Festivals : petit audit écologique

Tous les étés, mes amis et moi nous rendons dans ces lieux hors du temps que nous chérissons tant, les festivals. Ces événements attirent de plus en plus de monde, jeunes ou moins jeunes, pour la musique ou pour la fête. Au fur et à mesure des jours passés au sein de ces territoires musicaux, mon appétence pour le respect de l’environnement est devenu une obsession. Aujourd’hui, je ne peux m’empêcher d’analyser tous les petits détails dans ces espaces : énergie, gestion des déchets, prévention, économie locale… Est-ce que je fais bien d’être ici ?

Heureusement pour la planète, les festivals deviennent les laboratoires éphémères d’un style de vie minimaliste, simple et écologique. Du moins, c’est de cette manière qu’ils se vendent. En effet, beaucoup d’organisateurs misent sur le côté « green » de ces événements pour attirer du monde.

Mais alors concrètement ça donne quoi un éco-festival ?

Je ne parlerais évidemment pas ici des éco-cups et des toilettes sèches, qui sont aujourd’hui devenus un incontournables des festivals. Même si certains rechignent à s’y mettre, et on le regrette.

22 000 kWh d’électricité d’origine renouvelable : commençons par l’incontournable Cabaret Vert situé à Charleville-Mézières. C’est un des plus grands et plus appréciés et ils l’ont bien compris. Au-delà d’une démarche écologique dans l’aménagement du camping ou les fournisseurs alimentaires, les organisateurs se sont mis aux énergies renouvelables. C’est Enercoop qui a été choisi afin de le fournir en énergie verte, avec un objectif de 50% d’ENR en 2025.

Conscients de l’impact grandissant du camping, si chéri par les ardennais et lorrains, l’organisation a décidé de mettre en place le projet « Adopte ton arbre ». Il a ainsi été replanté près de 60 arbres sur le camping afin de retrouver une biodiversité convenable.

7 tonnes de déchets alimentaires : les Eurockéennes de Belfort ont toujours été confronté à un problème majeur : l’emprise sur le site protégé de la Presqu’île de Malsaucy. La prise en compte de l’environnement est donc depuis toujours le mot qui règne dans les coulisses. En 2018 ils ont fait fort. 7 tonnes de déchets alimentaires ont été collectés, traités, et envoyés vers des usines de méthanisation.

Le festival qui se vend comme le mastodonte des éco-festivals, c’est bien We Love Green, domicilié à Paris. Toute la communication tourne autour de ce concept. Malheureusement, on manque de comprendre ce qu’ils y réalisent vraiment. Une tripotée de stands écologiques, comme Naturalia®, Ecosia® ou encore BackMarket® sont présents et partenaires, mais quoi de plus ? Oui vous pouvez y manger bio et un arbre est planté dans le monde grâce à vous, mais concrètement ?

We Love Green a le mérite de jouer à fond la carte de la prévention. La sensibilisation au public est de mise, comme avec ce fameux calculateur de Co2 où chaque festivalier se trouve jugé de son empreinte carbone pour se rendre au festival.

Moi j’aime les festivals qui s’investissent pour de vrai et qui n’ont pas peur d’affronter les chiffres. Je pense notamment au Festival D’Avignon qui a réalisé en 2010 son premier bilan carbone.

Belle initiative solidaire : la Fête de l’Humanité propose elle une réutilisation des invendus alimentaires pour redistribuer ces consommables à des associations. Mais les autres mesures restent étrangement fluettes pour un festival de cette envergure.

 

Nos voisins européens ont peut-être une longueur d’avance…

Du côté du grand festival de Dour, j’y vois enfin un avancement concret. Depuis 2018, le festival s’installe sur un site éolien et ça a le mérite de les inspirer. Pour alimenter plusieurs de leurs installations, les organisateurs ont choisi les panneaux solaires. Encore mieux, Dour Festival, financé par le programme Interreg NWE, co-développe une GEM Tower. Cette tour de 21 mètres de haut, génère de l’énergie grâce aux panneaux photovoltaïques et à une éolienne. Toute cette énergie se trouve stockée dans des batteries au sein de cette Tour.

Tout comme le Dour, Tomorrowland Festival composent des projets autour de l’énergie renouvelable, de l’environnement et de la santé.

De mon côté j’ai ensuite eu vent du Boom Festival au Portugal et de ses prouesses énergétiques. Depuis quelques années l’organisation a construit 4 stations solaires destinées à alimenter plusieurs îlots. Quand on parle de laboratoire vert, le Boom festival devient un pionnier avec leur Smart Grid, le « Boom Off-Grid ». Depuis 2012, leur propre réseau intelligent permettant de mieux utiliser l’énergie est en construction. Le Boom devient alors à lui tout seul une petite île auto-suffisante.

 

Je ne cite ici que les plus gros festivals, mais malgré ça, je m’aperçois que la France a, comme bien souvent, un brin de retard. Le Dour a réussi à utiliser les fonds européens pour s’améliorer, et le Boom Festival a pour ambition de devenir auto-suffisant. Pourquoi de tels festivals comme le We Love Green reste à l’étape du Greenwashing attirant bobos et bien-pensants ?

Si le peuple veut continuer à danser, il va falloir l’envisager autrement car ces événements, bien que très agréables, restent pollueurs, sans même que les festivaliers s’en rendent compte.

A propos de Louisiane DEREAT

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