Chroniques de Géorgie 3 : Le zadiste caucasien

Voici le troisième chapitre d’un récit sarcastique sur le quotidien d’un étudiant en M2 DGEDD, écologiste convaincu, en Géorgie.

L’imaginaire collectif veut que l’approvisionnement énergétique des pays ex-soviétiques soit entièrement issu de centrales nucléaires. Celles-ci seraient infestées de dysfonctionnements, décorées de fissures sur les paroisses à travers lesquelles le liquide radioactif dégoulinerait pour rejoindre les rivières polluées. Oui, dit comme ça, ça fait froid dans le dos. Or comme la Géorgie n’arrête pas de nous surprendre, vous serez étonné de savoir qu’il s’agit d’un des pays les plus propres en matière d’énergie.

Au lendemain de son indépendance en 1991, une guerre civile sanglante éclate en Géorgie, la plongeant dans une crise humanitaire, puis énergétique. Étant totalement dépendante de l’énergie russe, la chute de l’Union Soviétique et l’instabilité du pays ne lui permet pas d’assurer l’approvisionnement continu pendant de nombreuses années. Les coupures d’électricité font partie du quotidien.  L’ingérence russe tout au long des conflits armés, puis l’occupation des territoires géorgiens provoque des relations diplomatiques sous tension permanente. Les autorités géorgiennes décident alors dans les années 2000 de repenser leur approvisionnement énergétique pour se passer de l’énergie russe.

La Géorgie étant avant tout un pays montagnard regorgeant de ressources en eau, plus de 70 barrages hydroélectriques produisent aujourd’hui entre 75 et 80% de l’électricité géorgienne. Ces barrages sont apparus à travers les chaînes de montagnes, les anciens ont été réaménagés ces 10 dernières années. La Géorgie produit donc presque assez d’énergie pour être autosuffisante, tout en étant propre et renouvelable ! Vous me voyez venir chers lecteurs, il doit bien y avoir un hic.

On va dire que la législation géorgienne est un peu légère en ce qui concerne l’impact environnemental. Or quand vous visez l’indépendance énergétique et la création d’emplois dans un pays en manque, il va de soi que l’environnement n’est pas parmi les grandes lignes de priorité. Dans le cas où vous auriez prévu de construire un barrage, sachez que l’environnement et les écosystèmes seront les premiers à être touchés. S’agissant d’une modification d’espaces naturels et d’une irrigation massive des eaux, je vous laisse imaginer le résultat que cela peut avoir.

Lorsque vous me rendrez visite en Géorgie, vous entendrez peut-être parler des irréductibles habitants des vallées caucasiennes qui résistent encore et toujours à l’envahisseur barragiste. Les quelques centaines de villageois se mobilisent contre les projets de construction de nouveaux barrages. Dans les régions où la mobilisation était insuffisante pour faire plier les politiques, les villages sont désormais vides, les écosystèmes anéantis. Car c’est le mode de vie montagnard, un héritage culturel centenaire qui sont fortement affectés, dépendant des cycles de l’eau et de l’irrigation pour l’agriculture.

Il y a un certain écho avec la situation du barrage de Sivens. Or ici, le « zadiste caucasien » ne porte ni de dreads, ni de sarouel, mais a plus de 70 ans et détruit les machines de construction à coup de matraques. Les dernières manifestations ont provoqué une brutalité sans précédent, avec des images témoignant la violence abusive des autorités. Ces derniers ont fini par suspendre les travaux, temporairement.

Résultat de recherche d'images pour "demonstration pankisi"

Manifestants de la vallée de Pankisi (source : https://www.georgianjournal.ge/politics/35770-what-happened-in-the-pankisi-gorge-on-the-21st-of-april.html)

 

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.