L’impact environnemental des jeux vidéos et de la dématérialisation

 

Depuis les années 1970, l’industrie du jeu vidéo n’a cessé d’évoluer et de se consolider dans notre culture actuelle. Souvent critiquée lors de débats sociopolitiques, celle-ci semble soudain également pointée du doigt pour son impact environnemental.

 

L’industrie du jeu vidéo a encore de beaux jours devant elle

Sony a annoncé l’arrivée de sa nouvelle console de salon, la PlayStation 5, pour la fin d’année 2020. Une date qui coïnciderait évidemment avec la sortie de la prochaine console de Microsoft, la Xbox Scarlett. De son côté, Nintendo vient tout juste de sortir sa nouvelle console portable, la Nintendo Switch Lite. Les jeux vidéo sont une industrie florissante et toujours aussi populaire. Tellement populaire d’ailleurs, que nous n’avons même plus besoin de consoles pour jouer.

D’après les statistiques de WeAreSocial, 81% des Français possèdent un ordinateur, tandis que 71% possèdent un smartphone. Des chiffres impressionnants qui permettent aujourd’hui aux « joueurs sur mobile » de dépasser les « joueurs PC » ou les « joueurs consoles ». Si certains ne peuvent pas encore rejoindre le monde des jeux vidéo pour des questions économiques (l’achat d’un jeu, d’une console ou d’un ordinateur performant pouvant coûter assez cher), certains acteurs du marché sont prêt à tout chambouler dans les années à venir.

En effet la dernière tendance dans le monde des jeux vidéo concerne la dématérialisation. Non seulement des jeux vidéo en eux-mêmes, mais une dématérialisation des machines de jeu. Ce qu’on qualifie de façon populaire comme le « streaming du jeu vidéo » existe depuis quelques années déjà, mais tout est sur le point de s’accélérer avec l’arrivée de Google et de sa plateforme de jeu vidéo en streaming « Stadia ». Il se peut donc que dans quelques années tout se fasse en ligne, sans aucune dépendance d’une console physique. Imaginez alors une sorte de Netflix, mais pour les jeux vidéo : vous choisissez un jeu sur le catalogue du site et vous y jouez en un claquement de doigts (sous réserve d’une bonne connexion internet évidemment).

Vous allez me dire : c’est génial tout ça, moins de consoles de jeu, moins de CD, moins de boites en plastiques, etc. En effet, les anciennes consoles de jeux, sans compter les innombrables cartouches, CD ou disquettes, sont très difficilement recyclables et ont une durée de vie très courte… Mais nous pourrions dès à présent assister à une crise écologique non négligeable.

 

L’impact environnemental des jeux vidéo

De nos jours, les jeux vidéo sur console émettent 37 tonnes de CO2, cela reste minime comparer à la pollution de la bureautique au travail ou encore de la télévision. Mais que se passera-t-il quand ceux-ci seront beaucoup plus facilement accessibles à la population ?

Encore considérés comme un loisir dans les pays riches, nul doute que Google saura mettre en place des subtiles campagnes marketing dans le monde entier. Comme par exemple, adapter ses prix dans chaque pays pour tenter de capter une part importante de la population. On parle tout de même d’un marché potentiel de 2 milliards de consommateurs (environ le nombre d’utilisateurs de smartphones dans le monde). Si tout cela reste encore hypothétique et que beaucoup doute encore de l’impact qu’auront ces entreprises de streaming dans le monde des jeux vidéo, ils n’ont qu’à tourner les yeux vers Netflix. Qui aurait pu croire il y a quelques années que Netflix représenterait aujourd’hui 23% du trafic internet français ?

Certes il y aurait une réduction importante de plastique ou de divers composants informatiques. Il suffirait d’un appareil qu’on possède déjà comme un simple ordinateur ou un smartphone pour accéder à un nombre infini de jeux vidéo. Plus besoin de changer de console de jeu toutes les décennies et d’entasser des tonnes de boites à CD dans son garage (ou dans une décharge). Il y aurait également une réduction énergétique individuelle, par exemple, une étude de 2015 du Laboratoire National Lawrence Berkeley rapportait que la consommation électrique uniquement des PC gaming dans le monde représentait près de 75 TWh (térawatts-heures) chaque année. En comparaison la France a une consommation électrique globale d’environ 474 TWh chaque année.

Cependant, tout cela ne pourrait fonctionner que grâce à des puissants data centers, ce qui engendre un problème majeur.

Le visionnage des vidéos en ligne en 2018 a généré autant de CO2 que l’Espagne (300 millions de tonnes), soit 1% des émissions mondiales. Sachant évidemment que ces chiffres sont destinés à grandir dans les années à venir, en effet les émissions de CO2 mondiales pour l’ensemble du numérique devraient doubler d’ici 2025. On ne peut donc nier l’impact qu’aurait le streaming de jeux vidéo, le système supposerait des moyens encore plus importants (et énergivores) que le streaming de simple vidéo.

Ainsi cela pourrait paraître contre-intuitif, mais télécharger un jeu pourrait être plus polluant que d’acheter sa version physique. Selon l’étude de 2014 du Journal of Industrial Ecology, un jeu de plus de 8 gigaoctets sur la PlayStation 3 polluait plus qu’un CD qui est fabriqué, transporté et distribué à travers le monde. Même s’il faut nuancer que de nos jours les connexions internet sont beaucoup plus rapides et que la PlayStation 4 ne consomme plus que 8.5 watts au repos (contre 137 pour la Playstation 3), tout le monde n’a pas accès à la fibre et à de bons débits internet. Sachant qu’aujourd’hui la plupart des gros jeux populaires se situent plus entre 50 et 100 gigaoctets.

Pour l’instant tout ceci n’est encore que spéculation, mais nous devons de nous poser les bonnes questions. Même si les data centers de Google peuvent être alimentés par des énergies vertes, le streaming de jeu vidéo pourrait à long terme avoir plus d’impact sur l’environnement que les jeux vidéo physique.

 

 

Vous l’aurez donc compris, il n’y a aucune solution miracle pour une « consommation verte » dans le monde des jeux vidéo. Si vous souhaitez réduire votre impact écologique tout en continuant à jouer, il vous faudra rester sur du physique (de préférence sur le marché de l’occasion) et dire non à la dématérialisation.

 

 

Sources : 

Le monde, « Crise écologique : l’impact environnemental du jeu vidéo, un sujet d’inquiétude grandissant »

Boutique box internet, « E3 2019 : quel avenir pour le développement durable du jeu vidéo ? »

Je suis un gameur, « Jeux vidéo et environnement »

Polygon, « Digital or physical? The case for the environmental impact of our gaming »

A propos de Steven GUILBERT-SAUTRON

Etudiant en M2 Gestion et Droit des Energies et du Développement Durable. Passionné par les questions environnementales, éthiques et les nouvelles technologies.

Steven GUILBERT-SAUTRON

Etudiant en M2 Gestion et Droit des Energies et du Développement Durable. Passionné par les questions environnementales, éthiques et les nouvelles technologies.

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