent simultanément l’occasion d’avancer leur opinion.

 

 

Sources :

A propos de Ali AHMAD FAIZY

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